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Accueil  >  Magazine  >  Elevage et Sélection  >  Elevage dans le monde  >  Devenir champion aux USA ? Etude de cas avec le Dobermann
11/10/2005
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Devenir champion aux USA ? Etude de cas avec le Dobermann
Franck Haymann - Photos DR

Peu de gens en Europe connaissent les règles du championnat américain. Les chiffres publiés sur le Dobermann « Made in USA » donnent une idée de l’ampleur de la « championnite » aux Etats-Unis !


Pour la plupart des éleveurs canins européens, remporter un titre de champion de beauté relève souvent d’un parcours du combattant dépendant en grande partie de la forme du sujet le Jour J – celui du championnat – et du jugé invité. Généralement, ce titre ne s’obtient qu’après avoir remporté obligatoirement l’un des deux CACS décernés en championnat (celui de la Nationale d’Elevage ou celui du Championnat National toutes races). C’est un passage obligatoire : si votre chien a remporté de nombreux CACS dans différentes compétitions mais n’a jamais réussi à remporter un CACS (voir un RCACS si le vainqueur du CACS est déjà champion) d’une des deux expositions de championnat, il ne pourra jamais se voir attribuer le titre. Cette formule est valable en Belgique, en France, en Italie, en Espagne et au Portugal. Selon la race, l’homologation du titre peut également être conditionnée par l’obtention d’un titre de travail, la réussite à un test de caractère spécifique, sans oublier les attestations concernant l’exemption de certaines malformations concernant (dysplasie de la hanche, dysplasie des coudes, APR).

Image 109162Image 109163

En photo ci-dessus, comparaison entre deux ténors : à gauche, le meilleur étalon en Europe, le multi-champion Gino Gomez Del Citone (d’élevage italien) et à droite, un grand champion AKC, le fameux Ch Electra’s The Windwalker, un étalon marron et feu qui a dominé la scène américaine des années 80. Aux Etats-Unis, le système est complètement différent et le titre de champion AKC peut être attribué à plusieurs centaines de chiens au sein d’une même race la même année !
Tout repose sur un système de points prenant en compte le nombre de concurrents réellement battus dans une exposition déterminée !

Comment devenir Champion AKC

Image 109170

L’American Kennel Club définit chaque année le nombre de points attribués au vainqueurs (winners) dans ses expositions pour chacune des 150 races reconnues (le tableau ci-dessus concerne le Dobermann pour l’année 2002). Ces points sont déterminés par zone ou division (le territoire est découpé en 14 divisions distinctes) en fonction des statistiques de participation aux expositions de l’année précédente.

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Pour devenir Champion AKC, le postulant doit avoir remporté 15 points dont deux « Major Wins », c’est-à-dire, deux expositions avec 3 points attribués ou plus. En photo ci-dessus, le célèbre Ch Brunswigs Cryptonite qui est le géniteur de plus de 100 champions AKC. Il existe, comme en Europe, différentes classes individuelles : Open (équivalent à notre classe ouverte), Puppy, Bred-by-Exhibitor (chien né chez l’exposant), American -bred (d’élevage américain), novice (débutant). Certaines classes peuvent également être divisées en fonction des coloris de la race concernée (Cocker Américain, …). A la fin des jugements de chacune des classes individuelles, le juge réunit dans son ring, le meilleur sujet de chaque classe (First Prize winners) afin de désigner ses deux winners, winner dog chez les mâles, winner bitch chez les femelles. Ces deux chiens reçoivent « automatiquement » des points en fonction du nombre de chiens battus. Prenons un exemple : l’exposition se déroulait dans l’état de Californie. Il y avait seulement 15 Dobermanns inscrits, 5 mâles et 10 femelles. Chez les mâles, il n’y avait aucun absent et chez les femelles deux sujets retirés avant la fin du jugement, soit 8 femelles effectivement jugées. Chaque winner s’est donc vu attribuer 1 point (voir tableau ci-dessus). Par contre, le Best of Winners (BOW) cumule les points : il s’agissait du mâle qui se voit lui attribuer 2 points, car il bat effectivement au moins 12 chiens. Précisons que le titre de Best of Breed (Meilleur de race) est obligatoirement attribué à un chien déjà Champion AKC.

Image 109166 Ci-contre, la femelle Dobermann qui a marqué les dix dernières années aux USA, Ch Toledobe’s Serengheti. Si vous étudiez le tableau, vous constaterez que les Etats de Californie et de Floride sont les plus exigeants quant au nombre de chiens en compétition pour l’attribution des points. Tous les résultats du circuit américain sont informatisés par les services de l’AKC. Tout l’édifice repose sur ce système par points sur lequel s’appuient les différents Challenges américains (Pedigree, …).

