"Nous avons appris l'existence d'un cas d'encéphalopathie spongiforme féline chez un félin domestique en Suisse, cet été. Comment cela peut-il avoir eu lieu ? Sait-on combien de cas ont été recensés dans l'espèce féline ? Quelles précautions devons-nous prendre en tant que propriétaires de chats ?"
La réponse du docteur vétérinaire Laetitia Barlerin
L’encéphalopathie spongiforme féline (ESF) est une maladie du cerveau, transmissible et mortelle, dont l’agent infectieux ne serait ni une bactérie ni un virus, ni un champignon, mais une protéine prion anormale. Elle fait donc partie du groupe des « maladies à prions » avec, entre autres, la fameuse encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou « maladie de la vache folle »), la tremblante du mouton, ou la maladie de Creutzfeld-Jakob chez l’homme. Jusqu’à présent aucun lien n’a été démontré entre l’ESB et l’ESF, mais plusieurs éléments laissent suspecter une transmission alimentaire de l’agent de l’ESB aux félidés, comme cela a été prouvé pour le nouveau variant de la maladie de Creutzfeld-Jakob.
L’ESF a été décrite pour la première fois chez Mad Max, un chat domestique anglais en 1990. La Grande-Bretagne aurait enregistré à ce jour 89 autres cas. Dans le reste de l’Europe, seulement quelques cas isolés ont été diagnostiqués : un en Norvège (pays indemne d’ESB !) en 1995, un second, l’année suivante, dans la principauté du Liechtenstein et le dernier, cet été, en Suisse. La population féline française semble avoir été épargnée et aucun cas n’a été rapporté chez un chien.
Les félidés sauvages ne sont pas à l’abri de l’ESF : des pumas, ocelots, guépards, lions et tigres vivant dans des zoos britanniques et, dernièrement, un guépard du zoo de la Palmyre (Charente-Maritime) ont succombé à cette terrible maladie. Ici encore, la cause précise du mal n’a jamais été définie mais les abats, viandes voire déchets crus d’abattoir distribués aux animaux en captivité sont dans le rang des accusés. La durée d’incubation (délai entre l’infection et les signes d’une maladie) de l’ESF est de 5 ans en moyenne. Des troubles comportementaux et neurologiques, non spécifiques, sont les symptômes observés chez le chat. Le cas de cet été est un chat âgé de 6 ans, né un an avant la mise en place par les autorités suisses de mesures drastiques visant à éliminer les abats bovins à risque. Peut-être avait-il consommé dans son jeune âge du tissu nerveux contaminé, comme le pense l’Office vétérinaire helvétique ?
Si un lien existe bien entre l’ESB et l’ESF, les risques sont minimes pour vos chats car la France a deux atouts par rapport aux pays voisins. D’abord, elle a su prendre très tôt des mesures pour supprimer la voie de contamination des vaches par les farines animales et détecter précocement à grande échelle les animaux malades. Ensuite, les producteurs d’aliments industriels pour carnivores domestiques regroupés au sein de la FACCO* ont décidé dès 1991 - bien avant les autorités françaises !- de ne pas utiliser les matières à risque (cerveau, moelle épinière…) et farines animales bovines. Les viandes incorporées dans les boîtes et croquettes proviennent de cadavres d’abattoirs déclarés propres à la consommation humaine par les services vétérinaires. Autre élément important : aucun déchet d’équarrissage n’est utilisé. De quoi vous rassurer et vous inciter à faire confiance à votre boucher ou votre marque favorite de croquettes !
* La FACCO est la Chambre Syndicale des Fabricants d'Aliments Préparés pour Animaux Familiers