Quand on a choisi de vivre sa passion de l'élevage, la question de la gestion quotidienne et de l'équilibre financier de la chatterie est capitale. Dominique Goulet poursuit sa réflexion sur ce qu'est être éleveur et illustre très concrètement l'aspect financier de cette activité.
Revoir la première partie, la deuxième
Partager sa passion est essentiel. En premier lieu, il y a le contexte chaleureux et amical. Mais cela permet aussi de nombreux échanges sur des sujets très techniques (alimentation, aspects vétérinaires). Le partage des nouvelles connaissances est indispensable et Internet est en ce domaine un atout précieux (parfois dangereux s'il est mal utilisé !).
Grâce à Internet, aux Forums j'ai été averti de l'arrivée de nouveaux traitements vétérinaires et ainsi j'ai pu résoudre des problèmes jusque-là insolubles. Grâce aux informations recueillies lors de conférences vétérinaires organisées par des fabricants d'aliments j'ai accru mon savoir les maladies félines et j'ai amélioré l'organisation sanitaire de la chatterie ; j'ai pu mettre en place des règles d'hygiène mieux adaptées à ma structure.
Des échanges de vue avec d'autres éleveurs permettent de se faire une bonne idée sur la qualité des lignées, de certains reproducteurs et aussi de rester en alerte quand on est à la recherche d'un chaton ayant des caractéristiques bien définies.
La création du site de la chatterie a permis d'élargir ce réseau et aussi de mieux faire connaître le travail fait dans l'élevage. Par ailleurs il sert de vitrine surtout pour ce qui concerne les naissances (possibilité de ventes) et permet de diffuser largement nos coordonnées.
En résumé, sans pour autant être opportuniste, il est très important si l'on souhaite progresser de s'investir dans le relationnel et de savoir échanger les informations.
Le monde de l'élevage félin est un monde de passionnés mais un monde très diversifié où se côtoient : techniques vétérinaires, savoir-faire individuels (toilettage, mise bas, gestion), compétition collective (exposition), commerce/gestion (vente des chatons/gestion chatterie).
C'est une communauté où chacun peut apporter sa contribution même si les rivalités naturelles se stigmatisent avec la concurrence en expositions ou lors de la vente des chatons.
« Le monde félin est pourri » c'est ce que l'on entend parfois en exposition...Le monde félin est un monde de compétition (exposition), d'argent (vente de chatons) et enfin de passionnés (le ton monte vite !). Il est à l'image de la société : ni meilleur ni pire...
Et comme la passion amplifie la perception des évènements on arrive parfois à des situations tendues ou cocasses entre certains éleveurs, le plus souvent pour des broutilles ! Par ailleurs certains ne savent pas garder une certaine réserve sur les forums Internet et oublient que le Web est une vraie place publique très indiscrète...
1. la joie qu'il éprouve de retrouver des amis et de bien s'amuser
2. obtenir des titres pour ses chats
3. faire un podium et avoir une bonne poussée d'adrénaline
4. savoir ce que valent ses chats : avis d'un juge, remarques des autres éleveurs
5. nécessité de vendre un chaton
1. coût global de l'exposition
2. aucun chat en bonne condition ou chats indisponibles
3. distance du lieu d'exposition et fatigue
4. qualité, organisation et renommée de l'exposition
5. période de l'année (naissances de chatons/vacances).
Avant d'inscrire un chat à une exposition, l'éleveur fait une balance de tous les points précités. Mais un éleveur qui ne fait pas (ou peu) d'expositions sera peu ou mal connu. La presse spécialisée ne s'intéressera pas à son travail et enfin son réseau relationnel sera réduit. Bref pour vivre et évoluer, il faut exposer un minimum et savoir choisir ses expositions avec intelligence.
L'exposition est un moment de confrontation lors des jugements et avec le regard porté par les éleveurs et le public sur son chat donc sur son travail. Si les louanges sont toujours bien acceptées, les critiques peuvent parfois être plus difficiles à digérer. Je pense que la seule méthode est celle qui consiste à prendre du recul et considérer chaque avis sur l'animal comme une touche à un tableau en devenir. La couleur du tableau n'est pas celle du coup de pinceau mais celle que donne la vision d'ensemble. Par ailleurs les conseils sur les mariages sont toujours bons à entendre même s'ils ne sont pas suivis d'effet.
