Elles élèvent le Mastiff de longue date et leur avis bien sûr nous intéresse. L’auteur a recueilli leurs propos et nous offre en prime un tour d’horizon de la situation de la race et des chiens qui ont compté.
C’est aux USA que le Mastiff est le plus répandu ; le nombre de naissances dans ce pays tourne autour de 5000 par an. Le standard américain est légèrement différent du standard FCI qui est bien évidemment celui du pays britannique. Le standard américain diffère par exemple au niveau des plis en tête : pour le standard britannique ces plis n’existent que quand le chien est attentif, pour le standard américain, ces plis sont bien dessinés. Le standard américain donne aussi des tailles minimales (76 cm pour les mâles, 70 pour les femelles) qui ne sont pas données par le standard britannique.
Le Mastiff est généralement parmi les races les plus représentées à la grande exposition de New-York, Westminster. Cette année, on y voyait de très beaux Mastiffs avec de la taille, de bonnes allures, de la substance. Dans ce pays, la race est relativement hétérogène mais nettement moins qu’il y a une dizaine d’années. A cette époque, deux types de Mastiffs cohabitaient dans ce pays, un type plutôt genre Dogue Allemand, un peu large, et un type plus trapu et à l’ossature plus puissante, généralement plus petit. On est actuellement parvenu à un bon équilibre et on trouve de beaux spécimens de la race.
Ailleurs en Europe, il y a une vieille tradition du Mastiff aux Pays-Bas où on trouve depuis longtemps un certain nombre de bons chiens. Actuellement dans ce pays, la race est assez hétérogène avec des sujets très (trop plissés) en tête, ou trop stoppés et des sujets à tête longue et au stop peu marqué mais aussi d’excellents sujets.D’excellents chiens ont été produits en Belgique où la race est bien implantée. En Allemagne, la production était assez faible et de qualité assez irrégulière jusqu’à ces dernières années. Récemment de très beaux sujets ont été produits dans ce pays. Il y a assez peu de Mastiffs en Italie et la qualité est assez irrégulière bien que la race y soit représentée depuis longtemps, mais en petit nombre. En Espagne ou en Suisse, la race est confidentielle. Dans les pays nordiques, la race est aussi représentée mais hétérogène en qualité. La Russie a importé ces dernières années de beaux spécimens de Mastiffs provenant de différentes lignées (entre autres britanniques), qui se sont distingués lors de la Mondiale de Porto. La race est également présente depuis la fin du XIXe siècle en Australie. Depuis un certain nombre d’années, en Grande-Bretagne, la race n’est pas à son meilleur niveau. Des chiens superbes en statique mais aux démarches incertaines ont été primés et sont encore primés, privilégiant le spectaculaire au détriment du fonctionnel et le pays d’origine de la race en paie les conséquences. Ceci étant, on peut voir quelques fort beaux Mastiffs en Grande-Bretagne actuellement.
La production française est relativement modeste (une centaine de chiens par an environ) ; les chiens sont homogènes et typiques, avec de l'os et de la substance, sans être spectaculaires, des allures majoritairement correctes, les caractères sont le plus souvent enjoués. L’état actuel de la race en France est bon, ce qui n’exclut pas la nécessité de la vigilance, l'état d'un cheptel peut changer très rapidement si on n'y prend pas garde.La production émane d’un assez grand nombre d’éleveurs. La plupart ont d’ailleurs signé la Charte d’Elevage du Club.
