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Accueil  >  Magazine  >  Elevage et Sélection  >  Interview/Portrait  >  Imre Horvath : interview d'un nouvel élu à la Centrale
13/01/2004
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Imre Horvath : interview d'un nouvel élu à la Centrale
Franck Haymann - Photos DR

Imre Horvath fait partie des nouveaux élus au sein du comité de la Société Centrale Canine, suite aux élections de mai 2003. Actif dans sa régionale comme dans son club de race, débordant d'idées et d'énergie, nous l'avons sollicité afin de connaître son parcours et ses attentes au sein de la "maison mère" du chien de race en France.


Aniwa : Qui êtes-vous ?

Imre Horvath : Hongrois de naissance, 55 ans, formation histoire, géographie, économie, archéologie et photographie, je suis chargé d'information économique et de communication dans les Chambres de Commerce et d'Industrie depuis trente ans. Aujourd'hui, sur le plan professionnel, ce sont les nouvelles technologies de communication qui sont ma préoccupation principale (Internet, multimédia, …).

Pouvez-vous nous brosser un rapide tableau de votre parcours cynophile ?

I. H. : En ce qui concerne la cynophilie, j'y suis venu tout à fait par hasard vers 1978/79. Des grands anciens comme MM. de Becque, Janicot, Pittion-Rossillon et surtout Lestienne ont été mes parrains. J'ai participé à la création du CCBH (Club des Chiens de Bergers Hongrois) en 1980, devenu depuis CBEI (Club des Bergers de l'Est et Italiens), que j'ai présidé récemment pendant quelques années, et je suis responsable de la Sologne (la partie Loiret-Orléans de la Société Canine Régionale du Centre) depuis une quinzaine d'années.

Pourquoi un tel attrait pour les Bergers de l'Est et Italiens ?

I. H. : Mon origine hongroise doit être une réponse suffisante. Et puis le souhait de faire connaître globalement l'Europe Centrale et Orientale à travers les chiens. Je crois que les Français ignorent un peu trop ce qui se passe au-delà de leurs frontières ; et la Hongrie ou la Slovaquie sont pour certains géographiquement quelque part entre le Caucase et la Sibérie. J'ai envie, depuis toujours, de participer à la découverte des richesses qu'ils ignorent. L'attrait de la France en Europe Centrale et Orientale est étonnamment fort et je serais heureux que les Français s'en rendent compte, sur place. Le chien est un excellent "véhicule" pour entreprendre le voyage.

Elevez-vous encore actuellement et jugez-vous l'une ou l'autre des races dont vous avez la charge ?

I. H. : Depuis très longtemps, je suis propriétaire de Pulis, chiens de berger hongrois. Au vu de mes origines, cela n'étonnera personne. Mais je ne suis ni juge ni éleveur, mes activités professionnelles étant suffisamment prenantes pour ne pas me laisser le temps de faire bien tout cela à la fois. Le fait de ne pas cumuler mes fonctions associatives avec celles de juge et/ou d'éleveur me permet aussi une liberté que j'apprécie. Autrement dit, j'ai la chance d'un véritable et complet bénévolat, qui parfois me coûte cher, au sens propre comme au sens figuré.

La cynophilie française a relevé un défi en organisant l'Eurodog en 2002, avec un record de participation. Pensez-vous qu'elle puisse relever le défi, comme par exemple, l'organisation d'une exposition mondiale ?

I. H. : Certainement. Cela fait très peu de temps que je suis membre du Comité de la SCC, mais la Grande Maison ne m'est pas totalement inconnue. Il y a des compétences, il y a de la volonté et il y a de très nombreux bénévoles qui ne demandent qu'à agir. Il faut sans aucun doute réorganiser, revitaliser tout le système, lui redonner confiance. Comprendre et respecter le rôle différencié des élus et des collaborateurs. Et se fixer des objectifs, raisonnables mais élevés, ainsi que des échéances que l'on puisse tenir. Je suis pleinement d'accord avec Renaud Buche qui programmerait bien une candidature de mondiale, mais pas avant la fin de l'actuelle décennie. A cette échéance, cela pourrait être une belle ambition mobilisatrice pour nous tous.

Que pensez-vous de l'organisation de la cynophilie, aujourd'hui ?

