Pour la troisième année consécutive, le Livre des Origines Français enregistre un excellent cru. Le cap des 162 000 inscrits est dépassé. Des retards de traitement des dossiers ont, semble-t-il, empêché cette année 2002 d’établir un nouveau record historique estimé à plus de 164 000 inscriptions !
Alors que la majorité des pays impliqués dans la cynophilie mondiale sont confrontés à une décroissance des naissances de chiens de race, ces derniers affichent en France une santé presque insolente dans ce contexte de récession. Une preuve supplémentaire que le concept « chien de race », c’est-à-dire « chien inscrit à un livre des origines », passe petit à petit dans les habitudes des futurs « cynophiles ».
Avec 162 163 chiens inscrits au LOF, l’année 2002 fait légèrement moins bien que l’année 2001 – qui demeure une année record pour le LOF avec 163 245 entrants. Toutefois, d’après nos informations, certains retards de traitements ont empêché l’inscription de plusieurs milliers de chiens nés au 4e trimestre 2002. Ils seront donc inscrits dans l’année 2003. Si, à première vue, il y a peu de changements dans la hiérarchie du Top 30, il nous semblait intéressant d’analyser en détail ces chiffres bruts, en soulignant la performance de l’American Staffordshire Terrier qui intègre le Top 10 en lieu et place du Berger de Beauce.
Si le Berger Allemand et le Labrador occupent toujours les deux premières places du podium, ces races accusent cependant une baisse relative de leurs effectifs. La première, le Berger Allemand, qui connaissait une baisse régulière et inquiétante de ses inscriptions au LOF depuis 5 ans, semble avoir freiné la chute. Son challenger, le Labrador, pronostiqué à « plus de 10 000 » depuis trois ans, ne confirme pas. Il souffre de deux facteurs intimement liés : un élevage « non LOF » très important et implanté sur tout le territoire et, sans doute, un plafond qu’il semble avoir désormais atteint. Il a de fortes chances de continuer à descendre sans pour autant laisser un net avantage à son suivant immédiat, le Golden Retriever. La croissance effrénée de celui-ci ces dernières années, soulignée par de nombreux observateurs, semble s’être arrêtée. Nombreux sont les spécialistes qui prédisaient que le Golden, à l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays, supplante le Labrador en notoriété et en nombre. Au vu des chiffres de 2002, ce n’est visiblement pas le cas. Nous verrons dans un an si les chiffres 2003 confirment ce pronostic. Le Rottweiler, après une vingtaine d’années de croissance ininterrompue, atteindrait-il son maximum ? C’est en tout cas ce qui a pu être observé dans la plupart des autres pays. Pourquoi le Rottweiler « made in France » échapperait-il à cette tendance mondiale ?
Derrière ce quarté, nous retrouvons deux indéboulonnables, le Setter Anglais et l’Epagneul Breton, au coude à coude depuis des années. A eux deux, avec plus de 10 000 inscriptions, ils demeurent les deux chiens d’arrêt les plus en vogue dans l’Hexagone. Et aucune autre race de chien d’arrêt n’est susceptible de venir perturber cette hégémonie.
Depuis qu’il a regagné le groupe des Terriers, le Yorkshire – race la plus demandée en France en 2001 – demeure dans la course : c’est toujours le chien de compagnie le plus recherché de France… et de Navarre. Le petit Yorkie garde une très forte notoriété bien que la concurrence se soit amplifiée depuis quelques années. Son challenger attitré est sans conteste le Cavalier King Charles qui continue à faire cavalier seul au sein du Groupe IX : sur les 19 races destinées à la compagnie et à l’agrément que compte ce groupe, le Cavalier représente près de 25% de l’ensemble des chiots inscrits au LOF. Il s’est substitué à la vedette des années 70, le Caniche, qui a vu ses effectifs fondre depuis 15 ans.
En 9e place, nous avons la confirmation observée depuis 1995 du grand retour du Cocker Spaniel. Dans les années 70, après s’être hissé à la 2e place du LOF, juste derrière le roi Berger Allemand, la demande avait chuté jusqu’à la fin des années 80. Il y a fort à parier que le Cocker, qui demeure un grand classique de notre paysage cynophile, renoue avec son lustre d’antan. Ceci grâce à une sélection bien menée et des amateurs qui ont compris que c’est dans la diversité – des coloris de robe et des lignées – que le Cocker peut revenir au tout premier plan.
