L’union du spitz asiatique et du spitz nordique est-elle une gageure qui visait à remonter le cours du temps?
L’union du spitz asiatique et du spitz nordique est-elle une gageure qui visait à remonter le cours du temps, une application directe des travaux de Konrad Lorenz et de ses collègues, ou encore la volonté de retrouver un chien de compagnie réunissant les qualités des deux familles ? Quoiqu'il en soit, le mariage a eu lieu en Allemagne dans les années cinquante. Le résultat de cette union a failli s'appeler Wolf Chow. Depuis 1973, c’est sous l’appellation Eurasier qu’il a intégré la cynophilie officielle.
En réalité, il s'agit bien là d'une race qui existe depuis fort longtemps. C'est un spitz, l'une des familles de chiens les plus anciennes, à tel point que l'on parle de "type primitif" à leur égard. La famille des Spitz s'est scindée en deux branches : l'une asiatique, l'autre européenne. Une évolution qui s'est faite naturellement, sur plusieurs siècles. Un type plus intermédiaire, représenté par le Laïka, est cependant présent en Russie.
Dans les années cinquante, en Allemagne, des scientifiques entreprennent de retrouver un animal proche du Spitz originel. On aime à dire que le professeur Konrad Loorenz, célèbre pour ses travaux dans le domaine de l'éthologie ( science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel ), participe de près ou de loin à cette recherche.Pas question de repartir des Laïkis, leur exportation est d'ailleurs totalement interdite. Les premiers éleveurs vont donc utiliser des Spitz-loups qu'ils vont croiser avec des Chow Chow. Le Samoyède va également être utilisé, il aura une influence notable sur la morphologie et sur le comportement. Cette "retrempe", réalisée dans le début des années soixante-dix, va permettre de stabiliser la race ainsi finalisée. En 1973, alors que 200 sujets ont déjà été enregistrés par le club de race allemand, la race acquiert ses lettres de noblesse avec l'adoption de son standard par la FCI. Depuis, la race continue à progresser doucement. Si l'Allemagne reste son berceau, il est également bien implanté en France - où l'on compte 217 naissances l'année dernière - et dans les pays scandinaves. Chien créé pour la compagnie, il reste à l'abri de la mode. Mais le public qu'il a su conquérir lui reste généralement très fidèle. Un signe de reconnaissance indéniable.
Le standard de la race précise d'entrée de jeu qu'il s'agit bien d'un Spitz. Un chien « caractérisé par la tête cunéiforme, les oreilles petites, droites et triangulaires, la queue enroulée ou portée sur le dos, la fourrure abondante au sous-poil épais », explique Raymond Triquet dans son dictionnaire encyclopédique des termes canins. La description est en soi suffisamment précise, ou presque. L'Eurasier est très proche morphologiquement des chiens primitifs. D'une taille moyenne, les mâles toisant souvent 56 cm au garrot et les femelles 52, c'est un chien bien proportionné.
La fourrure est abondante. Elle se compose d'un sous-poil court et doux et d'un poil demi-long à long, plutôt raide. Ainsi vêtu, l'Eurasier est capable de supporter les climats rigoureux, mais il ne craint pas non plus les périodes de chaleur, ce qui lui permet de se sentir à l'aise partout où il est amené à vivre. La robe peut revêtir toutes les couleurs naturelles. Seules les robes marquées de blanc ou entièrement blanches, ainsi que le marron, sont proscrits. Le port de la queue est le plus souvent enroulé, mais le standard est assez souple et tolère même les queues pendantes qui ne sont pourtant pas vraiment typiques des spitz. En réalité, les créateurs de la race qui ont voulu se rapprocher du spitz originel ont prôné un chien "naturel". L'harmonie globale est importante, c'est peut être finalement le critère le plus important.
Lorsque l'on interroge les connaisseurs, le premier terme qui leur vient à l'esprit pour définir le caractère de l'Eurasier est "équilibre". Selon ses promoteurs, il est la synthèse admirable des représentants des deux branches de Spitz, scindées il y a fort longtemps. Le tempérament d'un chien de compagnie, qu'il tient des nordiques, la fierté et la sagesse asiatique… un cocktail sympathique.L'équilibre est sans doute l'une des qualités premières recherchées chez le chien de compagnie. L'Eurasier en est un bel exemple. Très attaché à sa famille sans jamais être excessif, il sait se montrer suffisamment dissuasif pour protéger son entourage. Mais il ne faut pas imaginer que nous sommes en présence d'un chien de garde. C'est un chien de famille, pas plus. Il a besoin du contact de l'homme et ne supporte pas la vie de chenil. C'est peut-être ce qui explique que peu d'éleveurs s'y soient intéressé et qu'il reste d'une diffusion relativement restreinte. Son éducation ne pose pas de problèmes particuliers. Il est naturellement d'un bon caractère et plutôt facile à vivre.
Décidément, l'Eurasier ne sait pas se distinguer. C'est une chance côté santé : on ne lui connaît pas d'affection particulière et c'est un robuste compagnon. L'entretien est également limité. Un brossage régulier -une fois par semaine semble le bon rythme- suffit à son bonheur. Bien sûr, en période de mue, il convient d'être un peu plus attentif. Des brossages plus fréquents permettent alors de l'aider à se débarrasser du poil mort et l'aident à retrouver sa fourrure normale.