Le Normont, vous connaissez ? Cet affixe réputé dans le monde du berger allemand est conduit avec maestria par la seule femme du comité de la Société du Chien de Berger Allemand, juge de surcroît, Muriel Filleaudeau, qui sélectionne depuis la fin de son adolescence son roi BA…
On lui donne la trentaine, soit largement 10 de moins que son âge. Du haut de son mètre 60, Muriel semble, avec son discours, être une « ancienne » du monde du Berger Allemand. Un chien qu’elle a souhaité acquérir dès son plus jeune âge mais ce n’était qu’un rêve à l’époque, que des « contraintes familiales » l’empêchaient de concrétiser. La preuve, ses premiers pas, elle les fera avec en bout de laisse…un Berger de Brie, comme quoi, dans l’élevage… tout est possible.
Muriel lors d’une régionale en Normandie
Mais cet épisode avec un poilu ne sera que de courte durée. Sous les boucles blondes et les grands yeux avides de dévorer la vie, sommeillait l’image d’un Berger Allemand idéal, qui deviendra une réalité à l’aube de ses 18 ans. 20 ans après, elle ne compte plus les succès en France et à l’étranger mais ne semble aucunement grisée par ces derniers. Dans le milieu du BA, il est préférable de garder les pieds sur terre, de croiser humilité et expérience, et ne jamais croire que tout est gagné d’avance… Même quand le facteur chance peut donner de temps en temps un coup de pouce salvateur. Muriel a accepté de répondre à nos questions. Entretien
Muriel dans sa fonction de juge avec son Meilleur de race lors d’une Baby-Show
Erkau du Normont
Muriel Filleaudeau : J’ai fait l’acquisition de mon premier BA, une femelle, qui s’appelait Nani de Vertened – 1er affixe de Marc Renaud. C’était une fille de l’étalon allemand Negus V Kirschental. Elle avait deux ans et demi alors qu’à l’origine j’étais venue dans cet élevage afin de choisir ou réserver un chiot. Après avoir craqué sur cette femelle, restait à convaincre mes parents. Les économies qui devaient me permettre d’acheter une moto, m’ont, en définitive, permis d’acheter mon premier Berger Allemand
Muriel Filleaudeau : J’ai exposé Nani, notamment, lors du célèbre « Vichy », sur le terrain du concours hippique. Elle termina 87ème sur 210 femelles en compétition – quasiment deux fois plus aujourd’hui, mais le A (hanches) et le passage d’un test de caractère n’étaient pas exigés à cette époque. C’était en 1980, bientôt 25 ans ! C’est Ortense du Fond des Houx (Jago V Holtkämper See x Léonie du Fond des Houx) qui remporta le titre cette année là et chez les mâles, Omer du Chalet des Trois Hêtres, conduit par Marc Renaud.
Deux chiots de l’élevage
Muriel Filleaudeau : Comme j’étais mineure, j’avais déposé un affixe avec ma mère, De La Petite Noue. Nani fit une première portée peu après la Nationale d’élevage, la première avec Petz du Chemin des Ro et la suivante, avec le Champion Omer. Tous les chiots furent cédés à des particuliers et aucun d’eux ne fit parler de lui ultérieurement.
Muriel Filleaudeau : Après ces débuts, j’ai rencontré Eric Trentenaere. C’était en 1982. Lui, à l’époque, était quasiment inconnu, seuls ses parents, qui élevaient sous l’affixe Du Beffroi Artésien, dans le Pas de Calais étaient connus dans le monde du Berger Allemand. Eric était très jeune – il avait 17 ans et demi.
Dans cette nouvelle vie, je m’étais installée avec lui dans le nord, chez ses parents, je m’occupais prioritairement de l’entraînement des chiens, alors qu’Eric travaillait la journée. C’était un petit élevage familial, exclusivement Berger Allemand. Quelques sujets de cet élevage s’étaient distingués dans les rings, à l’image de l’Auslese Phanta du Beffroi Artésien (Naris de Valvygne x Niodie de Valvygne) et surtout de la Championne SCBA Tisette. Chez les Trentenaere, le berger allemand était une réelle histoire de famille. Chaque enfant – trois garçons et deux filles – pouvait s’occuper d’un chien en particulier.
Le célèbre Aurasi du Val d’Anzin
Muriel Filleaudeau : Avant de déposer l’affixe du Normont, nous avons pris ensemble, en 1983, avec Eric, l’affixe Du Val d’Anzin (en co-propriété) et nous sommes partis ultérieurement nous installer en Région Parisienne. A l’époque, nous avons eu la chance de récupérer une excellente chienne, Soraya de Valvygne (fille de Oblabla de Gerbe de Granval qui appartenait à Gérard Cattelain sur une fille de Maik, Oudia de Valvygne ).
Couverte par Reiser du Clan des Lombards (fils d’Othello du Brotch), elle donna naissance en 1983 à la portée en U, dont la célèbre Uraya du Val d’Anzin, fut sacrée Championne SCBA en 1987 et 1988 (une de ses sœurs de portée, Upette, fit VA 3).
Sa deuxième portée sera réalisée avec un fils de Reiser, Tex du Fond des Joncs, qui donnera deux Ausleses, Ariane et Athalie.
La même année, toujours en 1985, déclic : nous tombons Eric et moi amoureux d’Uran Vom Wildsteiger Land, qui nous avait impressionné lors du précédent Championnat d’Allemagne. Dans la portée, qui naquit le 19 décembre, il y avait trois mâles et une femelle, mais quels chiens !
Une lice prête à partir en Allemagne pour une saillie
Aurasi du Val d’Anzin, qui deviendra l’étalon français de sa génération – un parallèle étant fait avec la situation de son père Uran en Allemagne : ce n’était pas un chien fabuleux et inoubliable sur le terrain, mais en tant que traceur, il a largement laissé son empreinte dans l’élevage français, en particulier par ses filles. Un de ses frères, Aiko, fut un superbe jeune chien, qui fit forte impression lors de ses premières sorties.