Enfin, à la 10e place de ce classement, la performance de l’American Staffordshire Terrier n’est pas étonnante. Décrié, inconnu, confondu avec le « Pit Bull », voué à subir tous les outrages et être au cœur des législations répressives, rien n’arrête sa croisade, celle d’un chien qui s’avère être un compagnon de tout premier plan. Et visiblement, sans histoire médiatique depuis plus de deux ans !
Du top 30, qui ne représente que 10% de l’ensemble des races ayant eu au moins une inscription au LOF en 2002 (273 races au total), précisons qu’il représente un cumul de 104 355 inscrits sur un total de 162 163 (près de 65%).
En examinant les chiffres des 10 groupes de races ci-dessus, il est facile de se rendre compte de l’inégalité des groupes.
Le Groupe I est le premier et le Groupe II… son second. Les races bergères et les Molossoïdes et chiens de Montagne représentent donc plus du tiers (35%) du nombre de chiens de race inscrits en 2002. Voici, ci-dessous, le poids de chaque groupe, avec le tiercé des races dans chacun d’eux.
1er Berger Allemand : 11 4842eBerger de Beauce : 39903eBerger Belge Malinois : 3434
1er Rottweiler : 61772eBoxer : 24113eDobermann : 2335
1erYorkshire Terrier : 46912eAmerican Staffordshire Terrier : 40493eWest Highland White Terrier : 2572
1erTeckel à poil dur : 2648
1erSiberian Husky : 7062eSpitz : 5343eAkita Inu : 323
1erBeagle : 22682eBasset Fauve de Bretagne : 10603eBasset Hound : 924
1erSetter Anglais : 56362eEpagneul Breton : 56043eBraque Allemand : 1671
1erLabrador Retriever : 90592eGolden Retriever : 63633eCocker Spaniel ! 4481
1erCavalier King Charles : 45182e Bouledogue Français : 24403eShih Tzu : 2104
1erWhippet : 9582eBarzoï : 2453eAfghan : 235
Quelles sont les races qui baissent ? Quelles sont les tendances à l’intérieur des groupes ? Quelles seront les vedettes de la décennie en cours ? Le discours sécuritaire des années 80, relayé en 90, s’essouffle-t-il ?
A ces questions, nous ne pouvons que nous référer aux statistiques du LOF. Nous nous proposons de les analyser dans le cadre d’un prochain dossier sur Aniwa. D’ores et déjà, voici nos premières impressions.
GROUPE I : Chez les Bergers, le grand gagnant, qui brille par la stabilité de ses effectifs, est incontestablement le Berger de Beauce. Plus connu sous l’appellation de Beauceron, avec près de 4000 naissances en 2002, il se porte bien, loin des modes éphémères qui ont fait tant de mal à ses cousins à poil long, notamment le Briard et le Bobtail. Le Berger Australien continue de croître de belle manière, passant de 682 inscrits en 2001 à 863 en 2002. En maintenant ce rythme, il doit rapidement franchir le cap des 1000 inscriptions et se retrouver dans le groupe des races bergères les plus populaires.
GROUPE II : A l’envolée des années 90, le groupe des Molosses semble atteindre un palier. Seul le Cane Corso – l’une des races les plus récentes dans le groupe – continue de progresser en ayant largement franchi le cap des 1000 inscriptions en 2002 (1232 inscrits). Certains auteurs, notamment des journalistes du pays d’origine, l’Italie, voient en lui… le Boxer de demain. C’est tout dire ! Autre chien qui progresse toujours, le Bulldog continue d’attirer des amateurs en quête d’originalité et d’exclusivité.
Du côté des chiens de Montagne, si le Bouvier Bernois s’est hissé en tête ces cinq dernières années, ses effectifs arrivent à un palier. C’est le plus méconnu, et pourtant de loin le moins répandu, qui progresse en 2002. Il s’agit bien sûr du Lion allemand : le Leonberg, qui affiche des naissances presque trois fois plus importantes que le Montagne des Pyrénées et de 50% supérieures à l’autre « Suisse », le Saint-Bernard. Loin des projecteurs, ce géant allemand compte déjà plus de 10 000 amateurs dans l’Hexagone. Il est d’ailleurs peu probable qu’il s’arrête là.
