Tous les molosses ne sont pas des colosses ! La preuve, le Carlin. Du haut de sa trentaine de centimètres, c'est pourtant un éminent membre de la famille. Pour les amateurs du genre, le Carlin possède en effet un capital séduction énorme.
Sa face est presque humaine et il a souvent une mine renfrognée. C'est pourtant un joyeux luron, toujours prêt à faire la fête… quand il ne fait pas la sieste sur son coussin préféré.
On ignore depuis combien de temps il existait en Chine, mais dès le XVIe siècle il suscita l'admiration des Hollandais qui commerçaient beaucoup avec l'Orient. C’est d'ailleurs comme cela qu'il rejoignit l'Europe à cette époque.Ses lettres de noblesse, il les aurait acquises en alertant le roi Guillaume Ier d’Orange Nassau, roi des Provinces Unies (Pays-Bas) d'une attaque nocturne des Espagnols. Plus tard, Guillaume III, roi d’Angleterre le fera découvrir à sa cour, et en France, c'est Joséphine de Beauharnais qui permettra de faire sa connaissance. Selon la légende, il aurait d'ailleurs laissé de cuisants souvenirs à Bonaparte avec qui il n'était apparemment pas prêt à partager l'amour de sa maîtresse.S'il était apprécié dans le grand monde, le Carlin n'était toutefois pas très courant. Il coûtait fort cher, et encore plus lorsque la Chine interrompit ses relations commerciales avec l'Occident. Alors que la cynophilie faisait ses premiers pas en Angleterre et que les expositions canines se développaient, le Carlin avait du mal à pointer le bout de son museau…d'ailleurs fort petit !Dans la seconde moitié du XXe siècle, il sera redécouvert grâce au Duc de Windsor. Les frasques de ce dernier sont souvent relatées dans les journaux populaires, et il y figure souvent en compagnie de son Carlin favori. Remis au goût du jour, le Carlin voit depuis sa popularité croître, au point de devenir quasiment aussi connu que son cousin le bouledogue français.
Le Carlin est bel et bien typiquement molossoïde. Compact et trapu, son corps "s'inscrit dans un carré". Pour le décrire, on utilise souvent l'expression latine "multum in parvo" : beaucoup de substance dans un petit volume. Voilà la meilleure description que l'on puisse en faire.Mais c'est sa tête qui attire les premiers regards. Forte et ronde, sans être en forme de pomme, elle lui a valu aux Pays-Bas, le surnom de "Mops", affectueux diminutif du mot "renfrogné".Le crâne ne porte pas de sillons, mais des rides nettement dessinées. Le museau est court, un peu tronqué et carré, mais jamais retroussé. La denture présente un léger prognathisme inférieur, ce qui signifie que les incisives inférieures sont légèrement en avant des incisives supérieures. La bouche fermée, la langue ne doit en aucun cas apparaître. Le museau est également très ridé. Les yeux, foncés, sont très ronds et globuleux. Ils sont très écartés. Il a une expression vive et intelligente. Les oreilles peuvent être portées de deux façons : retombant vers l'avant (en "bouton") ou -plus rarement- rejetées en arrière (en "rose").
Le corps est court : on dit qu'il est cob. La ligne de dos est droite. Le standard ne fait pas mention de sa taille, mais juste de son poids. Situé théoriquement entre 6,3 et 8,1 kilos, il est dans la pratique souvent plus élevé. De fait, il est relativement lourd par rapport à sa taille. La queue est attachée haut. Chez l'adulte, elle est en spire, formant une ou plus rarement deux boucles serrées sur la hanche.La robe peut être noire ou fauve. Le noir doit être franc, sans reflets roux. On tolère une petite tâche blanche sur le poitrail. Elle ne doit pas excéder la taille d'une pièce de 5 francs. La robe fauve peut revêtir une nuance allant du clair à l'abricot, en passant par l'argenté. Il y a alors un masque noir, bien marqué. Une trace sur le front (trace de pouce ou losange) et une trace de raie sur le dos doivent être aussi foncées que possible. C'est la présence de ce masque qui lui vaut son dernier nom : "Carlin" est en effet dérivé du nom de l'acteur Carlino Bertinazzi, fameux interprète du personnage d'Arlequin qui, dans la Commedia dell'Arte, porte un loup similaire.Signalons que l'allure du Carlin est caractérisée par un léger roulis du train arrière.
