Passionnée par les chats, Eve Oziol a décidé de vouer ses pinceaux à sa passion féline pour un résultat des plus impressionnants. Elle expose régulièrement. Interview de l'artiste.
J’ai la passion du dessin depuis que je suis enfant : les personnages de Disney font partie de mes premières « œuvres ». Je passais mon temps à dessiner les couvertures du journal de Mickey. Ensuite j’ai commencé à faire les portraits des chanteurs de « Salut les copains » au crayon noir HB. Je n’étais pas très bien outillée à l’époque !
J’avais beaucoup de plaisir à réaliser des tableaux pour décorer la chambre des enfants. J’ai utilisé différentes techniques comme la gouache ou l’encre de chine, mais aussi, plus insolite, le vernis à ongles dont j’avais plein de différentes couleurs, jaune vif, orange, vert vif, bleu foncé… J’ai voulu tester leur rendu : consistance, transparence et brillance ont donné un résultat non obtenu par la peinture. Mais il faut le laisser s’aérer avant l’encadrement. Puis, j’ai découvert la peinture sur tissu. Grâce à cela, j’ai réalisé des ouvrages personnalisés pour mon entourage. Ma fille a ainsi vu, sur un coussin en forme de cœur, ses peluches « profiter » de la montagne et j’ai offert à mon fils un livre en tissu orné par une peinture de ses peluches dans une salle de sport. Pour ma famille et mes amis j’ai créé des « coussins messages » avec des motifs différents (grappes de fleur, animaux, porte-bonheur), le tout agrémenté de poèmes.
Certaines personnes ne peuvent s’empêcher d’aller caresser un chien, moi depuis mon enfance, ce sont les chats. La forte personnalité du chat, son indépendance, son espièglerie, sa franchise, son immense tendresse me font « craquer ». Avec les chats, tout se passe dans le regard, il suffit d’être attentionné. J’aime les voir évoluer, jouer, dormir, rêver et même faire des bêtises ! Ils les font toujours avec une telle innocence ! Je suis passionnée par le chat, séduite par son mystère, sa grâce, subjuguée par son incomparable beauté artistique, il m’émeut beaucoup. Il est une œuvre d’art « vivante ». Il est une source d’inspiration inépuisable. Il y a toujours une frimousse, une expression à découvrir, mais ses attitudes et ses mimiques sont souvent fugitives, les saisir et les immortaliser sont pour moi un immense plaisir. J’ai commencé à peindre les chats en 1996, beaucoup par affection, mais aussi par défi pour la difficulté que cela représentait. J’avais une nette préférence pour les portraits qui me permettaient de travailler l’expression plus intensément.
On ne peut faire passer toutes les émotions par le biais du portrait, c’est pourquoi j’aime « raconter » des moments de vie, même s’ils sont imaginaires, en composant des « mises en scènes ». Elles me passionnent tout autant que le portrait car j’y travaille l’expression avec autant de réalisme. Ces petites histoires, racontées par le biais d’un tableau, me permettent d’immortaliser en une seule fois plusieurs expressions et attitudes (plus ou moins insolites) très réelles dans leur représentation picturale. Elles sont pour moi une source d’épanouissement parce qu’elles laissent libre cours à la création et à l’imagination. Il s’en dégage une ambiance et des sentiments particuliers, propres à l’auteur. J’aime émouvoir et sensibiliser le public. J’espère lui procurer autant de plaisir que j’en ai eu lors leur création..
Autodidacte, je pratique la peinture sur tissu, l’aquarelle, l’acrylique et le pastel. A ce jour, je privilégie le pastel (mais je le travaille en relief), pour un rendu plus réel. Je reste néanmoins fidèle à la peinture sur tissu qui permet une plus grande finesse dans le trait et le relief, deux atouts appréciables quand on la passion du détail. Pourtant, le travail est très long, il faut procéder par couches et superpositions car le tissu absorbe la peinture ; c’est au fil des couches savamment appliquées qu’un effet de volume apparaît. Mon tableau L’Europe féline, par exemple, réalisé pour le Salon national des beaux-arts de cette année représente plus de 300 heures de travail, sans compter l’encadrement (qui nécessite un montage spécial). Mais le résultat final est très satisfaisant et apprécié. Il a reçu le Prix du Conseil Général du Val de Marne lors de sa présentation au Salon du félin 2003.
Réaliste et imaginative. J’ai la passion du détail et j’aime peaufiner mes sujets. Si je me tourne facilement vers les mises en scène et les compositions c’est par ce qu’elles me permettent de « raconter » des histoires réelles ou imaginaires. De plus, elles m’offrent l’opportunité d’immortaliser différentes mimiques dans un même tableau, ce qui est improbable dans la réalité. J’aime beaucoup innover. J’utilise différentes techniques en fonction du résultat que je souhaite obtenir. Avant chaque réalisation, je visualise l’œuvre dans mon esprit. Tant que l’œuvre ne correspond pas à celle « pensée », elle n’est pas terminée. Je suis mon premier critique.
J’ai exposé pour la première fois en 1996 au 1er salon de peintures de Guermantes. Depuis, les salons et les expositions se sont multipliés. En général, mes œuvres sont appréciées par le public. Au SNBA de cette année, les visiteurs s’amusaient à « retrouver leur chat sur mon tableau « l’Europe Féline « (65 le composent. Exposer au sein de salons de renom n’est pas simple, il n’est pas évident d’y être acceptée. Il est cependant pour moi, important d’y participer. Peut être par défi mais surtout parce qu’ils permettent d’évoluer, de se remettre en question, de ne pas faire de l’autosatisfaction et donc de progresser. Côtoyer les artistes les plus divers, découvrir leurs œuvres, dialoguer et échanger dans l’ambiance bien particulière d’un salon procurent un désir encore plus fort de créer. On se sent tout petit et on se dit qu’on a encore beaucoup de chemin à faire, ne serait-ce que pour arriver à exprimer tout ce que l’on contient intérieurement.
Peut-être mon attachement au réalisme, tant dans la fidélité de la reproduction que dans la vraisemblance des scènes imaginées, et peut-être aussi mon constant désir d’innover. Mais je pense que chacun a son style, sa personnalité et son public. A la suite de plusieurs demandes j’ai réalisé des portraits (sur commande) d’après des photos fournies par les intéressés (voir M. Eliott sur www.artabus.com/oziol/). Lors de la remise du tableau réalisé, il y a toujours de leur part, un moment d’anxiété ou d’interrogation avant la découverte de leur tableau. Voir leurs visages s’illuminer à la vue de leur compagnon à quatre pattes « immortalisé » est un moment très agréable.
Le domaine de l’art est très particulier, plus que dans tout autre domaine, l’évolution et l’innovation doivent être permanentes.