Si l’American Shorthair est encore rare en Europe, c’est une des races les plus populaires aux Etats-Unis et au Japon et, pour beaucoup, il représente le chat par excellence.
L’American Shorthair est un paradoxe. A première vue, il ressemble à un chat domestique ordinaire, « le même que celui qu’on a à la maison ». Mais si on le regarde attentivement, de subtils détails associés à une force et un équilibre parfaits suffisent à convaincre que l’American Shorthair est un chat semblable à aucun autre. Mieux, qu’il est carrément l’archétype du chat. A tel point qu’aux Etats-Unis, pays dont il est originaire, il est considéré comme le symbole du chat idéal, sain et robuste, façonné par des décennies de chasse à la souris et destiné aujourd’hui à être le compagnon de tous les membres de la famille.
Tous les récits le confirment. Les premiers chats sont arrivés aux Etats-Unis sur les bateaux des colons venus d’Europe et le mythique Mayflower est le navire emblématique de cette arrivée au Nouveau-Monde, pour les hommes comme pour les chats. A bord, ces derniers étaient les bienvenus car ils protégeaient cargaisons et cordages des rongeurs de toutes espèces. Une fois débarqués, les chats européens entreprirent eux aussi de conquérir l’Amérique. Le plus souvent chats de ferme à moitié sauvages, ils s’adaptèrent progressivement à leurs nouvelles conditions de vie. Malgré des variantes régionales très réussies comme le Maine-Coon, la plupart des chats nord-américains étaient de robustes chats à poil court, suffisamment forts et intelligents pour subvenir à leurs besoins. Si des différences morphologiques existaient entre tous ces chats, leur fourrure avait un point commun : courte, épaisse et lustrée, elle les protégeait aussi efficacement des branches et des ronces que de la pluie et du vent. L’avènement de la félinophilie au XIXe siècle, avec son cortège de races exotiques, Persans et autres Siamois, fit réagir un certain nombre d’amateurs. Ils virent dans leurs chats de ferme une authentique race naturelle qu’il fallait à la fois protéger et mettre à l’honneur. On accepta donc en exposition des représentants de ces chats à poil court sous l’étiquette de Chats Domestiques Américains.
Paradoxalement, le premier Domestic Shorthair inscrit à un livre d’origine fut un chat red tabby importé de Grande-Bretagne. A cette époque, on se contentait de moins en moins de chats dont ne connaissait pas les ascendants et Bell of Bradford -c’est son nom- ouvrit la porte d’une sélection qui dure encore. On s’attacha à rechercher des chats qui montraient une uniformité dans leur apparence. Mais si les Domestic à poil court pouvaient aller en exposition, on oubliait parfois de leur remettre leurs récompenses, voire de leur fournir des cages tant ils étaient peu considérés. Parfois, ils étaient tout bonnement jugés avec les chats de maison, des chats sans origines correspondant à un standard. Pourtant, un changement considérable allait se produire en 1960. Un esprit nouveau se mit à régner sur le petit monde des chats de race et, à l’instar du Maine Coon, il devint politiquement correct de mettre à l’honneur les races natives d’Amérique du Nord. On commença par changer son nom. Le Domestic Cat, Chat Domestique, devint l’American Shorthair, le Chat Americain à Poil Court. En devenant officiellement américain, notre athlète des campagnes gagna l’estime des juges et des éleveurs. Dans le même temps, il se mit à changer de morphologie : plus rond, plus large, avec des yeux plus grands, des oreilles plus petites et plus écartées.
Et il s’habilla surtout de couleurs de rêve, comme les très célèbres silver blotched tabby (en photo ci-contre) que Dame Nature elle-même nous offre très rarement. Faut-il s’en étonner ? Non, car s’il gagnait de la respectabilité, l’American Shorthair devait confirmer son rang. Pour le différencier définitivement des chats de rue, on eut alors recours à des mariages ponctuels avec des Persans. Pas chien pour un sou, l’Americain Shorthair rendit bien son emprunt en offrant en retour l’Exotic Shorthair, qui n’est autre qu’un Persan à poil court. Durant cette période constitutive le travail des éleveurs fut remarquable et ils arrivèrent rapidement à poser une base génétique solide qui garantit le succès de l’American Shorthair et qui profita aussi aux autres races. Ainsi l’usage vint d’utiliser l’American Shorthair, chat modéré et sûr, pour travailler de nouvelles races. Le Bombay, le Bengal, le Snowshoe le Selkirk, l’American Bobtail et bien d’autres races encore peuvent lui être reconnaissantes.
Aujourd’hui, l’American Shorthair est une des races les plus populaires aux Etats-Unis. Au Japon, c’est la première et il s’échange pour des somme colossales. Mais qu’a donc l’American Shorthair de particulier pour séduire autant d’amateurs à travers le monde ? Peu de choses et beaucoup à la fois car pour ses admirateurs, il est le chat par excellence. Rien en lui n’est exagéré, il est tout en équilibre et puissance. Son corps est de taille moyenne et de format semi-cobby, c’est-à-dire assez court mais sans exagération. La poitrine est large, surtout chez les mâles. Les hanches sont solides et un peu rondes. La tête est large et ronde, avec un léger stop et un joli petit nez, pas trop court. Les oreilles ne sont ni grandes, ni petites, placées bien écartées l’une de l’autre. Son museau est caractéristique : puissant, carré avec une bonne mâchoire. Les yeux sont typiques : grands, ils ne sont pas tout à fait ronds mais très ouverts (photo) ce qui donne à l’American Shorthair une expression de douceur et d’étonnement très recherchée.
L’encolure est souple, large, musclée. La queue est de longueur moyenne, large à la base et arrondie à l’extrémité. La fourrure est courte, lustrée, résiliente. Un vrai « Barbour ». Pour résumer, tout dans ce chat doit témoigner de son ancienne et révélatrice appellation de « working cat », expression qu’affectionne les anglo-saxons pour le définir, et qui peut être traduite par « chat d’utilité ».
On ne peut décrire l’American Shorthair sans parler de sa robe. Si toutes les couleurs sont reconnues, sauf le chocolat, le lilas, le cinnamon, le fawn et le colour point, force est de constater que les couleurs qui lui siéent le mieux sont celle dites « sauvages » : tabby, tabby et blanc, et particulièrement le blotched ou classic. Dans ce patron tabby, de larges bandes foncées tracent des motifs très contrastés sur les épaules et les flancs, qui vont d’une aile de papillon à un cercle quasi parfait.En photo, American Shorthair brown blotched tabby. Admirez le dessin !
Quand on ajoute que l’American Shorthair est un chat pour toute la famille, s’adaptant parfaitement à la compagnie des enfants, ne rechignant pas non plus au commerce des chiens, toujours là sans être collant, on comprends son succès. D’autant que sa robustesse et sa santé à toute épreuve vous tiendront éloigné de votre vétérinaire pendant de nombreuses années, les visites annuelles de vaccins mises à part.Si la perfection existe, l’American Shorthair n’en est pas loin. En photo : American Shorthair black silver blotched tabby.
En France, il n’existe malheureusement pas encore de club de race dévolu à l’American Shorthair. Pour tout renseignement, adressez-vous à la Société Centrale Féline de France qui regroupe à l’heure actuelle ses rares éleveurs dans notre pays.