I. H. : Nous devons comprendre que nous sommes passés au 21e siècle, que le monde n'est plus celui des années soixante. Que la cynophilie ne peut plus être celle d'une caste élitiste renfermée sur elle-même. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout jeter, mais progressivement tout repenser ; la SCC a commencé à se réformer et je pense que vous vous en rendrez compte rapidement. Par exemple, les statuts de nos associations, que ce soit ceux des clubs de races ou ceux des sociétés territoriales, sont complètement dépassés ; même les responsables politiques comprennent aujourd'hui que trop de structures et de cumuls tuent la démocratie, mais aussi la vie associative harmonieuse. Qu'il est nécessaire d'avoir une masse critique suffisante pour agir et que des associations de quelques dizaines de membres, ce n'est pas sérieux. Que faire élire les responsables par quelques grands électeurs c'est une méthode du 19e siècle. Que l'on ne peut pas être compétent simultanément en tout, et qu'il nous faut nous spécialiser. Que les éleveurs et propriétaires de toutes les races se valent et que la mise à l'écart trop souvent ressentie par certains participants aux clubs d'utilisation doit trouver solution, très vite. Que la différenciation entre "amateurs" et "professionnels" doit être repensée, etc. La SCC doit absolument et rapidement refondre les structures administratives de notre cynophilie, sinon d'autres s'en empareront, avec des objectifs particuliers et parfois trop personnels. Il n'est d'ailleurs peut-être pas inutile que des associations d'intérêt sectoriel se constituent, sauf si ce sont des "machines de guerre" contre la SCC, ce qui est alors parfaitement nuisible et condamnable.

En tant qu'organisateur d'expositions (Orléans, Châlette-sur-Loing, Montargis, Châteauneuf-sur-Loire, …) quels leviers font défaut à la cynophilie pour attirer le grand public ?

I. H. : Nos expositions sont encore trop largement des concours, et des concours dont la compréhension est réservée à des initiés. Mettez-vous à la place du spectateur non éclairé, au bord d'un ring, à qui personne n'explique pourquoi tel chien a été sélectionné devant tel autre. Exposition va de pair avec accueil, promotion, démonstration, explication, animation. Nous devons faire un effort très important pour nous mettre à la place des spectateurs non initiés et c'est un effort de longue haleine. Pourquoi pas inventer une idée de show à la française, sans tomber dans les excès. Certains s'y essaient avec quelque réussite, comme Jean-Jacques Dupas dans le Nord. En outre, nous devons faire un effort de qualité de nos organisations, y compris dans les détails, et je suis conscient de la difficulté tout en ne donnant de leçons à personne. On ne peut pas réclamer aux concurrents et aux organisateurs que tout le monde soit en costume-cravate, mais le jogging sale que l'on voit trop souvent sur les rings, reconnaissons que ce n'est pas très valorisant.

Au sein de la SCC, quels sont les grands chantiers qui vous tiennent à cœur ?

I. H. : Je ne me sens pas compétent en tout, c'est évident. Je souhaite continuer à m'intéresser aux outils de gestion et de communication de l'information (pour lesquels ma profession apporte quelques lumières), c'est-à-dire à l'adaptation du système informatique de la SCC aux besoins des utilisateurs, notamment l'accès aux informations et aux services par le biais d'Internet. A une époque où l'on peut déclarer et payer ses impôts par le web, il est tout à fait anormal qu'un éleveur ne puisse pas accéder à un véritable système d'administration en ligne, par exemple pour déclarer une portée, obtenir un certificat de naissance ou simplement vérifier un tatouage. Il semble que pour notre prochain championnat de France à Strasbourg, la proportion d'engagements en ligne avec télépaiement approche aujourd'hui le tiers des dossiers. Il faudrait vraiment prendre en compte, à tous les niveaux, cette évolution rapide et fondamentale et, sans dévoiler aucun secret, je peux vous dire que cela démarre vraiment. Et puis, pour évoquer des dossiers brûlants, ne pensez-vous pas qu'un peu d'administration en ligne sur le web aurait pu éviter au moins une partie des 400.000 dossiers d'identification en retard de traitement à ce jour ? Mais c'est vrai qu'il s'agit là d'un enchaînement de faits et de conséquences dont la SCC n'est pas vraiment coupable.