Chute des naissances, envolée des titres de champion

L’exemple du Dobermann confirme que la championnite est complètement indépendante du nombre de naissances. Entre 1980 et 2000, les naissances de Dobermanns enregistrées par l’American Kennel Club ont fondu, passant de 79908 en 1980 à 13874 en 2000. Dans le même temps, le nombre de sujets de cette race homologués Champion AKC a presque doublé, passant de 123 en 1980 à 223 en 2000. L’exemple du Dobermann montre que la cynophilie est peu contrariée par l’état du marché (de l’offre et de la demande de la race concernée).

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Le Dobermann Pinscher Club of America, dont le siège est dans l’Alabama, s’occupe de la sélection du Dobermann depuis février 1921. A cette époque, de nombreuses importations allaient créer les bases de l’élevage outre-Atlantique. Le DPCA revendique aujourd’hui plus de 2000 membres répartis dans les 50 états américains et couvre le territoire américain grâce à ses 58 clubs régionaux. C’est actuellement, la seule association s’occupant du Dobermann qui soit reconnue par l’American Kennel Club. Le Dobermann a connu une vogue sans précédent dans les années 70/80 : tous les chiots étiquetés Dobermann se vendaient sur le marché américain comme des petits pains. La majorité des portées concernait des producteurs qui n’avaient pas d’autre ambition que de « faire du fric ». A cette période d’euphorie a succédé l’étape de la suspicion, de nombreux amateurs se détournant de la race, l’opinion finissant par considérer le Dobermann comme une race dangereuse….

En cette fin des années 70, le Dobermann occupait la place qui est devenue celle du Rottweiler au début des années 90. L’image de marque détestable de la race propagée par de nombreux médias mais également au cinéma a eu un effet dévastateur sur l’élevage américain. Pour amplifier le phénomène, certains « apprentis sorciers » se sont mis à jouer sur le bagage héréditaire de la race en sélectionnant certaines mutations : on a vu fleurir dans la presse des petites annonces proposant des chiots blancs, des Dobermanns « géants » atteignant la taille d’un petit Dogue Allemand, des chiens de guerre (Wardogs) pour répondre au discours sécuritaire de certains sénateurs prônant le droit à l’auto défense… Sachez quand même que le Dobermann blanc est une « sélection » de sujets albinos. Tous ceux qui sont élevés actuellement aux USA descendent d’une femelle née en 1976, Padula’s Queen Sheba. Couverte par l’un de ses fils (puis ces derniers mariés avec leurs propres sœurs), cette lice est à l’origine des élevages qui se sont spécialisés dans le Dobermann albinos… Si vous souhaitez en savoir plus sur ce coloris qui n’est pas reconnu en Europe, allez jeter un œil sur http://www.whitedobes.com.
Toutes ces dérives d’élevage expliquent la désaffection des amateurs au fil des années 80/90. L’éleveur américain Howard Mohr écrivait à ce sujet : « Le développement de la race aux USA était sérieusement handicapé car les éleveurs ont négligé les bases de la sélection du pays d’origine, avec de surcroît, un manque évident de connaissances sur l’histoire de la race ainsi que des juges mal formés ».

Image 109169 Un exemple de l’ouverture américaine, en photo ci-contre, avec le ténor 2001/2002 du circuit américain, le Ch Marienburg’s Repo Man, fruit des meilleures lignées américaines, argentines et hollandaises et né chez la plus européenne des éleveuses américaines, Mary Rodgers. Heureusement, depuis quatre ans, la chute des naissances semble avoir été amortie, avec une moyenne annuelle de 13/14 000 chiots inscrits à l’AKC. Ce qui représente quand même 5 fois moins de naissances qu’au début des années 80. Dans le même temps, le nombre de champions AKC homologués a presque doublé, le coefficient champions/naissances ayant lui explosé en étant multiplié par dix, passant de 0,15% en 1980 à plus de 1,6% en 2000. Des éleveurs conscients des problèmes de la sélection américaine, se sont tournés vers l’Europe, notamment les Pays-Bas qui ont dominé la sélection sur le vieux continent ces vingt dernières années. L’importé Dexter Von Franckenhorst a été sacré Top Etalon en 1990 par le DPCA grâce à l’excellence de sa descendance américaine.

En guise de conclusion, à propos des différences de type entre le Dobermann en Europe et son homologue « versus america », l’expert allemand Philipp Gruenig écrivait dans son livre sur la race publié en 1934  : « Dans notre race, aucune distinction ne devra être tolérée concernant le pays d’origine d’un chien et le jugement de tous les Dobermanns ne devra se faire que sur leurs qualités respectives ».



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