On entend souvent qu'un aliment " trop riche en protéines " est susceptible d'accélérer la croissance, et de favoriser ainsi l'apparition de troubles ostéoarticulaires. Qu'en est-il ?
Répondre à cette affirmation implique de répondre à ces deux questions : qu'est-ce qu'un aliment trop riche en protéines, et quelle influence la quantité de protéines ingérées peut-elle avoir sur la croissance ?
Il n'existe pas de teneur protéique optimale absolue. Seules sont déterminées des valeurs critiques minimales en-deçà desquelles on constate des signes de carence. Les minima varient d'ailleurs suivant la digestibilité et la valeur biologique des sources de protéines en cause : on peut nourrir des chiots avec 15 % de protéines sur MS (recommandation NRC 1985), mais en utilisant des acides aminés purifiés, et dans un environnement parfaitement contrôlé....
Avec des matières premières usuelles, même d'excellente qualité, il est nécessaire de fournir plus de protéines pour permettre l'assimilation de l'énergie suffisante et de tous les acides aminés indispensables. Certaines recommandations prennent ce facteur en compte (NRC 74, AAFCO 1995) et conseillent une teneur minimale de 22 % de la MS.
Cette valeur est souvent citée en tant que référence : "La viande non plus ne contiendrait pas plus de 20 % de protéines". Cela est vrai pour une viande fraîche. Rapportée à la matière sèche, la viande contient en fait 40 à 60 % de protéines.
On sait d'autre part que tout stress déclenche la sécrétion d'hormones qui augmentent la consommation interne de protéines. Or, dans un environnement naturel, le chien est soumis à des stress variés : variations de température, activité physique, compétition à l'intérieur d'un effectif, parasitisme, maladies, etc. Il convient donc de garder une marge de sécurité par rapport aux recommandations minimales, afin de faire face aux besoins supplémentaires du chiot.
Le chien est naturellement carnivore et tolère bien un apport de protéines libéral : des études cliniques et radiologiques récentes ont permis de mettre en évidence que le niveau protéique n'avait pas d'influence sur le métabolisme du calcium, le développement du squelette ni sur la taille adulte finale. Les auteurs (Nap, Hazewinkel, 1991) concluent ainsi : " Il est peu probable que l'on puisse expliquer les lésions d'ostéochondrose (...), par le rôle des protéines dans l'alimentation. " En revanche, les auteurs confirment la chute des protéines sanguines (albuminémie), lors de régime déficitaire en protéines.
Un niveau protéique élevé ne pose donc pas de problème particulier chez le chiot, à condition qu'il s'agisse de protéines de bonne qualité. En revanche, si les protéines sont peu digestibles, elles arrivent intactes dans le gros intestin, et servent de substrat à certaines fermentations bactériennes, provoquant flatulences et éventuellement diarrhées putrides.
La rapidité et la capacité de croissance maximale sont déterminées génétiquement. Croire qu'un niveau de protéines élevé puisse accélérer la croissance est une erreur : seule la quantité totale d'énergie consommée est capable d'influencer ce rythme de croissance, en permettant une expression plus ou moins précoce de ce potentiel de croissance.
Pour les chiots de grandes races, la période critique se situe surtout entre 2 et 4 mois. C'est en effet à ce moment que la croissance atteint son intensité maximale et c'est là que des déformations d'aplombs sont les plus susceptibles d'apparaître (au niveau du poignet en particulier). Or, un excès de poids peut empêcher que l'articulation reprenne sa position normale et faire qu'elle se fixe définitivement dans une position déviante.
Conclusion
Limiter la consommation alimentaire d'un aliment équilibré pour la croissance permet de ralentir celle-ci, sans pourtant empêcher que le chiot n'atteigne sa taille définitive (à moins d'une sous-alimentation très sévère et prolongée).
Rappelons enfin que les supplémentations minérales excessives sont très préjudiciable à la croissance harmonieuse et sont responsables de nombreux troubles ostéo-articulaires. Citons en particulier l'excès de calcium qui inhibe le remodèlement normal du tissu osseux et cartilagineux, ce qui perturbe gravement la croissance de l'os.