GROUPE III : Le Groupe III confirme la progression des races de type « Bull » avec un American Staffordshire en pleine envolée et un Bull Terrier qui voit ses effectifs progresser également. La race N°1 semble intouchable, le Yorkshire ne connaît pas la chute remarquée des autres « mini poilus de la compagnie ». Les deux vedettes de ces dernières années, le Westie et le Jack Russel, sont freinées. Le premier, comme la majorité de ses cousins écossais, le second, avec l’arrivée d’un concurrent de taille : le petit Parson qui marche sur ses plates-bandes, en passant devant lui. Entre 2001 et 2002, le Parson a multiplié ses inscriptions par 100, passant à 1044 inscriptions ! Un record au LOF en 2002, toutes races réunies. Rappelons que le Parson est devenu un véritable fils de pub, sa « trogne » étant présente dans de très nombreux spots.
GROUPE IV : Le Teckel dans son ensemble baisse, passant de 4360 en 2001 à 3793 en 2002. Si le poil dur est le plus demandé actuellement, soulignons que le Teckel à poil long est celui qui est le moins affecté par la baisse…
GROUPE V : Chez les primitifs et chiens de type spitz, la situation n’est pas rose. Les deux vedettes, l’Akita Inu et le Siberian Husky voient leurs effectifs décroître (pour le second, ce phénomène n’est pas nouveau mais remonte à la fin des années 80). Chez les primitifs, les inscriptions de Basenjï croissent de plus de 60% entre 2001 et 2002. Trois classiques ne semblent pas connaître la récession : le Chow-Chow – le N°1 dans les années 70 –, les Spitz et la race la plus jeune du groupe, l’Eurasier, qui passe de 214 naissances enregistrées en 2001 à 256 en 2002.
GROUPE VI : Si dans ce groupe, la majorité des races font honneur à la cynégétique française, le leader est toujours britannique : il s’agit du Beagle qui passe de 1969 inscrits au LOF en 2001 à 2268 en 2002. Un chien courant sur six inscrit au LOF est un Beagle. Signalons que le chien le plus connu et le plus médiatisé de ce groupe, le Basset Hound, repasse en dessous de la barre des 1000.
GROUPE VII : Deux vedettes représentent près de la moitié des inscriptions, le Setter Anglais et l’Epagneul Breton dont l’insolente santé et la popularité font presque oublier que ce groupe compte 30 races parfaitement différenciées. Le Braque Allemand résiste avec des effectifs stables, tandis que le Braque de Weimar continue de progresser. Signalons une vieille connaissance, le Braque du Bourbonnais qui franchit en 2002 le cap des 100 inscrits (139 exactement).
GROUPE VIII : Au pays des Retrievers et Spaniels, le grand vainqueur est… le Cocker que rien ne semble arrêter depuis 10 ans. Il a retrouvé ses marques dans notre paysage canin et de plus en plus de Français sont attirés par cette vedette d’hier… et d’aujourd’hui. Mais le porte-drapeau de la famille des Spaniels n’est pas le seul, puisque plusieurs autres races de Spaniels voient également leurs effectifs progresser en 2002/2001, notamment le Springer. Du côté des Retrievers, la récession est-elle annoncée ? Seul, le Flat voit ses effectifs croître de manière significative puisqu’ils sont passés de 151 en 2001 à 234 en 2002.
GROUPE IX : Rien à faire. Le succès du petit Spaniel dans le Groupe VIII – le Cocker – nous invite à faire un parallèle avec celui du petit Spaniel dans le Groupe IX : le Cavalier King Charles. Il fait, non seulement cavalier seul, mais n’est pas prêt, pour l’instant, d’être rejoint. Deux autres races ont également le vent en poupe : le Bouledogue Français et le Coton du Tuléar continuent de gagner de nombreux foyers français et entrent dans le quarté des races destinées à la compagnie les plus recherchées.
GROUPE X : Les Lévriers avec 12 races ayant eu des naissances répertoriées en 2002 au LOF constituent aujourd’hui le plus petit groupe au sein du LOF. Cependant, les chiffres sont contrastés. Par exemple, le Whippet, qui reste, de très loin, le lévrier le plus populaire en France, voit ses effectifs passer de 890 en 2001 à 958 en 2002. Autre race qui progresse de manière significative, le Greyhound. Elle compte 114 inscrits en 2002 contre 63 l’année précédente. Un doublement jamais vu dans ce groupe en l’espace de deux ans !