Notre visite dans le temple de la cynophilie britannique, la célèbre Crufts nous a permis de vérifier la diversité et la dualité de l’élevage anglais, en matière de Berger Allemand, avec des sujets dans le type de ceux que nous côtoyons en Europe continentale et des BA de type anglais qui ne répondent pas aux critères de sélection du pays d’origine…
Crufts demeure le plus grand événement cynophile sur la planète. En moins d’une heure – nous atterrissons à l’Aéroport de Birmingham et quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons au NEC, où cinq vastes halls de près de 2 hectares et demi, accueillent pendant quatre jours plus de 120 000 visteurs… et plus de 400 stands commerciaux, un mélange à la fois d’une foire internationale dédiée au chien et d’une manifestation canine où plus de 21000 chiens sont exposés !
Etude de tête du BOB
Chaque jour, nous choisissions une race en particulier, afin de nous faire une idée du niveau de la compétition. Le samedi 6 mars, c’est vers le Hall 2, ring 9, que nous nous sommes dirigés afin de « couvrir » le ring des Bergers Allemands. Le juge qui officiait était Mr Blackshaw, chargé de l’ensemble des classes. Au catalogue, 177 chiens représentant 192 engagements y figuraient. En l’examinant, nous savions que pas un seul chien venant de l’étranger (ATC) était inscrit, et sur l’ensemble des participants, seuls trois chiens importés étaient inscrits. De même, quelques éleveurs anglais, connus du circuit BA et qui depuis peu, n’hésitent plus à tourner en Allemagne, n’étaient pas au rendez-vous de Crufts.
Des statiques différentes d’un sujet à l’autre
Le Berger Allemand demeure l’une des races les plus populaires outre-Manche, même si les inscriptions au livre des origines du Kennel Club ont connu un fléchissement ces dernières années (20 953 inscriptions en 1998, 17905 en 1999 et 14177 en 2002). L’année historique demeure l’année 1996 avec un pic à plus de 25 000 naissances (25 690, le Berger Allemand représentant à l’époque plus d’un chiot inscrit sur dix).
Deux types très différents se côtoyaient à Crufts
Pour de nombreux continentaux, l’élevage anglais apparaît « différent » tant par le type que par les critères de sélection. Cependant, de nombreux amateurs anglais se sont tournés vers le pays d’origine, afin de sélectionner la race selon les critères du SV. C’est l’une des raisons qui explique que la majorité des passionnés du modèle allemand citent comme chien historique, le célèbre Odin Von Tannenmeise (qui rappelons-le n’était pas né en Allemagne mais aux Pays-Bas…) et que depuis quelques années, il n’est plus rare de voir des chiens anglais (Uri V Amulree par exemple ou Videx Varus) tourner en Allemagne.
De plus, des importations régulières de mâles et de femelles d’Allemagne (Enzo Von Buchhorn, etc…) mais également d’autres pays d’Europe (Lido de Franquières de France, Elan Van Den Herderskring des Pays-Bas, ) permettent à l’élevage anglais de sortir des sujets typiques et compétitifs sur le plan international (ci-contre, étude de tête du mâle Lararth Hurricane Of Amned, fils de l’importé Apollo Von Dakota).
Juge et steward en plein travail
88 mâles étaient inscrits pour l’ensemble des classes (8) dont 14 absents. La plus importante était la classe Special Yearling avec 15 mâles effectivement présentés.
Les femelles, plus nombreuses, comptaient 100 inscrites dont 26 absentes, la classe la plus affectée étant l’Open, avec 9 femelles absentes sur 15 inscrites ! En tant qu’observateur, je dois admettre que les concurrents offraient un panel unique en son genre : d’un côté, des chiens de type anglais « Old type » ou « Alsacian Looking », avec des corps, un type en tête et de surcroît, un mouvement que nous ne voyons plus depuis des lustres sur les rings continentaux ; de l’autre, quelques chiens très typés, avec des courants de sang identifiables (je pense aux descendants de la lignée Timo V Berrekasten (en photo ci-contre, Nikonis Yago) et aux descendants d’Enzo V Buchhorn, le seul VA importé in UK) qui sont parfaitement dans le type recherché actuellement.
L’examen individuel tranchait avec celui auquel nous sommes habitués. La présentation statique était plus « naturelle », à « quatre pattes » comme le dit le juge allemand, Herr Schweikert), mis à part quelques sujets présentés par des handlers visiblement habitués à tourner dans les spéciales de la race. L’appréciation du mouvement, capitale dans le jugement et le classement, fut étonnante. Si l’aller-retour en diagonale ne souffrait pas la critique, par contre, l’examen des allures au trot allongé, tant lors de l’examen individuel que de l’examen en groupe, fut plus surprenant. Aucun appui sur la laisse, l’amplitude était limitée et l’examen des grandes allures en devenait parfois loufoque… Les critères d’appréciation du sujet, type, mouvement et empreinte, n’étaient pas toujours prioritaires. Cependant, soulignons que chez les mâles, en classe Open, le chien classé 1er n’est autre qu’un fils de l’importé de France, Lido de Franquières (Eros Von Der Luisenstrasse). Mais c’est la génération montante qui tira son épingle du jeu lors de l’attribution des titres : le CC fut attribué au vainqueur de la classe LIMIT, Astana Santo At Sorento tandis que la réserve revint au gagnant de la classe SPECIAL PUPPY, Nikonis Colin (petit-fils d’Ursus V Batu), un tout jeune mâle âgé de moins de 10 mois !
Chez les femelles, c’est la gagnante de l’Open, CH Lindella’s Love Me Do At Slatehouse qui remporta le CC puis le Meilleur de race, un choix discutable quant au type et au mouvement de cette femelle. C’est à nouveau en classe Puppy que le juge attribua la RCC, avec la toute jeune Zen Yer of Roscovale, qui termina également Best Puppy. Il s’agit d’une fille du mâle hollandais, Putz Van Alexyrvo Hof (classé SG 95 à Düsseldorf 2001 dans une classe qui fut remportée par Larus Von Batu).
Il serait intéressant que des « continentaux » viennent à Crufts, car les amateurs anglais sont de plus en plus nombreux à comprendre que le modèle SV règne en maître dans plus de 80 pays !