Des chercheurs ont identifié le gène responsable de l’épilepsie chez le chien. Et d’autres scientifiques espèrent pouvoir en tirer profit chez l’homme.
Avec cette découverte, les chercheurs ont non seulement développé un test qui pourrait bientôt permettre d’éradiquer cette maladie, mais elle pourrait aussi permettre de mieux comprendre la forme humaine plus grave de cette forme d’épilepsie - plus connue sous le nom de « Maladie de Lafora » - ainsi que d’autres formes similaires. Les résultats de cette recherche – qui ont été publiés dans le magazine « Science » - illustrent une nouvelle fois comment des projets liés aux génomes canins et humains peuvent être bénéfiques aux deux espèces. Les chercheurs comparent et analysent « les codes génétiques » de ces « deux mammifères » à ceux d’être animaux, afin de déceler les causes génétiques des maladies.
Cette étude parue dans « Science » a été menée par une équipe de chercheurs anglo-canadiens à l’Hôpital pour enfants malades de Toronto (Canada). Ceux-ci ont montré que les comportements agités et les attaques chez les Teckels Nains à poil dur, étaient causés par une forme d’épilepsie appelée EPM2. Tous les chiens touchés partagent une mutation de leur gène EPM2b, avec de nombreuses répétitions dans leur code ADN, qui empêchent la production correcte de protéine. On estime à 5% le nombre de Teckels nains souffrant de la maladie mais à 25% le nombre de chiens porteurs du gène coupable. Cette maladie peut également affecter le Caniches (Standard ou Miniature), le Pointer, le Welsh-Corgi et le Beagle Les propriétaires se rendent généralement compte du problème quand leur chien atteint les 6 ans. Même si la maladie est incurable, elle peut être gérée grâce aux médicaments et à une alimentation contrôlée. « Ces animaux vont se mettre à trembler en réponse à certaines choses bien précises, comme un mouvement brusque et soudain dans leur champ de vision », explique la co-auteur de l’étude Clare Rusbridge, une vétérinaire neurologiste du centre vétérinaire de Stone Lion de Londres. « Cela leur arrive aussi quand il y a des lumières scintillantes. C’est une des formes d’épilepsie photosensible. Une des manières de régler le problème est de faire porter à ces chiens des lunettes de soleil spéciales : comme ça, ils peuvent continuer à vivre parfaitement normalement et heureux ».
Si les chiens peuvent faire face à l’EMP2, il n’en est pas de même des gens souffrant de la maladie de Lafora. C’est la forme la plus grave d’épilepsie chez l’adolescent, et elle peut entraîner la mort quelques années après avoir été diagnostiquée. Cette maladie est très rare, mais affreuse. Au fur et à mesure de sa progression, les crises deviennent de plus en plus fréquentes et graves, et en un an ou deux, les mouvements de la personne touchée deviennent totalement incontrôlables.
Mais chez les chiens, les avantages de cette découverte sont particulièrement évidents. Grâce à ce nouveau test pour dépister le gène fautif EMP2b, les clubs de race pourraient rapidement être capables de mettre en place des programmes de sélection contrôlée afin d’éradiquer la maladie chez les Teckels miniatures, ainsi que chez d’autres races également touchées (Basset Hound). Cette méthode est déjà utilisée chez le Setters Irlandais, par exemple, pour lutter contre APR (Atrophie progressive de la rétine – qui peut rendre aveugle – ou encore contre une maladie immunitaire appelée Canine leukocyte adhesion deficiency (CLAD) – qui est une déficience héréditaire du système immunitaire dans laquelle les globules blancs n’arrivent plus à combattre les infections. Comme pour l’EPM2, ces deux maladies sont le résultat de mutations récessives, c’est à dire qu’un chien doit avoir deux copies (une de chaque parent) du « mauvais »gène pour que la maladie s’exprime. Le Kennel Club Anglais va d’ailleurs cesser d’enregistrer tout Setter Irlandais si celui-ci n’est pas exempt de la CLAD. « Comme la sélection des chiens de race est très stricte – les éleveurs choisissent l’étalon et la lice – nous pouvons imposer des restrictions et demander le retrait des programmes d’élevage des chiens qui sont susceptibles de transmettre ces gènes aux générations futures, » a d’ailleurs indiqué dans un communiqué le Dr Jeff Sampson, coordinateur du département Génétique du Kennel Club Anglais.
Dans le domaine de la recherche génétique, les chiens de race présentent l’avantage d’avoir une descendance nombreuse avec des générations courtes et des pedigrees longs. Cela permet d’identifier relativement rapidement un « mauvais » gène. Chez l’homme, cette recherche est beaucoup plus longue. Dans le même communiqué, le Dr Sampson souligne : « Les chercheurs travaillant sur les maladies génétiques humaines se tournent de plus en plus vers le chien, car celui-ci a des maladies comparables – si ce n’est même souvent identiques, à l’homme ; en identifiant les gènes fautifs chez le chien, cela donne un point de départ aux chercheurs dans leur recherche chez l’homme. »