Il ne faut pas se fier à son air grognon. Le Carlin est en réalité un sacré clown. D'ailleurs, il convient de ne pas lui laisser faire toutes les pitreries qu'il a en tête lorsqu’il est encore chiot. Il a besoin qu’on lui fixe rapidement des interdits afin de devenir un compagnon sans reproches. Un peu foufou lorsqu'il est jeune, le Carlin ne tarde pas à se calmer. Avec l'âge, il devient plus mûr, plus réfléchi. C'est alors un chien plus calme qui se montre extrêmement sociable. Il aime les gens, et cela se voit. Il adore faire la fête à tout le monde, y compris aux inconnus. Avec les enfants, c'est un ange. Il se montre d'une patience exemplaire et peut endurer les pires tourmentes. Tout au plus, lassé des jeux des tout-petits qu'il n'apprécie pas forcément, il s'en ira à la recherche d'un coin plus tranquille. Avec les autres compagnons du foyer, il s'entend le plus souvent à merveille. Le Carlin est incapable de la moindre méchanceté. Atout supplémentaire, s'il fallait encore convaincre, le Carlin n'est pas du tout aboyeur.
Le Carlin n'est pas un grand sportif. Sa morphologie particulière ne le destine pas aux activités physiques intenses. L'agility, ce n'est pas vraiment son truc. Il s'essoufflerait trop vite. Il n’y a toutefois aucun inconvénient à l'emmener en promenade. Il adore aussi faire le fou dans le jardin. Mais le Carlin reste avant tout un chien de compagnie, très à son aise en intérieur.
C'est une "face plate"… expression utilisée pour désigner les chiens au museau court et au nez remouché. Par conséquent, il redoute les excès de chaleur. Des difficultés respiratoires ne tardent pas à apparaître lorsque la température s'élève. Il convient de prendre toutes les précautions, notamment lorsqu'un transport en voiture s'impose.Les yeux, globuleux, sont plus sensibles que pour d'autres races. Non pas en termes de pathologie, mais par rapport aux risques d'accidents. Rosiers, buissons dans le jardin sont donc à proscrire pour éviter les ennuis. Un simple grillage permet le plus souvent de délimiter un espace bien à lui, sans aucun danger.On surveillera aussi avec attention son alimentation. D'un naturel gourmand, le Carlin ne sait pas se raisonner lorsqu'il est nourri à volonté. Gare à l'embonpoint !
Avantage non négligeable, son poil court ne donne aucun souci de toilettage et le brossage est quasiment superflu. Il correspond en fait à un moment privilégié d'échange avec son maître, bien plus qu'à un entretien obligatoire. L'utilisation d'un gant à picots est tout à fait recommandée pour cette tâche. S'il faut laver son Carlin, on veillera juste à utiliser un shampooing adapté, qui respecte le pH de la peau. Les produits humains, même les shampooings pour bébés s'avèrent en effet trop agressifs.Il faut nettoyer régulièrement les rides pour éviter que des saletés s'installent dans les creux les plus profonds et n'y fermentent. Le bord des yeux doit également être lavé régulièrement.
Le succès du Carlin n'est plus à démontrer. Il est même à la mode. Attention donc lors de son acquisition. Il n'est pas si évident de trouver un sujet de qualité. Difficile de distinguer l'éleveur passionné par cette race sympathique de l'opportuniste qui s'est mis au Carlin "parce que ça se vend bien". Le plus sage est de s'adresser au club de race qui saura fournir aux futurs propriétaires une liste des portées disponibles. Il est parfois nécessaire de faire preuve de patience pour trouver le chiot de ses rêves.
Facile à vivre, le Carlin est susceptible de satisfaire un public varié. Seule difficulté pour lui, son physique qui le classe dans la catégorie des chiens "à part" et qui ne peut plaire à tout le monde. Cette considération esthétique mise à part, le Carlin se satisfait de tous les modes de vie. De la famille avec des enfants en bas âge aux retraités, il peut convenir à tout le monde. Il fait partie des chiens qui vivent facilement en appartement, mais apprécient aussi les joies de la campagne. Il s'adapte facilement et peut sans contraintes être emmené partout.