200 000 chiens errants dans la capitale roumaine ! Ce chiffre effarant donne une petite idée de l’état préoccupant de la société roumaine, onze ans après la chute du « Conducator » Ceaucescu.
Ravagée par les délires architecturaux du « Danube de la pensée » qui régna sans partage sur la Roumanie durant plusieurs décennies, la capitale roumaine est aujourd’hui le fantôme de ce qu’elle fut.
Ces meutes de chiens errants descendent pour la plupart des animaux que durent abandonner les habitants expropriés lors des « pharaonesques » restructurations urbanistiques des années 80. Ils occupent rues, places, marchés, squares, décharges, parkings et jusqu’aux entrées des immeubles, fouillant dans les poubelles ou quémandant leur pitance.
La nuit, la ville appartient à ces animaux souvent malades et dont l’espérance de vie est médiocre, même s’ils trouvent aide et nourriture auprès d’une grande partie de la population.
Chaque bande s’est approprié un territoire, qu’elle défend, y compris contre les humains. Les accidents sont nombreux et les fonctionnaires travaillant à l’ambassade de France ont été prévenus du danger des promenades nocturnes. Pourtant, il existe une réelle solidarité entre les habitants des quartiers et les chiens, même si de nombreux cas de morsures ont été enregistrés.
Une société privée de nettoyage urbain (Rosal Servis) a proposé un ramassage systématique des animaux errants et leur regroupement dans des abris situés hors de la ville. Les amis des animaux sont inquiets, surtout depuis que le directeur de cette société a cité, lors d’un débat télévisé, les textes de lois datant de l’époque Ceaucescu (mais toujours en vigueur) qui prévoient le ramassage des animaux errants et l’utilisation des peaux des bêtes abattues dans la fabrication de gants ou de cols de fourrure.
Cette société organise d’ailleurs un « referendum » sur son site afin de se prévaloir d’un soutien populaire. Mais les autorités politiques roumaines, majorité et opposition confondues, savent combien le sujet peut être épineux et préfèrent procéder à des stérilisations avant de relâcher les chiens sur le lieu de leur capture.