Patrik Thevenot se passionne pour le Bengal depuis dix ans. Le rêve inaccessible de cohabiter avec des félins sauvages devient possible avec ce chat à l’allure de léopard.
Pour Patrik Thevenot, tout commence en 1995 : « Je suis tombé amoureux des Bengals lors d’une exposition. J’en ai vu deux qui venaient des Etats-Unis. Je suis resté sans voix. Les chats sont félins mais là, c’est vraiment l’incarnation du monde sauvage. » Après avoir pris des renseignements aux Etats-Unis, pays d’origine des deux spécimens, Patrik tombe amoureux de la race. « J’aimais déjà les chats, je possédais des Sacrés de Birmanie. C’était différent avec les Bengals, c’était un rêve qui devenait réalité. Les félins sont inaccessibles, mais cette race représente vraiment le côté fauve tout en ne restant qu’un chat. »
L’histoire du Bengal débute en 1963 avec les essais d’un vétérinaire, le Dr Willard Centerwall, qui cherchait à endiguer la leucose. Ayant remarqué que le Félis Prionailurus Bengalensis, un petit léopard d’Asie, était immunisé contre cette maladie, il tente de le croiser avec une chatte domestique pour voir si les petits seront également résistants. Sa tentative est un échec mais l’hybride F1 (première génération) né du félin et de la chatte éveille l’intérêt. En Californie, la généticienne Jean Mill trouve l’idée de ce croisement formidable et décide de créer un chat domestique avec une vraie robe de félin. A l’issue de nombreuses hybridations et de plusieurs croisements, elle créé le chat Bengal. La T.I.C.A. (The International Cat Association) reconnaît cette nouvelle race en 1985.
Obtenir un Bengal nécessite un travail génétique complexe. Ne réussit pas qui veut. Patrik s’est lancé sur sa propre lignée de Bengals : « Je possédais un Felis Bengalensis, le félin qui est au départ de la race des Bengals. J’ai fait se reproduire ce félin avec une chatte. Leur accouplement à donné un hybride, soit un Bengal de première génération. Il faut savoir que tant qu’ils n’ont pas dépassé la quatrième génération, les mâles sont stériles. C’est donc un hybride femelle F1 qui s’est reproduit avec un chat, pour donner un Bengal F2 avec 25% de gènes sauvages. Ces croisements doivent encore s’effectuer pendant deux générations pour parvenir à avoir un Bengal. « Il faut quatre générations pour que les chats soient reconnus en tant que chats de la race des Bengals et fassent des expositions. Un vrai Bengal est domestique à la quatrième génération. » Le but des ces croisements successifs est d’enlever le maximum de gènes sauvages pour qu’au final le descendant du petit léopard asiatique soit reconnu comme chat domestique à l’allure sauvage au niveau de la robe et du type. « Le Bengal c’est une race avec un standard bien précis, pas un hybride. Le but est d’aller plus loin dans la descendance sans rien perdre de l’aspect sauvage », souligne Patrik.
Aujourd’hui, cet éleveur féru des fauves miniatures en est à la huitième génération. Il cherche à obtenir des chats qui correspondent le mieux au « type » Bengal et poursuit la quête du « zéro défaut ». « Le chat parfait n'existe pas. Heureusement pour un sélectionneur sinon il n’aurait plus cette passion. J’améliore la race. C’est d’ailleurs le rôle d’un bon éleveur : développer, protéger et améliorer la race. Aujourd’hui on peut avoir des Bengals au ventre blanc, des Bengals silver ou noir unis. Il s’agit de bien sélectionner. Le but consiste à essayer de créer le chat comme on le voit dans sa tête. ». Ce qui plaît surtout à Patrik Thevenot c’est le contraste dans les couleurs et les dessins des robes de ces chats. Pour lui un Bengal est un « tableau peint ». Il admire la douceur extrême du poil, son aspect luxuriant « Les Bengals ont ce qu’on appelle un glitter c’est-à-dire un point doré à l’extrémité du poil, ce qui le fait briller comme de l’or au soleil ». Des rosettes (cerclages) aux spots (tâches), Patrik n’en finit pas de s’extasier sur ses petits léopards au « flashing extraordinaire », comme il dit, pour qualifier une beauté et une allure sauvage devant laquelle il tombe en extase.
Question tempérament, Patrik le dit, il n’y a pas plus félin que le Bengal. Une sorte de méfiance se retrouve chez cette race, même s’ils adorent être caressés dès qu’ils sont en confiance. Le Bengal a du caractère, il sait ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. « Le mâle est adorable, patapouf. Quand il a confiance en vous il vous donne tout. Il a besoin de vivre dans un environnement équilibré, est très curieux, présent, très communicatif. La femelle, elle, peut être changeante et grincheuse en fonction des hormones. » Entourés d’une trentaine de chats, Patrik avoue des affections particulières pour certains d’entre eux. A commencer par Mister Snazzy, un des premiers Bengals de l’élevage, qui occupe une place à part pour son maître puisque qu’il lui a permis de trouver le type même du Bengal. Il estime également deux jeunes chattes : « Sun Savana Vision a six mois. Je la vois évoluer avec plaisir. Son caractère est adorable et elle est merveilleusement belle. Etché Lune d’argent, elle, est une silver pure que des amis américains m’ont confié. Le silver n’est pas une couleur mais une dépigmentation de brown. Cette femelle a huit mois et j’attends beaucoup d’elle », confie-t-il.
Même si Patrik est fier de ses chats, il fait très peu d’expositions : « Je n’aime pas trop ces manifestations car cela dérange les chats. C’est pas ça qui m’intéresse et ce n’est pas mon fort. Je préfère la génétique, attendre le résultat des croisements , voir naître les chatons. Je suis toujours curieux d'admirer mes bébés, de les voir évoluer. Mais les petits de mes Bengals vont aux exposition à ma place. De toute façon, je pense que je juge mes chats sûrement plus durement que les juges le feraient. ». Pour l’avenir, l’éleveur continue à se fixer sur l’obtention de Bengals bien typés, avec la tête en forme d’œuf et un nez bien droit et large, et tente des nouveautés, comme le Silver pour lequel il a demandé la reconnaissance du LOOF. Il cherche actuellement à donner naissance à des Bengals toujours très typés mais avec un ventre blanc et souhaite aussi améliorer les rosettes sur une robe pure argentée. Avis aux amateurs !