Intense période pour les amateurs du genre ! Après la coupe de France, à Vaunaveys dans la Drôme, c'est maintenant le Championnat d'Europe qui mobilise les meilleurs compétiteurs autour d'épreuves à la fois spectaculaires et techniques. Bergers et chiens ont souffert sous la chaleur de cette fin d'été pour donner le meilleur d'eux même. La performance est d’autant plus méritoire. Et c'est finalement la Norvège qui truste les podiums, dans ce merveilleux site de la Bergerie Nationale de Rambouillet
Bergers et chiens ont souffert sous la chaleur de cette fin d'été pour donner le meilleur d'eux-mêmes. La performance est d’autant plus méritoire. C'est finalement la Norvège qui truste les podiums, dans ce merveilleux site de la Bergerie Nationale de Rambouillet.Les concours de chiens de troupeaux, c'est une longue tradition. Voilà plus d'un siècle que la discipline existe, née en Grande Bretagne, et plus précisément au Pays de Galle. L'intérêt ? Montrer que le travail du chien n'est pas le fruit du hasard et qu'il est le fruit d'un ensemble indissociable d'aptitudes naturelles du chien et de compétences de dressage. Plusieurs formes de concours existent, et le niveau de performance du Border Collie, berger parmi les bergers, est telle qu'il lui faut un type d'épreuves bien à lui. Les quelques 5 000 spectateurs qui se sont retrouvés du 24 au 26 août dans le parc de la bergerie nationale ont pu s'en rendre compte.
Pour accéder à cette prestigieuse épreuve, les concurrents ont dû franchir avec succès les épreuves sélectives qui se déroulent tout au long de l'année dans les différents pays engagés. Et c'est pas moins de soixante et onze concurrents, dont certains conduisaient plusieurs chiens, qui se sont retrouvés pour les demi-finales du vendredi et du samedi. Ce jour-là, le parcours est tout à fait classique. Le berger resté immobile en un point précis, envoie son chien chercher un petit groupe de brebis distant de quatre cents mètres environ. Le chien doit se diriger vers le troupeau en contournant à gauche ou à droite, selon les indications du maître. Il ne doit par contre pas s'arrêter dans sa course et chaque relance du berger est pénalisée. Lorsque le chien est derrière le troupeau, il doit le ramener vers le berger en prenant le chemin le plus direct possible. A mi-parcours une barrière de dix mètres de largeur constitue un point de passage obligé. Pendant tout ce temps, le berger doit rester immobile et ne peut guider son chien que par la voix ou le sifflet.
Arrivé près du berger, le chien doit amener le groupe de brebis à ses pieds et le contourner, par la droite ou par la gauche selon ce qu'aura demandé le jury.
Le berger, toujours immobile, doit alors guider le chien pour qu'il fasse passer le troupeau sur un parcours avec deux barrières à franchir. Il doit ensuite les mener dans un cercle de 30 mètres de diamètre, dessiné sur le sol. Le berger doit alors trier, avec l'aide son chien, les brebis. Il doit faire sortir du cercle les deux brebis désignées par le jury. Le chien conduit alors les brebis vers un parc de 3 mètres sur 2. Le berger doit maintenir la porte ouverte en tenant la corde qui y est attachée. Il n'a pas le droit d'intervenir pour inciter les brebis à rentrer dans le parc. Une fois que le chien a terminé son travail, le berger tire sur la corde pour fermer la porte. Enfin, les brebis sont libérées et le chien doit les reconduire vers le cercle. Le berger doit alors demander au chien d' isoler une brebis et de la tenir quelques instants en respect. Tout au long de l'épreuve, jamais le chien ne doit faire preuve d'agressivité ou avoir un mauvais comportement. Il est susceptible d'être éliminé s'il poursuit les brebis ou s'il les mord. Le berger dispose d'un quart d'heure pour effectuer ce travail. Le dépassement du temps imparti est éliminatoire. Le jury est composé de spécialistes. Le plus souvent il s'agit de juges anglais qui se sont distingués dans des épreuves. Chaque étape du parcours fait l'objet d'un barème de points, qui est diminué à chaque erreur ou hésitation du concurrent. Seuls les quinze meilleurs pointages des demi-finales sont qualifiés pour le dimanche.
Le déroulement de la finale est sur le principe quasiment identique. Nuance de taille tout de même, ce sont cette fois deux groupes de dix brebis que le chien doit aller chercher à 600 mètres. Une fois le premier troupeau pris en charge et amené vers le berger, à mi-course, le chien retourne chercher le deuxième lot, le ramène au même endroit et les deux troupeaux sont réunis. Le reste de l'épreuve est identique, sauf pour le tri où le chien doit réussir à isoler cinq des vingt brebis. Chaque candidat dispose de trente minutes pour réaliser le parcours. La difficulté de cette finale est pourtant nettement plus grande. Et les candidats n'ont pas été favorisés par le soleil de plomb de ce dernier week-end d'août. Le thermomètre a allègrement dépassé les 30 degrés. Aux heures les plus chaudes de la journée, il était visible que les chiens souffraient terriblement de la chaleur. C'est peut-être même ce qui peut expliquer des contre-performances et des pointages parfois bien éloignés de ceux des épreuves qualificatives. On note également que les trois chiens qui finissent sur le podium sont passés en début de matinée ou en toute fin d'après-midi. Ce qui n'enlève pas le mérite des vainqueurs. Le grand gagnant, Tobjorn Jaran Knive, dont le chien Lyn obtient un pointage de 114 points sur 160, distance nettement ses concurrents. Et le norvégien n'est pas un inconnu. On avait déjà eu l'occasion de le voir œuvrer en finale l'année dernière, en Suisse. Quant aux concurrents français, c'est avec plus ou moins de bonheur qu'on a pu les voir évoluer, aux heures les plus chaudes. Patrick Leroux, qui venait de remporter la Coupe de France, pointe à 84 points avec Lolita, tandis qu'Antoine Brimboeuf qui était troisième à la coupe de France, termine ici quatorzième avec Mousse qui pointe à 63 points.
Le cadre de la Bergerie nationale de Rambouillet est tout à fait adapté à ce genre de manifestations. Pour Antoine Brimboeuf, l'un des organisateurs, quoi de plus normal que la Bergerie, impliquée dans les techniques d'élevage de mouton depuis Louis XVI, s'investisse dans un tel concours. Sans compter qu'il n'est pas facile de trouver un terrain aux normes qui permette d'accueillir autant de monde. De nombreuses animations durant les trois jours ont permis de donner une dimension encore plus grande au spectacle. Mêmes les brebis étaient parfaites ! Francis Déhais, éleveur de Texels, en avait prêté pas moins de quatre cents ! Tous les concurrents ont pu travailler avec des brebis "fraîches", ce qui est apprécié de tous. Les résultats seraient largement faussés si l'on devait utiliser plusieurs fois les mêmes brebis.
Globalement, chacun s'accorde à dire que la manifestation a été un succès éclatant. D'ailleurs, il faut souligner l'ambiance sympathique qui existe dans ce type de concours. Au delà du chauvinisme, les spectateurs encouragent les prouesses techniques dès lors qu'elles le méritent. Peu importe de connaître la nationalité du candidat. Et en dehors des épreuves, c'est très confraternellement que les candidats se retrouvent.
Bien sûr, les Britanniques manquent à l'appel. La fin de la quarantaine n'est pas encore si simple à mettre en œuvre, et les inquiétudes liées à la fièvre aphteuse sont encore présentes dans tous les esprits. Mais gageons que dès l'année prochaine les meilleures équipes pourront participer aux grands concours anglais avec d'intéressantes confrontations en perspective.