Watteau, à l'époque des Lumières, peint des chats pleins de grâce et de douceur.
Chardin fait une peinture aimable du félin dans la Blanchisseuse, mais est plus cruel dans ses autres tableaux, où il apparaît chapardeur et rusé.
Le XVIIIe siècle redécouvre un animal chasseur, qui coexiste avec le gibier (François Desportes, Jean-Baptiste Oudry ou Gilles Colson). Louis le Nain l'imagine heureux et blotti au coin du feu, dans une attitude pacifique.
Le Suisse Gottfried Mind (1768-1814) surnommé le "Raphaël des chats", a peint nombre de toiles relatives au chat, qu'il idolâtrait. Il le sculpta même dans des marrons. À l'opposé, il redevient élément du décor sans relief dans les peintures de François Boucher, de Jean-Honoré Fragonard ou de Maurice Quentin de la Tour.
À de rares exceptions, l'art européen a traité le chat de façon conventionnelle. Il apparaît traditionnellement gourmand, chapardeur, se lovant sur une bergère ou dans les bras de sa maîtresse.
En revanche, les représentations félines abondent dans l'art pictural du XIXe siècle, telles les toiles Julie Manet de Pierre Auguste Renoir, la Mort du cochon de Louis Léopold Boilly, Miss May Belfort de Toulouse-Lautrec, l'Atelier du peintre de Gustave Courbet.
Outre la célèbre Olympia et son chat noir, Édouard Manet a composé un superbe duo entre un chat blanc et un chat noir sur un toit dans une lumière lunaire : Chats de Champfleury. Un chat blanc plein de douceur et mélancolie a été peint par Géricault.
Dans la toile de Gauguin intitulée D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons nous ?, les deux chatons du centre illustreraient l'innocence.
Les chats sont également présents dans les tableaux de Maurice Denis comme le Goûter (1919), ou Hommage à Cézanne.
Certains peintres du XIXe siècle, qualifiés de "bourgeois", se sont presque consacrés au chat. Cent quatre-vingt-deux peintres spécialisés seraient recensés, parmi lesquels Philippe Rousseau (l'Importun, 1850) et Louis-Eugène Lambert (Famille de chats, 1887) en France, et Charles van den Eycken en Belgique.
Ce foisonnement pictural se confirme au XXe siècle. Cependant, des oeuvres comme le Corsage à carreaux, le Chat blanc et la Petite Fille au chat de Pierre Bonnard suggèrent de nouvelles facettes et des attitudes singulières du chat.
Les nombreux chats de l'univers de Balthus (Mitsou, Quarante Images, le Chat de la Méditerranée) participent à la création de l'atmosphère érotique chère au peintre.
Une autre toile étonnante est celle du Douanier Rousseau, qui dessina un Portrait de Pierre Loti (ou d'Edmond Achille Frank ?) et de son chat, ajoutant à l'oeuvre du peintre un aspect moins naïf.
Inconditionnel de ces félins, Théophile Alexandre Steinlein (1859-1923) a portraituré des milliers de chats, de toutes races, dans tous les lieux... Il collabora d'ailleurs à la décoration du cabaret "le Chat noir".
Le Japonais Foujita (1886-1968) a composé de nombreux autoportraits un chat sur l'épaule (Autoportrait, 1928, Centre national d'art et d'essai Georges Pompidou), et sa calligraphie extrême-orientale convient admirablement à ses lithographies.
Fernand Léger, peintre de la modernité, il a associé chats et livres à sa maîtresse dans la Femme au chat (1921).
Francis Picabia, Marc Chagall (Paris par la fenêtre), Salvador Dali ou Pablo Picasso (Chat dévorant un oiseau) ont tous peint les chats.
Mais ce n'est qu'au XXe siècle que les chats sont entrés dans la peinture sous leur propre nom : Rapinou de Suzanne Valadon, Lulu de Vollard, Sita de Cecilia Beaux...
Grande amoureuse des chats, Léonor Fini les a représentés comme des "individus à part entière", beaux, magiques, naturels, innocents, très sensuels ou insoumis dans un monde où les frontières entre animalité et humanité s'estompent. Selon elle, son attraction pour ces animaux n'était pas mystérieuse, elle allait "vers un être parfait, plus beau que tous". Et nombre de ces tableaux représentent les sphinges, ces femmes à corps de chatte.
Elle a créé masques, costumes, décors de théâtre ou de danse (les Demoiselles de la nuit, ballet de Roland Petit, 1948), inspirés par son animal fétiche. Elle a communiqué son amour des chats à son ami Stanislao Lepri (Coup de foudre, 1972, De père inconnu, 1975).
De nos jours, la peinture contemporaine fantastique représente souvent des panthères noires ou des chats, symboles de la féminité, tel le Katzen Portrait de l'Allemand Carl Rohring (1980), où une tête de chat est entourée de plumes et de fleurs séchées formant une chevelure fantastique évoquant celle de la femme.