La nouvelle est tombée lundi 3 avril. Le fondateur de Revue Chiens 2000, Georges Renard, vient de nous quitter, sans bruit…
Personnage familier dans notre paysage cynophile, il avait souvent fait figure de pionnier. C’était un maître, mon maître, avec lequel je partageais l’art du mot et la volupté de l’épicurien. Mais sa passion était toujours raisonnée donc raisonnable. Il m’avait fait découvrir les joies une certaine ivresse de la presse cynophile, bien avant qu’elle ne devienne ma passion quotidienne. Non content d’être un précurseur, il avait lancé dans les années 80, en parallèle à son titre phare Revue Chiens 2000, le magazine Chiens de France auquel je collaborais de temps en temps comme pigiste. En 1989, il me sollicita pour piloter Revue Chiens 2000 mais à l’époque je n’était pas libre. En revanche, 9 ans plus tard, je devenais le rédacteur en chef de « sa » revue que certains surnomment encore affectueusement « Mimile ». Chaque mois, Georges m’appelait et désossait les articles de la revue, avec une appréciation toujours juste, jamais blessante. Mais il n’hésitait pas à hausser le ton lorsque quelque chose le dérangeait, tout en proposant sa vision ou tout simplement, sa solution. Ce n’était pas un homme de l’écrit mais assurément un défenseur d’idées. Bien qu’ayant revendu son titre à un grand groupe de presse à la fin des années 80, il ne l’avait en fait jamais quitté. Il le suivait à la lettre et à la virgule. Je lui dois beaucoup, et tout ce que je lui souhaite, la haut, c’est que tous ceux qui vont le rencontrer, soient subjugués par sa gentillesse, son œil vif et qu’il leur inocule son indéfectible passion.
Né en 1918, près du Mans dans la Sarthe, Georges s’est éteint dans sa 88ème année, des suites d’une longue maladie. Il s’était retiré depuis plusieurs années dans le sud de la France aux côtés de sa compagne, sans bruit et loin du tumulte francilien. Sa dernière apparition dans une manifestation canine remonte à 2002, lors du Paris Dog Show, au Parc Floral (Vincennes). Il avait accepté de commenter la présentation des Bergers Allemands, qui occupaient tout le ring d’honneur. Justement, aux nombreux BA qui avaient suivi l’homme pendant près de trente ans, il avait opté pour un autre chien : le Welsh Corgi, plus en adéquation avec son nouveau style de vie. Il restera dans notre mémoire collective comme le pionnier de la presse mensuelle cynophile en kiosque et de manière aussi incontestable, comme l’un des artisans majeurs de l’éclosion du chien de race dans notre société.
Georges en 2002 au PDS
Bien avant de se lancer dans l’aventure canine, il avait fait ses classes dans un autre métier, où il fallait également être pétri de qualités… la Pâtisserie. Au sortir de ses études, il s’était lancé dans ce métier de bouche, où l’art se mêlait au goût, créant avec dextérité pièces montées, décors en sucre et autres flancs succulents. Et comme tout bon pâtissier qui se respecte, il avait cette faconde, racontant avec précision et moult détails, les histoires rocambolesques de la cynophilie en général, et de certains « bipèdes » en particulier. Avec cette gourmandise dans le regard, il était curieux de tout et avait déjà l’art de prendre constamment des initiatives. Il n’était jamais le dernier et aimait se lancer des défis. C’était également sa manière à lui de toujours avancer. Ne jamais se laisser abattre. Il quitta Le Mans et se retrouva en région parisienne. Pas réellement pour suivre un plan de carrière. Tout simplement parce que son envie de créer et de faire partager son savoir faire lui dictaient sa conduite. Il ouvrit alors une Pâtisserie au nord de Paris. Mais pas n’importe où. L’homme qui aimait les bonnes choses bien faîtes, se retrouva à Maisons-Laffitte. Cette ville située en bordure de la forêt domaniale de Saint-germain en Laye, c’est également et surtout la Cité du Cheval, avec son hippodrome, ses entraîneurs et son centre d'entraînement réputés au-delà de nos frontières. De la pâte au paddock, il n’y avait qu’un pas, que Georges allait franchir suite à un défi que lui lança un ami. En avril 1956, il y a tout juste un demi-siècle, il se lançait dans l’édition d’un hebdomadaire, qui existe toujours, Allo Ici Maisons-Laffitte. Un bulletin hippique où les amateurs retrouvent pronostics, commentaires et bruits de sabots…
A cette époque, après la meilleure conquête de l’homme, le chien vint naturellement à lui. Au hasard d’une rencontre. Mais comme à l’accoutumée, Georges ne voulait pas faire les choses « qu’à moitié ». Le chien le plus populaire à cette époque, le Berger Allemand, l’attira d’emblée. Et à la fin des années 50, il créa un élevage important, à Sartrouville. Son affixe ? Du Castel Saint-Roch, qui lui venait de son expérience à Sospel (Alpes-Maritimes) où, à l’occasion de son service militaire, le Fort Saint-Roch était resté ancré dans sa mémoire. Un Fort qui faisait partie de la Ligne Maginot et qui avait été bâti en 1932 pour protéger la France d’une éventuelle agression italienne (sic !). Son élevage devint rapidement important et le Berger Allemand une passion dévorante.
