Aujourd'hui, il est le porte-drapeaux des molossoïdes tricolores. Il est impressionnant certes, mais c'est également modèle de douceur.
Chien de famille, il en assure volontiers la garde en utilisant son pouvoir de dissuasion. La stabilité de son caractère est en effet un critère important de sa sélection. Et dire qu’à la faveur de drames récents qui d'ailleurs ne le concernaient pas, il est mis à l'index chez nos voisins allemands ! C'est décidément bien mal le connaître.
Le dogue de Bordeaux est vraisemblablement l'une des races françaises les plus anciennes. Dès le XIVe siècle, on trouve trace de ses proches parents, l'Alan Vaultre, dans le Livre de la Chasse de Gaston Phoebus. Il faudra encore attendre un siècle pour voir apparaître le mot "dogue", dérivé de l'anglais, dans la langue française. Mais ce n'est qu'en 1863 que ce digne représentant du genre prend officiellement le nom de Dogue de "Bordeaux", par opposition à d'autres dogues locaux que l'on connaît à l'époque. A l'origine, il est fort prisé pour les combats contre les taureaux ou les ours. Cette utilisation bien peu reluisante a fort heureusement disparu. Plus tard, il est utilisé à la chasse au sanglier ou pour accompagner les troupeaux menés à l'abattoir par les marchands de bestiaux et les bouchers.
Massif et puissant, le Dogue de Bordeaux a bien le physique de son emploi ! Normal, c'est un molosse. Le mâle toise 60 à 68 cm au garrot pour un poids qui dépasse souvent les 50 kilos, la femelle est un peu plus petite (58 à 66 cm pour 45 kilos). Pas de doute, nous sommes résolument dans la catégorie des grands chiens. Mais ce qui impressionne encore plus, de prime abord, c'est son faciès renfrogné. Le Dogue de Bordeaux est ce que l'on appelle un chien brachycéphale, ce qui signifie que sa tête est courte et massive. Vue de face, elle prend la forme d'un trapèze. Le stop est marqué, il sépare le crâne légèrement convexe du museau, en formant quasiment un angle droit. Comme de nombreux molossoïdes, sa tête porte de profondes rides, qui s'accentuent lorsque le chien est attentif. La mâchoire est courte et la denture présente un prognathisme inférieur (les incisives inférieures sont légèrement en avant des incisives supérieures). Les oreilles sont petites et portées retombantes, le long de la joue. Le cou est musclé, cylindrique et recouvert d'une peau lâche et ample. Son corps est très massif et musclé. Il est légèrement plus long que haut. La musculature des membres et la bonne angulation des postérieurs permettent d'avoir des allures relativement souples. Le trot est son allure de prédilection.
La robe du Dogue de Bordeaux est fauve, avec des nuances allant de l'acajou à l'isabelle. On trouve souvent -mais pas toujours - un masque noir ou marron sur le visage. Le poil est court et doux au toucher.
Sous une apparence de brute se cache en réalité un monstre… de tendresse. Le Dogue de Bordeaux est très affectueux, et même très sensible. Calme également, pas du genre à s'emballer au moindre événement. Le standard de la race le précise : il doit avoir un seuil de réponse élevé. Autant dire qu'il faut vraiment y mettre du sien pour arriver à le fâcher. Ce qui d'ailleurs ne serait pas conseillé, eu égard à sa morphologie. De fait, il vit paisiblement au sein de sa famille. Il est très gentil avec les enfants, étant capable de supporter leurs tourmentes sans broncher. Tout au plus, s'il est agacé, il se retirera à l'écart. L'éducation doit intégrer le caractère tendre du Dogue de Bordeaux : il faut lui parler avec douceur. Pas la peine de crier dessus, encore moins de le frapper, ce n'est pas le langage qu'il comprend. Il est prêt à apprendre et ne demande qu'à faire plaisir. En retour, il faut le récompenser pour lui signifier que l'on est content de lui. Sociable, il est capable de s'entendre avec les autres animaux, surtout s'il est habitué à leur présence dès sa tendre enfance. Attention toutefois, la cohabitation avec un autre mâle, surtout s'il est à tendance dominante, peut être source de conflits.
