Avec ses oreilles démesurées, ses pommettes hautes et sa fourrure frisée, le Devon Rex ressemble à un lutin échappé d’un conte de fée.
Si Tolkien avait eu la bonne idée de doter ses elfes de chats, il aurait sans doute choisi le Devon Rex. Unique dans le monde félin, le Devon allie un look incroyable à une fourrure bouclée qui n’appartient qu’à lui. Pourtant, ce chat hors du commun a des origines modestes puisque ses ancêtres sont de simples chats de gouttière au poil frisé qui avaient colonisé les environs d’une mine d’étain dans le Devonshire. C’est là qu’une vieille dame les a découverts, au début des années 60, et que la merveilleuse histoire a débuté.
Quand Miss Beryl Cox recueillit une des petites chattes écaille de tortue qui vivaient à demi sauvages aux alentours de la mine d’étain de Buckfastleigh, elle ne se doutait pas que son nom resterait inscrit dans les annales de la félinotechnie comme celui de l’inventrice d’une nouvelle race de chats. La sauvageonne de chatte allant et venant librement, elle ramena immanquablement une portée de chatons de père inconnu, auxquels elle donna naissance au fond du jardin. Parmi eux, il y avait un curieux chaton frisé que Miss Cox décida de conserver et qu’elle nomma Kirlee. Intriguée, elle rechercha parmi les chats du voisinage celui qui pouvait être le père du petit phénomène et découvrit un mâle au poil ondulé qu’elle supposa être le responsable. Sa curiosité satisfaite, elle reprit sa vie ordinaire en compagnie de Kirlee. Jusqu’au jour où un article de l’English Daily Mirror attira son attention. On y parlait d’un chat à poil bouclé, issu d’un programme d’élevage unique en son genre et dont les éleveurs faisaient grand cas. En photo, chaton Devon seal mink.
Mené par Brian Stirling-Webb, éleveur de chats et de lapins frisés, et Agnes Watts, ce programme avait pour origine Kallibunker, un chat trouvé en Cornouailles, dix ans plus tôt, dans des conditions similaires à celles qui avaient prévalues à la naissance de Kirlee. Grâce au travail de sélection de ce groupe d’éleveurs, plusieurs chats étaient nés qui avaient en commun une fourrure crantée. Par analogie avec les lapins Rex à la fourrure rase et en souvenir de la région d’origine de Kallinbunker, on leur avait donné le nom de Rex de Cornouailles. Quand elle reçut un courrier de Miss Cox, Agnes Watts décida de lui rendre visite et réussit à la convaincre du bien-fondé de lui céder Kirlee pour qu’il contribue à l’établissement des Rex de Cornouailles (1).
Au moment où Kirlee rejoignit le programme d’élevage des Rex de Cornouailles -appelés plus couramment Cornish Rex-, on savait déjà que le gène responsable de l’ondulation de la fourrure est récessif, et donc que les deux parents doivent être Rex eux-mêmes ou être porteurs de ce gène pour qu’il s’exprime à nouveau chez leurs descendants. Apportant du « sang neuf », Kirlee était attendu avec espoir puisque l’on supposait que, marié avec une femelle Rex, on obtiendrait des chatons Rex à tous les coups. Or, quelle ne fut pas la surprise, mêlée de déception, quand les femelles saillies par Kirlee donnèrent toutes naissance, sans exception, à des chatons à poil normal ! A l’évidence, le gène responsable de l’ondulation du poil du Devon Rex n’était pas le même que celui du Cornish Rex et ce n’est qu’en remariant Kirlee à ses filles qu’il redonna des chats à poil frisé. En photo, Cornish Rex red et blanc.
Une fois ces expériences menées, on décida, en Angleterre, de distinguer les deux races de Rex. Une distinction d’autant plus justifiée que la structure de la fourrure des Devon et des Cornish comporte des différences importantes. Le Cornish ne possède pas de sous-poil, notamment. D’où un toucher très soyeux et près du corps, alors que la fourrure du Devon, avec ses longs poils de garde, a souvent un aspect ébouriffé. En photo, Devon Rex bleu crème.
Une fois bien séparées, les races Devon et Cornish se différencièrent morphologiquement selon les races employées pour les « travailler » : British Shorthair, Burmese et American Shorthair pour le Devon Rex, principalement Siamois et Oriental pour le Cornish.
Même si le poil ondulé est à l’origine de la création de la race Devon, ce chat reconnaissable entre tous ne saurait se résumer à quelques boucles. Le Devon est un chat de taille moyenne, au corps rectangulaire et à la poitrine ouverte et large comme celle d’un bouledogue. L’ossature est relativement fine, mais toute la musculature est en rondeur avec des pattes arrière comme des petits cuissots. Toutes les couleurs de robe sont admises.
Sa tête est unique. Plutôt triangulaire vue de face, elle porte deux grandes oreilles, placées très bas, dont le lobe part presque à l’horizontal. Les yeux sont en forme de citron, ni trop ronds, ni trop orientaux. Brillants et expressifs, ils illuminent littéralement le visage. De profil, le museau est très marqué, presque carré. La tête toute entière doit évoquer celle d’un lutin et cette caractéristique se retrouve dans le comportement du Devon. On l’appelle parfois le chat-chien ou même le chat-singe tant il est présent et espiègle. En photo, Devon blanc.
Il n’aime pas la solitude et si vous restez loin de chez vous de longues heures, évitez de le choisir pour compagnon. A moins que vous n’optiez pour l’excellente alternative d’avoir deux Devon à la maison : les jeux acrobatiques de ces clowns félins sont parmi les plus drôles qui soient.Si les Devon Rex ont longtemps été menacés par la spasticitie, une redoutable maladie génétique qui provoque des atteintes musculaires invalidantes et irréversibles, les éleveurs ont beaucoup travaillé pour obtenir des familles de chats sains. Aujourd’hui, on peut considérer la race comme quasiment indemne. Il n’y a donc plus aucune raison pour ne pas craquer pour le lutin des chats !
(1) Lire à ce sujet l’article de Terri Jorgensen « Elfin Magic » publié sur le site de la CFAhttp://www.cfainc.org/breeds/profiles/articles/devon.html