Pendant plus de 20 ans, l’élevage du Castel Saint-Roch deviendra l’un des moteurs de Georges. Comme tout amateur éclairé, il se tourna rapidement vers le pays d’origine et importa quelques célébrités comme Jalk V Neuborn (fils de Mutz Vom Der Pelztierfarm). Les doyens de l’élevage actuel connaissaient Georges et savent parfaitement les services inestimables qu’il a rendu au Berger Allemand. Un tout jeune vétérinaire, qui faisait ses classes dans une clinique voisine de l’élevage, devint le praticien attitré de l’élevage Du Castel Saint-Roch. Il s’agissait d’un certain… Alain Ganivet, qui quelques années plus tard, se transforma en précieux collaborateur du magazine de Georges Renard.
A force de parcourir la France, majoritairement pour présenter ses chiens dans les manifestations SCBA (Sociétés du Chien de Berger Allemand), Georges réalisa rapidement que la cynophilie de l’époque, manquait cruellement d’un support presse digne de ce nom et facilement accessible au grand public, via le kiosque. La seule revue mensuelle disponible était La Vie Canine (fondée par Raymond Henry en 1956) mais elle n’était diffusée que par abonnement. Après diverses rencontres, réflexions et échanges, Georges sa lança dans cette nouvelle aventure, la presse canine. En 1973, Chiens 2000 inaugurait le kiosque. A la même période, un personnage haut en couleurs, Robert Thenlot, se lançait dans une expérience similaire, en éditant La Revue du Chien. 30 Millions d’Amis, Atout Chien, Vos Chiens Magazine et tous les autres titres qui sont aujourd’hui présents, n’existaient pas alors. Après quelques années de hauts et de bas - le chien de race n’était encore qu’un épiphénomène dans la population canine - la fusion des deux titres transforma le magazine qui devint l’actuelle Revue Chien 2000.
Au début des années 80, le titre traversa une grave crise sur le plan économique. Georges, malgré son courage et sa force de travail, fut obligé de le céder à un repreneur. Mais cet échec relatif le mina tellement – il était toujours prêt à perdre une bataille mais pas la guerre – qu’il racheta la revue quelques années plus tard. Au prix, il faut le souligner, de nombreuses concessions et d’efforts financiers. Mais grâce aux sacrifices de toute son équipe, il parvint à redresser la barre et à remettre le titre sur le chemin de la rentabilité économique. Quelques années plus tard, le titre retrouvait son leadership en diffusion.
Georges ne comptait ni son temps, ni son argent : les week-end passés en exposition pour faire connaître sa revue, les centaines de milliers de kilomètres parcourus, les horaires indus, les démarches auprès des cliniques vétérinaires franciliennes pour permettre à ses annonceurs de vendre leurs chiots, etc… confirmaient sa totale implication dans sa revue. Mais à l’orée de son 72ème anniversaire, il préféra mettre un « frein» à ce rythme endiablé qu’il suivait depuis de longues années. I céda son titre au Groupe Gerpresse (Hersant) en 1990, qui fut ensuite racheté quatre ans plus tard par le Groupe Emap France (East Midland Allied Press), avant de terminer chez son actuel éditeur, le Groupe JLD.
Il est clair, avec le recul, que Georges a favorisé, non seulement, l’expansion du chien de race dans notre société, en essayant de faire partager au plus grand nombre sa passion et son érudition, mais surtout, nombre de cynophiles en herbe ou en goguette, ont épousé son initiative en se lançant dans cette aventure merveilleuse de la presse animalière. Salut Georges, et encore merci pour tout, ce n’est qu’un au revoir. Et que tous ceux qui aiment l’homme que tu es, soient rassurés : tu es encore avec nous pour de très longues années, le chiffre fétiche de ta revue, 2000, ayant encore tout l’avenir devant lui.