« Nous constatons une montée du chat de race dans tous les pays européens. La France est en queue de peloton, tout simplement parce que nous n’avons pas l’habitude de communiquer sur le chat de race, de dire aux gens qu’un chat de race, ce n’est pas la même chose qu’un chat de gouttière. Il y a un effort à faire dans ce sens, le LOOF et les associations vont le faire. Si nous continuons sur notre lancée, il n’y a aucune raison pour que le chat de race ne représente pas 15 à 20 % de la population féline française dans quelques années. »
Interview réalisée par Aniwa Radio
Aniwa :Gérard Destal, vous êtes le président du LOOF. Pouvez-vous nous présenter votre association ?
Gérard Destal: « Le Livre Officiel des Origines Félines, dont je suis effectivement le président, est le pendant, pour les chats, de la Société Centrale Canine. »
Aniwa :C’est une association relativement jeune, alors que la Centrale Canine a plus de 100 ans…
G D : « C’est exact. Le LOOF a été créé en 1996 et j’en ai pris la présidence en 1999. Si le LOOF a été créé si tard, c’est que la situation du monde félin était radicalement différente de celle du monde canin. Auparavant, nous avions une multitude de clubs, indépendants les uns des autres, qui avaient leurs propres circuits d’expositions et de livre d’origines. Dans les années 90, un besoin d’harmonisation s’est fait sentir, renforcé par la directive européenne de 1991 qui demandait une centralisation des livres d’origines pour toute l’Europe. Le gouvernement français a donc décidé une unification. »
Aniwa :Vous avez donc réuni toutes les associations. Comment cela s’est-il passé ?
G.D. : « Mal, du point des vue des associations qui pensaient qu’on leur enlevait leurs prérogatives. Mais plutôt bien du côté des éleveurs qui pensaient que c’était une nécessité. Aujourd’hui les haches de guerres sont enterrées. Le LOOF regroupe 95 associations félines et clubs de race, soit la quasi-totalité de la sphère associative du monde félin. »
Aniwa :A la base, vous étiez éleveur de chats…
G.D. : « Oui, j’étais éleveur de British et de Scottish Fold. Je suis rentré au LOOF un peu par hasard et le challenge m’a très vite intéressé. Il y a tant à faire et à construire. »
Aniwa :Parmi tous les chantiers, quelle est la priorité ?
G.D. : « La priorité, c’est la certification des pedigrees, c’est-à-dire la certification généalogique, comportementale et sanitaire. Un chat de race, pour moi, a trois qualités. La première, c’est sa généalogie avérée : on sait qui sont ses parents. La seconde est son caractère qui doit être différent de celui d’un chat de gouttière : il doit se comporter correctement avec les enfants, dans le milieu familial. La troisième est la certification sanitaire : il doit être en bonne santé, en particulier en ce qui concerne les tares et les maladies génétiques. »
Aniwa :Cela veut-il dire, par exemple, qu’un chat qui a mauvais caractère pourrait ne pas avoir son pedigree ?
G.D. : « Non, pas tout à fait, car il n’y a pas de confirmation pour un chat. Par contre, nous avons tout un travail à faire, une éducation de l’éleveur et de l’acquéreur. Le comportement d’un chat ne se décrète pas tout seul. Et dans ce domaine, le LOOF est à même de donner des conseils. »
Aniwa :Vous-même, en tant que président du LOOF, vous êtes favorable à la confirmation, c’est-à-dire à l’émission d’un pedigree provisoire confirmé à l’age adulte si le chat le mérite ?
G.D. : « Au départ, j’étais tout à fait favorable à la confirmation mais les avis sont très partagés sur la question et j’évolue d’un bord à l’autre. Ce n’est pas à l’ordre du jour du LOOF, il faudra cependant que nous nous penchions sur la question.
Aniwa :Quelles sont les autres priorités ?
D.G. : « Le travail sur les standards, la réglementation et l’harmonisation des expositions, la formation des juges. Aujourd’hui, il existe un standard officiel pour chacune des 64 races de chats reconnues et le LOOF est responsable de la formation des juges. C’est un travail considérable qui a été accompli dans la concertation. Toutes les associations sont membres du LOOF. Toutefois, les éleveurs peuvent adhérer directement à titre individuel. Je dis souvent que l’éleveur doit être au centre de nos préoccupations. C’est lui qui est à la base. Sans lui, pas de chats de race, pas d’expositions, pas d’associations. Nous sommes très soucieux du rôle de l’éleveur et la commission du statut de l’éleveur que nous avons mise en place a pour objet de clarifier la définition de l’éleveur familial et de l’aider dans ses démarches fiscales et juridiques. Il y a nécessité et nous avons notre rôle à jouer.
Aniwa :Comment le L.O.O.F. est-il financé ?
G. D. : « Nous sommes entièrement financés par l’émission des pedigrees payés par les éleveurs. L’année dernière, nous avons émis 13 000 pedigrees. Cette années, nous pensons en émettre de 16 à 15 000, ce qui nous suffit pour être autonomes. »
Aniwa :Quelle est la situation du chat de race en France ?
G.D. : « Nous constatons une montée du chat de race dans tous les pays européens. La France est en queue de peloton, tout simplement parce que nous n’avons pas l’habitude de communiquer sur le chat de race, de dire aux gens qu’un chat de race, ce n’est pas la même chose qu’un chat de gouttière. Il y a un effort à faire dans ce sens, le LOOF et les associations vont le faire. Si nous continuons sur notre lancée, il n’y a aucune raison pour que le chat de race ne représente pas 15 à 20 % de la population féline française dans quelques années. »