Si l'Abyssin appartient à l'une des races les plus anciennes, le mystère de ses origines reste entier. Fauve miniature, c’est un must de la gent féline.
Ce qui frappe le plus quand on voit un Abyssin, c’est ce mélange de sauvagerie et de sophistication qui n’appartient qu’à lui. Sa robe tiquetée évoque irrésistiblement les félins du désert, tandis que sa manière de nous regarder avec ses yeux pailletés d’or peut faire fondre le pire ennemi des chats.
Les origines de l’Abyssin sont parmi les plus contestées qui soient. Si son nom évoque l’Abyssinie, l’actuelle Ethiopie, rien ne prouve qu’il en soit originaire, et la provenance de Zula, le premier Abyssin référencé en 1874 est des plus vagues. Son propriétaire, le Capitaine Barrett-Lennard avait bien sous-entendu qu’il avait ramené Zula d’Ethiopie à la fin de la guerre en 1868, mais il ne l’affirma jamais vraiment. A l’époque, l’histoire était trop belle et on n’hésita pas à avancer que ce curieux chat au pelage tiqueté aurait pu avoir pour ancêtre le Felis Libyca, un chat sauvage libyen. On affirmait aussi que les Abyssins venaient des comptoirs indiens de la Couronne britannique. Au Muséum d’histoire naturelle de Leide, aux Pays-Bas, on peut encore voir un chat naturalisé qui ressemble fort à un Abyssin. La légende est formelle : ce petit chat avait été rapporté des Indes par des négociants qui en faisaient le commerce. D’autres pensent encore que les pays d’origine de l’Abyssin seraient situés encore plus à l’est, au sud de la Chine ou en Thaïlande.
Aujourd’hui, il semble admis que le berceau de race de l’Abyssin soit la Grande-Bretagne. A la fin du XIXe siècle, des chatons tiquetés naissaient assez régulièrement dans des portées de chats anglais et les éleveurs virent assez vite l’intérêt qu’ils auraient à sélectionner cette caractéristique. Comme leur pelage ressemblait à celui du lièvre, on les appela d’abord « Bunny cats ». Le vent d’exotisme qui soufflait à l’époque fit le reste. Les regards étaient tournés vers l’Egypte et les grandes fouilles archéologiques. La reine de Saba permettait d’oublier un peu les contraintes victoriennes et les « Bunny cats » faisaient d’excellents candidats pour le rêve. Les premiers Abyssins ont été inscrits en 1886 et les importations vers les Etats-Unis commencèrent dès 1900. En France, le premier Abyssin arriva en 1927.
La raison du succès indéfectible de l’Abyssin depuis sa création réside certainement dans le fait que ce chat est toujours un modèle d’élégance et d’équilibre. Dès leurs débuts, les éleveurs anglais recherchèrent un chat plus élégant que le British et l’Abyssin était une alternative attrayante. On créa d’ailleurs une catégorie en exposition, réservée aux chats dits « étrangers » qui avaient pour point commun un corps élégant et une ossature fine. Parmi tous ces « étrangers » le caractère distinctif de la race abyssine était presque exclusivement sa robe tiquetée. A l’époque, un collier et quelques marques tabby sur les pattes et la queue étaient encore acceptés. Doucement, par sélections successives, ces marques furent supprimées et les meilleurs Abyssins d’aujourd’hui n’en ont plus.
Arrivés en Amérique, les Abyssins anglais se sont légèrement modifiés. Ils sont devenus plus élégants, avec une tête un peu plus triangulaire, des oreilles plus grandes et une ossature plus fine. Les couleurs aussi ont été travaillées et ont gagné en densité. Dans les années 60, quand l’élevage français a redémarré après avoir subi la longue interruption due au choc de la deuxième guerre mondiale, le cheptel était principalement composé de chats anglais assez massifs. L’arrivée des Abyssins américains a été une véritable secousse. Mais au contraire de ce qui s’est passé avec les Siamois, où une véritable guerre des types a été déclarée, les éleveurs européens ont vu l’intérêt de ces nouvelles lignées dans une race où la consanguinité est vite un problème. La question des couleurs reste plus épineuse.
A côté des couleurs traditionnelles de l’Abyssin, le lièvre (génétiquement noir) et le sorrel (génétiquement cinnamon), d’autres couleurs ont été créées, dont le bleu, le chocolat, le faon, le silver, et plus récemment le red et le tortie. Aujourd’hui encore, toutes ces couleurs ne sont pas reconnues par l’ensemble des grandes fédérations félines internationales.
A quoi doit donc ressembler un Abyssin ? Le standard le décrit comme un chat d’apparence royale, agile comme une panthère mais proche de l’être humain. Sa tête est un triangle aux contours adoucis. Pas d’angles chez lui, mais de douces lignes courbes. Ses yeux en amande sont or ou verts, mais toujours bien ouverts sur le monde. Ses oreilles, assez grandes, sont larges à la base, en forme de coupe et pointées vers l’avant, comme s’il était toujours en alerte. Parfois, elles portent quelques poils en forme de plumeau à leur extrémité, ce qui renforce le look sauvage. L’encolure est souple, arquée et bien attachée. Les muscles de son corps sont bandés comme s’il était toujours prêt à bondir. D’ailleurs, la façon qu’il a de se tenir debout sur ses pieds le fait comparer à une ballerine sur les pointes. Sa queue, souvent en mouvement, est longue et effilée. Sa fourrure, enfin, est à nulle autre pareille : élastique au toucher, résiliente, elle est plus longue sur le dos et se raccourcit graduellement sur les flancs, les pattes et la tête. Quand on le caresse, on sent sous les doigts les bandes de ticking de chaque poil. Chez le lièvre et le sorrel, la couleur est chaude et profonde jusqu’à la racine, comme si ce chat d’exception était le fils du soleil.
Solaire, tel est aussi son caractère. Rayonnant, royal, il s’attache à ses maîtres avec une application de chaque instant. Actif, il aime les humains et ne peut bien vivre qu’en leur compagnie. Réservez-lui vos bons moments. Impliquez-le dans vos activités. Il adorera ça.
Pour en savoir plus, lire la fiche de race et le standard LOOF de l’Abyssin.Vous pouvez aussi consulter la fiche de race et le standard LOOF du Somali, le petit frère à poil mi-long de l’Abyssin.