Egypte oblige, Alain Chabat ne concevait pas le palais de Cléopâtre sans chats. Rita de Tauzia, experte dans le domaine, a sélectionné des chats Orientaux pour ronronner dans les bras des courtisanes.
Rita de Tauzia : Un peu par hasard. J’élevais des Beaucerons que je faisais aussi travailler en compétition de Ring à haut niveau. En 1978, j’ai été contactée pour faire tourner deux de mes chiens dans « Moonraker », un James Bond avec Roger Moore. On m’avait demandé de travailler moi-même avec mes chiens. Je me souviens d’une scène où je devais doubler une des James Bond’s girl dans une attaque. Je portais une petite robe de soie et mes seules protections consistaient en quelques feuilles de papier journal qui entouraient mes jambes. Il y a eu neuf prises et ma chienne qui ne comprenait plus pourquoi s’arrêter et reprendre m’a laissé quelques bleus cuisants. Mais je garde un excellent souvenir du film, une très grosse machine, avec un gros budget et un excellent encadrement que je n’ai retrouvés depuis que dans « Mission Cléopâtre ». J’ai attrapé le virus et enchaîné film sur film. Comme j’aimais également les chats et que j’en avais plusieurs chez moi, je me suis intéressée à leur travail possible au cinéma.
La première chose à faire est d’observer le chat pour voir s’il est à l’aise en dehors de son environnement habituel. Il faut le dépayser. S’il réagit bien, renifle un peu partout sans se cacher sous les meubles et revient quand on l’appelle, on peut considérer qu’il a des aptitudes. Autre chose : un chat stressé ne peut pas manger. Une bonne manière de contrôler son moral est de lui proposer de la nourriture. S’il continue à être gourmand dans toutes les situations, il est bon pour le service ! C’est comme cela que nous avons sélectionné les chats qui devaient tourner dans « Mission Cléopâtre ». On leur demandait d’être calmes, voire imperturbables et de pouvoir rester longtemps dans les bras sans manifester d’impatience.
Il faut savoir que contrairement au chien qui est dressé, on ne donne pas d’ordres au chat, mais on utilise ses aptitudes naturelles, ce qu’il aime bien faire. Faire travailler un chat, c’est le sortir en laisse, le faire marcher, le conduire en voiture, l’emmener dans des lieux bruyants, dans une gare par exemple, et le faire manipuler par beaucoup de personnes différentes. Une fois cette sérénité acquise, on peut éventuellement lui apprendre, cela dépend des sujets, à rester couché et à ne pas bouger. Mais il faut surtout repérer ce qu’il aime faire et l’employer pour ça. Le cinéma a la particularité d’être répétitif. Le chat se lasse vite s’il refait les scènes plusieurs fois. Contrairement au chien qui effectue presque indéfiniment des déplacements aux ordres, le chat le plus attentif ne le fera qu’une ou deux fois. Après, il faut utiliser la gourmandise. D’où l’importance de ce que je vous ai dit plus haut : un chat bien dans ses pattes accepte les friandises quelle que soit la situation.
Oui et non. C’est vrai que les chats Orientaux que nous avions pour «Mission Cléopâtre » et qui étaient exigés par le scénario ne sont pas parmi les plus faciles car ils sont hyper sensibles.
Les Persans, plus posés, sont surtout employés pour des scènes calmes où ils ne bougent pas beaucoup. J’ai eu moi-même des Chartreux extrêmement polyvalents, dont une chatte, Cendrillon, qui a tourné dans plus de 50 films et publicités. Elle m’obéissait au doigt et à l’œil. Les gouttières sont aussi intéressants. Mais ce qui compte, plus que la race, c’est l’individu « Chat » et son caractère propre.
Trois chats adultes et une portée de chatons de 4 mois. Nous avons utilisé des Siamois et des Orientaux, car ils avaient l’élégance proche des chats représentés sur les fresques égyptiennes. Pour Alain Chabat, il ne pouvait y avoir d’Egypte sans chats.
En fait, ils devaient être présents dans les scènes tournées au palais de Cléopâtre, dans les bras des courtisanes ou du goûteur. Cela peut paraître simple, mais un plateau comme celui que nous avions était gigantesque, avec beaucoup de monde et beaucoup de bruit, d’autant que le tournage a duré un mois entier. Mais il y a toujours des éléments qu’on ne peut prévoir, car un de nos chats sélectionnés a été perdu pour le tournage dès le premier jour. Il a participé à la scène où la reine furieuse après César, casse violemment une cruche en la lançant par terre. La prise a été refaite neuf fois, et à chaque prise le chat devenait de plus en plus nerveux. S’en était fini du cinéma pour lui. Quinze jours plus tard, nous avons essayé de le faire tourner, après l’avoir ramené quotidiennement sur le plateau pendant les répétitions. Mais cette fois-ci, ce sont la robe froufroutante et les cothurnes de Gérard Darmon qui l’on fait monter au plafond, littéralement, car il a foncé dans la fosse aux crocodiles - en cartons !-, et plongé dans l’eau avant de se réfugier sous les décors. On a vu alors toute l’équipe à quatre pattes pour chercher le fuyard avec force de minou-minou et petits morceaux de jambon ! Heureusement, Alain Chabat est un réalisateur d’une grande patience et qui a été très attentif à ce que les animaux ne soient jamais mis en difficulté. Sa connaissance et son amour des chats y a sans doute été pour beaucoup !