Pensez-vous que la France tient toute sa place au sein de la FCI dont elle est l'un des membres fondateurs ?

I. H. : Votre question n'est-elle pas un peu ambiguë et ne suggère-t-elle pas que la SCC ne serait pas à la hauteur ? Je suis absolument convaincu que la France peut tenir une place de premier rang au plan international et le représentant de la France n'est pas sur un strapontin à la FCI, sinon nous n'aurions pas obtenu – et je crois réussi – l'organisation de la dernière Européenne. Je peux vous affirmer que les responsables cynophiles de certains pays européens – je pense là notamment à ceux que je connais bien en Europe Centrale – attendent beaucoup de la cynophile française.

La législation sur l'élevage qui se profile à l'horizon fait peur à de nombreux éleveurs qui pensent que le lucre fera disparaître la passion. Qu'en pensez-vous ?

I. H. : Comment pouvez-vous évoquer le lucre là où c'est une législation qui se précise ? Le lucre a toujours existé et sans la passion et, somme toute, je connais peu de passionnés qui vivent du chien. En tout cas, en revoyant nos structures et notre organisation avec plus de décentralisation et plus d'implication de la "base" dans l'organisation de la cynophilie, nous pouvons participer à une meilleure transparence du "marché" du chien. La promotion du chien de race, avec l'explication de son intérêt, doit être une préoccupation constante de nos organisations, à tous les niveaux. Il faut que nous arrêtions de ne penser qu'à la soi-disant élite. Mais n'est-ce pas aussi aux médias de mettre en valeur les races, le chien de qualité ? L'éleveur recommandé par la SCC, par exemple, ne devrait-il pas pouvoir bénéficier d'une publicité positive plus concrète des vecteurs de l'information spécialisée, quel que soit le médium ?

Le chien de race ne se porte pas si mal sur le marché français. Croyez-vous que la croissance de ces dernières années, dans un environnement cynophile mondial en récession, continue ?

I. H. : Je n'ai pas connaissance d'une récession vraiment généralisée, mais peut-être avez-vous des informations que je n'ai pas. En 2002, je crois que la population canine a légèrement augmenté en France et que la proportion de chiens de race est également en croissance, et ces tendances semblent perdurer pour les premiers mois de cette année. En tout cas, un sondage que j'avais fait faire dans le Loiret montrait que plus de 90% des personnes aiment les chiens même s'ils n'en possèdent pas. Le chien est l'animal rêvé pour le citadin pour ne pas perdre le contact avec la nature et le compagnon indispensable pour le rural. A nous de savoir tirer parti de cette image positive.

Quel souhait formuleriez-vous d'ici fin 2003 ?

I. H. : Que les cynophiles se serrent les coudes et qu'après des élections qui ont donné une légitimité forte à Renaud Buche et à la majorité de son comité, que l'on prenne à bras le corps la rénovation interne de la cynophilie pour mieux servir le client, au sens noble du terme. La réglementation concernant les chiens en général et l'élevage en particulier est maintenant lancée et partiellement publiée par le Ministère de l'Agriculture et nous devons l'appliquer. Il ne me semble pas qu'il y ait quoi que ce soit de dramatique dans les nouveaux textes, dont les méthodes d'application sont attendues au cours des prochains mois.

Certes, il reste le gros morceau aujourd'hui non résolu des conditions financières de la gestion de l'identification canine qui est en train de vivre une révolution technologique avec l'introduction de la puce (40 % des identifications !) ; nous espérons vivement que les services du ministère prendront très rapidement les décisions nécessaires pour que la SCC puisse remplir sa mission de service public.

En tout cas, nous avons mille choses à faire, à rénover, à développer, à adapter et pour cela nous avons besoin de tout le monde. Peut-être plus de fédéralisme, plus de décentralisation, plus d'implication de la base et de considération pour chacun, plus de formation pour plus de compétence, plus de communication. Pour résumer, nous devons absolument préciser le projet commun pour sortir de l'attentisme de ces dernières années. Soyons ambitieux avec un projet commun et, comme dit l'adage "les chiens aboieront et la caravane passera".



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