Ce n'est pas à proprement parler un chien sportif. Il aspire même à une vie tranquille. Pour son bonheur, un coin de jardin -pas forcément démesuré- et des balades régulières. L'exercice lui fait du bien et contribue à son équilibre. Mais on veillera à ne pas exiger de lui des efforts violents ou prolongés, qu'à l'instar de tous les chiens brachycéphales, il risquerait de mal supporter. Il arrive toutefois qu'on le croise sur des terrains d'agility, sans qu’il puisse cependant prétendre arriver à un haut niveau de compétition. Il n'est pas destiné aux disciplines telles que le ring ou le RCI, d'ailleurs les activités de dressage au mordant lui sont interdites. A la maison, il assume son rôle de protecteur de façon innée, sans se comporter en gardien irréfrénable. C'est avant tout un paisible compagnon, heureux de vivre aux côtés de ses maîtres.
S'il n'est pas sujet à la maladie, il n'en demeure pas moins que son espérance de longévité ne dépasse guère la dizaine année. Mais c'est finalement chose normale pour un chien de ce gabarit. Comme ses homologues, il peut être atteint de dysplasie. Selon les études menées par le club de race, il semble que 75% du cheptel soit indemne ou à un niveau acceptable. La politique de sélection du club vise d'ailleurs à écarter les autres de la reproduction. Le club surveille également l'absence de malformations cardiaques, parfois rencontrées, sans que le problème ne s'avère préoccupant. Enfin, pour éviter les risques de torsion / dilatation de l'estomac, on lui évitera les efforts après les repas, que l'on préférera fractionnés.
Comme tous les chiens assez lourds, il est susceptible de développer des cals au niveau des coudes ou des jarrets. C'est d'ailleurs davantage un problème d'esthétique que de santé. Le remède est en fait assez simple : il suffit de veiller à disposer un tapis confortable dans son panier.
L'entretien du Dogue de Bordeaux est relativement simple. Les poils courts n'exigent qu'un brossage épisodique, plus conçu comme une séance de câlin avec lui que comme un véritable toilettage. Il est toujours possible de le laver, même si en pratique cette opération s'avère rarement nécessaire. Compte tenu de son gabarit, il vaut mieux attendre l'été pour le doucher dehors et le laisser sécher naturellement !
Contrairement à d'autres races, ses plis ne réclament pas d'entretien particulier. Ils ne sont pas marqués définitivement et proviennent d'une certaine laxité de la peau. Ils ne favorisent donc pas l'accumulation de saletés, susceptibles de s'infecter.
On lui reproche parfois d'être légèrement baveur. C'est logique étant donné la morphologie de sa tête. Pour prévenir ce petit souci, il faut éviter de lui donner à manger en dehors de ses heures de repas attitrées et le problème devrait ne pas prendre trop d'importance. Sachez également qu'il est un peu ronfleur… mais on n'y peut rien !
Un bon chiot Dogue de Bordeaux est un chiot bien né. Il vaut mieux faire confiance à un éleveur sérieux, même s'il faut parfois savoir attendre un peu pour trouver le chiot de ses rêves. Avec moins de cinq cent naissances enregistrées au Livre Origines Français, le Dogue de Bordeaux est à l'abri des phénomènes de mode.
Le mâle est naturellement plus dominant que la femelle. On le déconseillera comme premier chien à des maîtres qui ne se sentiraient pas capables de faire preuve de la fermeté nécessaire pour l'éduquer correctement. Il est conseillé de le choisir au sein d'une portée dont les parents auront été testés (dysplasie, malformation cardiaques). Le chiot doit être manifestement équilibré, ne montrant ni agressivité ni timidité excessive. On évitera les sujets visiblement trop typés. Comme en toute chose, l'excès n'est jamais recherché.
Le Dogue de Bordeaux n'est pas un chien difficile et convient à tous les maîtres. Mais il faut bien être conscient que le petit chiot si craquant ne tardera pas à approcher du quintal. Un tel molosse ne peut s'emmener partout en toute simplicité. Autant être sûr de soi avant de s'engager sur un coup de tête. Le Dogue de Bordeaux n'est pas fait pour vivre en appartement. Il sait par contre se contenter d'un petit jardin pour vivre heureux, même en ville.
- Groupe : molossoïde de type dogue (Groupe 2 - Section 2-A)- Taille : 60 à 68 cm au garrot pour le mâle, 58 à 66 cm pour la femelle- Poids : 50 kilos au moins pour le mâle, 40 kilos au moins pour la femelle- Robe : unicolore fauve, de l'acajou à isabelle, éventuellement avec un masque marron. Poil fin et court- Yeux : ovales, de couleur noisette à brun