L'élevage
En photo ci-contre, Elevage du Retour. Le prix d'un chiot Mastiff est relativement élevé, la fourchette se situe autour de 1500 à 1800 euros, voire un peu plus. Mais, il ne faut pas se dire que c'est un élevage rentable. Les éleveurs, surtout occasionnels, racontent quelquefois que des mères Mastiffs très gentilles avec leurs petits, attendent que leur maîtres s’en occupent. Une éleveuse me racontait que sa chienne Milady, une chienne de famille habituée à être choyée, avait obstinément refusé de s’occuper de ses chiots mais n’hésitait pas à venir chercher ses maîtres dès que les petits piaillaient, veillant à ce qu’on s’en occupe bien, appelant pour qu’on les nourrisse mais se déchargeant sans la moindre vergogne de sa responsabilité sur ces nounous humaines. Une autre éleveuse m’a parlé de l’air de profond dégoût de sa chienne Nana quand on lui demandait de lécher ses petits pour provoquer l’émission d’urine ou la défécation. Ce qui n’empêchait pas la dénommée Nana d’être très gentille avec ses chiots et d’examiner d’un air très intéressé tous les soins qu'on leur prodiguait. Cela ne représente heureusement pas la majorité des cas, mais les mères Mastiffs sont souvent assez négligentes avec leurs chiots, ce qui oblige les éleveurs à une surveillance assidue de la nichée.
Leur choix du Mastiff, le profil idéal du propriétaire de Mastiff, leurs conseils et anecdotes.
Dalila Chenane (La Tivolière) élève la race depuis près 20 ans le Mastiff « parce que c’est le chien que j’aime depuis toujours ». Elle refuse absolument de vendre à quelqu’un qui cherche un chien agressif, ce genre d’acquéreur ne pourrait qu’être déçu. Ceci mis à part, elle trouve que le Mastiff peut convenir à tout le monde à condition qu’on le considère comme faisant partie intégrante de la famille. Elle refuse aussi de vendre un Mastiff si on lui dit qu’il ne rentrera jamais dans la maison. Elle reconnaît que l’élevage du Mastiff n’est pas une chose aisée, les portées sont irrégulières allant de 1 chiot à 12, voire plus, les mises-bas ne sont pas faciles car les chiennes font facilement de l’atonie utérine et les césariennes ne sont pas rares. Elle conseille à l'acquéreur novice de montrer au chiot quelle place il doit avoir au sein de la maison, l'habituer à la fréquentation de la rue dès que le vétérinaire donne le feu vert pour en faire un chien sociable et habitué à toutes les situations et à toutes les rencontres. En photo ci-contre, Ch. Nesse de la Tivolière.
Sylvie Ruiz a adopté la passion de son mari Gaétan ( Elevage de Quelque Part, en photo ci-contre ) qui voulait le plus gros des chiens et avait choisi le Mastiff. « Quand je l'ai rencontré, il élevait déjà et j'ai été conquise par la race, sa gentillesse de caractère qui contraste avec son aspect dissuasif. C'est vraiment un super chien qui vit merveilleusement en famille. Sauf cas particulier, nos chiens vivent ensemble et ne sont pas en chenil. » « Je refuse de vendre à des gens trop BCBG qui refusent le contact avec mes chiens de peur de se salir ou à des gens instables, ou encore à des gens qui se décident sur un coup de tête. Je leur demande de réfléchir, je vends les chiots pour qu'ils aient une vie de famille.La faiblesse de la race : ce n'est pas un chien dont l'élevage "rapporte" et il n'est pas très doué pour la reproduction. Donc, il ne faut pas se fier au prix de vente des chiots pour se lancer dans l'élevage, c'est une race qu'on élève par passion uniquement. Se lancer dans l'élevage du Mastiff en espérant en faire un métier ne peut aboutir qu'à la déception.J'aime les chiens très typés. Si on veut un Mastiff, c'est pour avoir un chien de poids avec os et substance, mais cela suppose de bien surveiller la croissance. Cependant, il ne faut pas aller jusqu'à l'hypertype qui existe au détriment de la longévité.Le Mastiff est fait pour la vie de famille, mais il ne doit pas être un enfant gâté, il doit être éduqué comme un chien. »