L'exploitation des résultats doit se faire avec humilité et objectivité. Une exposition où l'on « marche » bien procure une euphorie naturelle. La propension à avoir la « grosse tête » est assez répandue. Mais fort heureusement le soufflet retombe assez vite soit avec le temps ou lors d'une déconvenue l'exposition suivante. Car l'exposition se fait toujours à deux : le chat et son propriétaire. Pour réussir les deux doivent être à leur meilleur niveau. Et ce n'est pas toujours le cas...
La gestion d'un élevage s'inscrit dans la durée. Nous faisons pour chaque année une sorte de planning d'activité pour optimiser :
- les mariages : quelles femelles avec quels mâles et à quelle période (pour permettre aux femelles de récupérer physiquement de la dernière mise bas ; une par an au maximum...)
- quel(le) chat(te) devra être stérilisé(e) compte tenu de son âge, du nombre de portée.
- quels seront les chats qui seront particulièrement présentés en exposition (titres à obtenir, conditions)
- à quelles expositions nous déplacerons-nous ?
La gestion doit prendre en compte en plus au quotidien :
- la gestion des vaccinations
- l'hygiène et le toilettage des animaux
- la préparation aux expositions : comportement des chats présentés/toilettage adapté et organisé bien avant l'exposition.
Enfin j'essaie de libérer du temps pour sociabiliser au quotidien les chatons nés à la maison. La manipulation précoce, l'apprentissage du toilettage et des soins quotidiens donne de bons résultats.
A moins de disposer de revenus colossaux, la survie de la chatterie est conditionnée par l'équilibre entre ses coûts de fonctionnement, ses ressources internes et l'effort financier que l'on peut ou souhaite fournir.
Les investissements futurs sont :
- soit indispensables (remplacement d'une caisse de transport cassée),
- soit nécessaires (achat d'un séchoir adapté au toilettage)
- soit superflus mais appréciables (un bel arbre à chat « luxe » pour décorer le salon !).
La gestion des priorités en « père de famille » s'impose.
Après quelques mois de fonctionnement on est à même d'apprécier les coûts récurrents (liés au nombre de chats) et les dépenses exceptionnelles.
Si tous les chatons sont vendus on devra envisager 9668 euros/12 ˜ 800 euros de prix moyen par chaton si on veut équilibrer le budget !
Dans la réalité le prix de vente moyen des chatons n'est pas toujours à ce niveau et ce tableau idyllique ne tient pas compte des impondérables de santé ni des investissements matériels pour améliorer la vie de nos chats...
Par ailleurs si l'on considère qu'un chat vit 15 ans et que statistiquement il rencontre un problème de santé en moyenne dans sa vie, la gestion de la chatterie doit intégrer l'achat de chats nouveaux (remplacement des retraités et renouvellement du patrimoine génétique) et la provision pour risque de santé...
En fait un calcul rapide montrerait que le minimum pour qu'une chatterie réduise au mieux ses coûts en regard de ses ressources est un groupe de chats théorique comprenant deux mâles et six femelles reproductrices, ce seuil d'optimisation par ailleurs permet d'initier a minima un travail de sélection, de réduire au mieux les risques sanitaires inhérents à une vie en groupe.
Le plan d'élevage se trouve borné par le problème des finances car il est évident que sans ces contraintes et avec une bonne technique les horizons se dégagent !
Pour ceux qui voudraient se lancer dans l'élevage : foncez mais toujours dans le respect du bien-être de l'animal. Il y aura des joies et des déceptions mais au final un besoin viscéral d'être entouré de chats...
Ceux qui hésitent devront bien réfléchir car l'entreprise est gourmande en énergie. Ceux qui comptent y gagner beaucoup d'argent devront passer leur chemin.
Et à tous les autres, visitez une exposition féline : au risque d'attraper le virus des éleveurs...