Nous partageons nos vies avec les chiens depuis des milliers d’année, et les relations qui nous unissent ne cessent de s’approfondir.
Ainsi, le séquençage complet du génome canin – qui a été achevé l’été dernier – permet aujourd’hui aux scientifiques de rechercher les gènes responsables de certaines maladies, aussi bien chez le chien que chez l’homme.
« Nous partageons certains gènes et nous partageons certaines maladies », dit Kerstin Lindblad-Toh, une chercheuse à l’institut de recherche sur le génome du Massachusetts.
De nombreux chercheurs espèrent que le génome canin permettra d’identifier certains gènes responsables de cancers chez l’homme et chez le chien. Par exemple, le cancer des os, le cancer de la peau, les lymphomes, sont identiques chez l’homme et le chien. Ces gènes seront toutefois plus faciles à identifier dans le génome du chien. En effet, les éleveurs ont opéré une sélection afin d’avoir des caractères bien spécifiques, avec un souci d’homogénéité, de telle sorte que chaque race a peu de diversité dans ses gènes. De plus, de nombreuses races ont été crées à partir d’un petit nombre d’individus fondateurs, certaines ont presque connu la disparition, chez d’autres on retrouve un étalon dans des centaines, voire des milliers de pedigrees.
En raison de cette diversité génétique réduite, de nombreuse caractéristiques du chien – parmi lesquelles le cancer – sont transmises par un très petit nombre de gènes (parfois un seul gène), mais qui exerce un effet très important. Certaines races canines ont des risques beaucoup plus grands que d’autres d’être atteintes de tumeurs, d’après un cancérologue américain de l’université des Sciences de la Santé du Colorado. Par exemple, les Boxers, les Golden Retrievers ou les Saint Bernards ont des taux plus élevés de lymphomes, tandis que les Dogues Allemands, les Irish Wolfhounds, et d’autres races géantes, sont plus prédisposées à souffrir de cancer osseux.
Afin de savoir où se trouve le gène responsable du cancer dans le génome de l’animal, les scientifiques utilisent des marqueurs génétiques. Ce sont des séquences qui diffèrent légèrement entre différents chiens, et qui ont un emplacement connu sur un chromosome. Quand des animaux atteints de maladies ont constamment un certain marqueur, et que des animaux en bonne santé ne l’ont pas, il y a alors un forte probabilité qu’un gène responsable de maladie soit situé tout près de ce marqueur.
Ces analyses sont beaucoup plus complexes à effectuer chez l’humain, car les généticiens ont besoin de regarder des échantillons d’ADN de nombreuses personnes dans une famille concernées, afin d’espérer pouvoir localiser le gène responsable de la maladie. La plupart des familles sont trop petites, et n’ont généralement pas assez de générations vivantes, pour obtenir un nombre suffisant d’échantillons. Par contre, chez les chiens, les générations sont beaucoup plus rapprochées que chez l’homme, avec des descendances plus nombreuses.
Les scientifiques ont déjà réussi à localiser un gène responsable du cancer du rein.
« Il s’agit du même gène qui cause une affection clinique très similaire chez l’homme et le chien », d’après Elaine Ostrander, la responsable du département de Recherche Génétique sur le Cancer de l’Institut Américain de Recherche sur le Génome Humain.
En utilisant un grand nombre de Bergers Allemands apparentés, le groupe d’Elaine Ostrander a réussi à trouver le gène responsable du cancer sur le chromosome canin 5. Et quand ils regardèrent dans la région « équivalente » du génome humain, ils trouvèrent un gène qui venait d’être identifié comme jouant un rôle dans le cancer du rein chez l’homme. Ce genre de « chasse aux gènes » est devenue plus simple grâce à l’achèvement du séquençage complet du génome canin. Le séquençage a été déposé dans une base de données publique en juillet de l’année dernière, et il sera publié pendant le printemps, accompagné des analyses pour le comparer au génome humain. La structure du génome canin peut laisser penser que les chercheurs pourront trouver les gènes responsables des maladies plus rapidement, même si rapidement signifie non pas des mois, mais des années.
Connaître l’emplacement et la séquence d’un gène permettra de prédire les risques de cancer, et de diagnostiquer le cancer chez l’homme et chez le chien. Des tests cliniques ont déjà lieu pour essayer de traiter certains de ces cancers en bloquant les cheminements biochimiques supposés impliqués.
Un résultat pour le moment déjà extrêmement convaincant des recherche menées sur le cancer dans le génome canin, est l’identification de gènes responsables de maladies, qui peuvent ainsi être éliminés des races touchées. Avec des éleveurs désireux d’effectuer les tests génétiques, et de redéfinir leur programme d’élevage en conséquence, c’est la santé et le bien être des chiens qui s’en trouve amélioré.