Sylviane Tompousky élève des Mastiffs depuis plus de vingt ans: « Il est certain que je déconseille le Mastiff aux personnes qui habitent en étage sans ascenseur, aux personnes qui ont de trop petits moyens, aux personnes qui manquent de stabilité de caractère. En revanche, le Mastiff tranquillise les personnes nerveuses et stressées). Je le déconseille également aux personnes qui n'ont pas le temps de s'occuper du chien, même si elles disposent d'un vaste terrain. Le Mastiff n'est pas une statue, il a besoin du contact, d'une certaine complicité avec son maître. Pourquoi j'élève des Mastiffs (et des Dogues)qui ne sont pas forcément des races "faciles"? Voilà une question que je ne m'étais jamais posée. Par le passé, j'ai élevé d'autres races, mais seuls le Mastiff et le Dogue de Bordeaux ont eu ma faveur. Probablement parce que je leur ressemble. Une anecdote : Il y a une quinzaine d'année, un Mastiff vivait à Caen chez un transporteur qui avait aussi deux bergers. Ce monsieur était très déçu par son Mastiff qui, lui semblait-il, était incapable de garder ses camions dans sa vaste cour et de lui obéir (comme ses bergers)... Ce chien, je l'ai pris en attendant de lui trouver un maître avec lequel par la suite d’ailleurs, il vécut en osmose. Arrivée à la maison, je l'ai installé dans mon bureau. Il n'a pas bougé, ni fait ses besoins, ni manger, ni boire pendant trois jours, je le caressais, je lui parlais.... sans effet. Visiblement ce chien adorait son ancien maître, qui lui avait si mal rendu son amour. De force, je l'ai obligé à sortir, à se nourrir. Il a fallu quinze jours (c'est long…) pour qu'il fasse son deuil et accepte mon amitié. »
Le premier Mastiff importé en France depuis la création du Club de race (1957) a été le Ch Samson Of Shute importé par la Famille Boiret, Elevage du Castel du Buisset, en 1969.
Trois étalons importés ont marqué l’élevage du Mastiff en France au cours des vingt dernières années par la qualité de leurs produits et le nombre de leurs descendants.
Le premier, Ch Baldowinus Von sanguis Nobilis, importé de Hollande en 1982, a donné naissance à de nombreux champions. Ce chien, très typé, avec beaucoup de substance était un reproducteur qui « trace » et il a énormément amélioré la race au niveau du type et de la substance. C’est celui qui a le moins reproduit en quantité mais dont la qualité des produits sur des chiennes « moyennes » a été constante. C’était un sujet spectaculaire qui, à son époque, provoquait l’étonnement des visiteurs en exposition.
Le second, Warbuff Of Bulliff, dit Wally, importé de Grande-Bretagne à la fin des années 80, a beaucoup reproduit et a marqué la race. On le retrouve dans de nombreux pedigrees actuels. On peut dire qu’il a souvent produit mieux que lui au niveau du type et il a beaucoup apporté à la race au niveau du caractère. Sur ce plan, on peut même dire qu’il y a un avant Wally et un après Wally
Plus récemment, Faynad Lazy Lion, importé de Grande-Bretagne vers le milieu des années 90, n’est pas un chien d’exposition mais a beaucoup reproduit et donné d’excellents sujets. Le père de ce chien était très spectaculaire, avec énormément de substance.
Les importations n’ont malheureusement pas toujours été aussi judicieuses et la prudence est de rigueur avant l’utilisation massive d’un étalon.
La têteTrès importants, les yeux assez petits, bien écartés, noisette mais le plus foncé possible, avec les sourcils un peu relevés, tout cela donne l’ « expression Mastiff ».La tête est bien équarrie, mais un peu plus longue que large, Les plis ne se « manifestent » que lorsque le chien est intéressé ce qui signifie qu’un Mastiff n’est pas typé parce qu’il est plein de plis, ça ne correspond pas au standard.Les oreilles sont, dit le standard, petites ; tout est relatif… car la suite indique qu’au repos, elles sont disposées à plat contre les joues. Le corps Trois composantes, il doit être à la fois large, haut, long, c’est important, avec les flancs bien descendus.Sujet à discussion : le poil. On trouve assez fréquemment dans certains pays dont la Grande-Bretagne et quelquefois en France des chiens à poil un peu trop long ; ce n’est pas à rejeter mais il faut y faire attention, et à qualité égale préférer le poil court décrit par le standard. Il faut par contre rejeter absolument le poil long, mou et ondulé. Enfin les allures, très importantes chez un chien lourd, elles doivent être puissantes avec une bonne extension.