Espèce, race et variété sont des mots qui sont souvent employés les uns à la place des autres par les éleveurs. Myriam Gullaud, généticienne de formation se propose de nous éclairer.
Comment définir une race ? Cette question est un sujet toujours délicat à aborder. La première idée qui vient à l’esprit, c’est qu’une race est un sous-ensemble d’une espèce. Il convient donc tout d’abord de définir ce qu’est une espèce.
D’un point de vue biologique, l’espèce se définit d’après le critère d’interfécondité. Une espèce est un groupe d’individus capables de se reproduire entre eux. Pour appartenir à la même espèce, 2 individus doivent non seulement pouvoir avoir un descendant, mais ce descendant doit en plus être viable et surtout fertile, c’est-à-dire capable lui-même de se reproduire. Prenons un exemple : un âne et une jument peuvent avoir une descendance, mais ils n’appartiennent pour autant pas à la même espèce car leur descendant, le mulet, est stérile. Des cas limites peuvent être observés. Ainsi, au sein du genre felis -genre qui regroupe les espèces apparentées à nos chats domestiques-, certaines espèces sont encore interfécondes ; c’est d’ailleurs grâce à cette particularité qu’est né le Bengal. Le Bengal est en effet issu du croisement entre un chat domestique (Felis catus) et un chat du Bengale (Felis bengalensis), D’après les éleveurs de cette race, les mâles issus d’un tel croisement sont stériles, mais certaines femelles sont parfaitement fertiles et servent de fondatrices à la race. C’est ce que l’on appelle des « cas limites » et dans le jargon des évolutionnistes, on dit que la spéciation (processus d’apparition des espèces) n’est pas achevée au sein du genre felis.
Le plus simple pour définir une race est de se placer sur le plan génétique. Chaque gène peut prendre plusieurs formes, ou « allèles ». Le taux de répartition de chaque allèle, au sein d’un groupe d’individus, permet de caractériser ce groupe d’individus. Une race est un groupe d’individus qui présente une répartition des différents allèles différente de celle observée pour l’ensemble de l’espèce. Certaines races sont définies par une fréquence de 100% pour un allèle d’un gène donné. Citons par exemple le Sphinx, aussi appelé chat nu, qui se caractérise par une peau nue. Ce caractère est dû à la forme « peau nue » (alopécie) du gène « couverture de la peau ». Tous les individus de cette race possède cet allèle : la race est donc définie par une fréquence de 100% de l’allèle « peau nue », alors que la fréquence de cet allèle est très faible si on considère l’ensemble de l’espèce féline. On peut aussi rappeler que le Bengal est la seule race à posséder des rosettes et ce grâce à un gène amené par Felis bengalensis.
Toutefois, un seul gène ne permet pas de définir une race. D’une façon plus générale, on peut dire que les individus d’une même race sont génétiquement plus proches entre eux qu’avec tout autre individu de la même espèce. Ce critère est important et on notera d’ailleurs ici que la variation génétique au sein de chaque ethnie humaine est plus importante qu’entre ces groupes. Une race se définit par une répartition particulière des allèles pour l’ensemble des gènes, et pas seulement pour un gène donné. Si l’on choisit comme critère discriminatoire les groupes sanguins, on se rend compte que leur répartition varie d’une race féline à l’autre. Ainsi, 59% des British Shorthairs sont du groupe B quand cette proportion tombe à moins de 5% chez les Norvégiens, et que la moitié des Bengals seraient du groupe AB. Certaines races, comme le Siamois et l’Oriental, seraient exclusivement du groupe A; et la fréquence du groupe B au sein de l’espèce féline serait, elle, d’environ 10% (données mises à disposition par le Dr Diane Addie, http://www.dr-addie.com/). Il est à noter toutefois, qu’hormis les groupes sanguins, peu de données sont pour l’instant disponibles pour l’espèce féline.
La répartition particulière des gènes dans chaque race peut être due au faible nombre d’individus fondateurs de la race (American Curl) ou à un isolement des individus du reste de l’espèce sur un temps long soit pour des raisons géographiques - le fait, par exemple, de vivre sur une île (Manx, Singapura), soit par la simple volonté de l’homme qui pratique la sélection (Siamois, Persan).Il est en effet indéniable que concernant les races domestiques, la sélection humaine est le facteur essentiel qui permet de les définir. De cette sélection découle une idée fondamentale : une race est isolée génétiquement du reste de l’espèce. Plus exactement, il ne peut pas y avoir d’entrée de nouveaux allèles dans une race. Le pedigree est le document qui atteste de la pureté génétique de l’individu : ce document, qui retrace sa généalogie, permet en effet de certifier que tous ses gènes proviennent bien d’individus de la même race. L’homme crée ainsi par sélection des groupes d’individus partageant un pool génétique (ensemble d’allèles) qui leur est propre et exclusif. Seul le pedigree peut vous apporter la preuve que l’individu appartient à sa race et cela reste encore à ce jour le meilleur moyen pour définir les races domestiques, autant félines ou canines que bovines.