Chat emblématique de l’aristocrate féline, le Persan est encore, et depuis longtemps, la race la plus élevée en France, malgré une concurrence de plus en plus grande de nouveaux venus comme le Maine-Coon ou le Norvégien.
Si l’on y réfléchit bien, ce succès n’est pas étonnant. Malgré les contraintes imposées par son opulente fourrure, qui exige une attention quasi quotidienne si l’on veut lui garder toute sa beauté, le Persan est en effet un chat parfaitement adapté à la vie en appartement où il règne en maître incontesté. Les différentes variétés de Persan, chinchilla, smoke, particolor, colorpoint, et bien sûr les couleurs classiques, feront l’objet d’un deuxième article sur Aniwa.
Bien qu’il ait hérité son nom de l’Iran ancien, le Persan est originaire d’Angleterre où il a été créé à la fin du 19e siècle. Depuis les croisades, des chats à poils longs étaient régulièrement importés du Proche et Moyen Orient et, à partir du 17e siècle, ils devinrent même la coqueluche de l’aristocratie française qui les aimait blancs et les appelait Angoras. On dit que la reine Marie-Antoinette en possédait quelques-uns qu’un capitaine de la garde sauva de la révolution et emporta en Amérique où ils auraient été à l’origine de la création du Maine Coon.
Petit à petit, les Angoras gagnèrent l’Angleterre où ils furent considérés comme une race à part entière et exposés dès les premières expositions félines sous le nom de « French cats »à coté des Britishs Shorthairs, gros chats ronds à poil court, fierté de l’élevage anglais. L’idée de marier des Britishs et des Angoras vint alors aux éleveurs britanniques, toujours prêts à innover, dans le but d’allier la puissance des chats anglais à la longue fourrure des Angoras. Si la plupart des Angoras de l’époque étaient blancs, beaucoup de couleurs existaient chez les Britishs dont les tabby, les silver, les bicolores et naturellement les unicolores : noirs, bleus et rouges. A ses débuts, le Persan le plus apprécié était le bleu car il alliait deux caractéristiques étrangères aux chats de ferme : la longueur du poil et la couleur diluée.
S’il n’y a aucun doute sur le fait que le Persan des origines était bien différent de l’Angora, chat très élégant qui a servi à sa création, il n’a pourtant pas grand chose à voir avec le Persan d’aujourd’hui. Au fil des années, le travail des éleveurs a tendu à la différenciation des races. Le parti pris choisi pour le Persan a été d’aller vers un chat tout en rondeur, fort et massif. Le premier standard du Persan a été rédigé par Harrison Weir, le père de la félinotechnie moderne. D’abord publié en 1889 dans l’incontournable ouvrage « Our Cats », sous le nom de « Points of Excellence », il est finalisé en 1909. On peut lire « tête ronde, nez court avec un stop, joues pleines grands yeux, corps court massif avec une poitrine large » (1).
Ce travail, commencé par les Anglais s’est poursuivi aux Etats-Unis où le type actuel du Persan a été fixé. Il est d’ailleurs amusant de constater que si le standard n’a pratiquement pas changé, le chat qu’il décrit n’est plus du tout le même car il est beaucoup plus rond et plus court. Certains excès ont d’ailleurs été commis dans les années 1960 quand les éleveurs américains ont entrepris de créer un Persan dit « Peke-Face » c’est-à-dire à face de Pékinois, hyper écrasé. Ce Persan à la limite de la difformité a pourtant fait couler bien plus d’encre qu’il n’en mérite car, même si on le retrouve dans presque toute la littérature sur les races félines, seule quelques dizaines de sujets ont vu le jour sur une période très restreinte. Les éleveurs ont vite compris que le type du « Peke-Face » ne menait à rien.