Les cynophiles au Sénat, à l'occasion d'un colloque novateur sur l'intégration du chien en ville, sa place dans notre société et l'économie générée par cette population de plus de 8 millions de quadrupèdes !
Faire cohabiter les amateurs de chiens et ceux qui ne les apprécient pas… Un nouvel enjeu sociétal ? En tout cas un débat passionné, voire passionnel, dont l'importance a été fort bien perçue par les hommes politiques. Deux ans après avoir légiféré sur le sujet, il reste sans doute de nombreuses choses à faire pour que les quelques huit millions de chiens français - dont plus de cinq millions en zone urbaine - arrivent à s'intégrer sans que les problèmes de nuisances et de sécurité ne prennent des proportions insupportables. Le colloque organisé par la Société Centrale Canine le 29 janvier dernier au Sénat a permis de poser ces questions d'importance. Quatre tables rondes illustrées par les résultats d'une étude d'opinion réalisée par la SOFRES pour la SCC ont permis d'ouvrir le débat.
Quelques données de base
Eduquer les maîtres à éduquer leur chien…
Les 2/3 des français possédant au moins un chien vivent en ville. Néanmoins le taux de possession reste relativement plus important en zone rurale (40%) qu'en zone urbaine (29%). Ainsi, contre toute apparence, c'est en agglomération parisienne, compte tenu des contraintes d'habitat, que le taux de possession est le plus faible.
Un Français sur deux se sent concerné par les nuisances occasionnées par le chien en ville.
Les nuisances majeures et les plus préoccupantes pour 83 % des français sont :
- des problèmes de propreté et d'hygiène des lieux publics pour 43 % d'entre eux.
- des problèmes de sécurité liés aux chiens dangereux ou errants considérés en augmentation pour 59 %.
En mineur, les nuisances sonores dues aux aboiements sont cités par 57% des Français mais apparaissent comme stables.
Une demande massive d'infrastructures et d'espaces publics réservés aux chiens
84 % des Français sont favorables à davantage d'infrastructures, dont 39 % très favorables, qu'ils soient ou non possesseurs de chiens.
Ils sont favorables dans les mêmes proportions à des nettoyages plus fréquents (87%) mais aussi à des verbalisations plus fréquentes en cas d'infraction (86%).
La responsabilité des maîtres largement mise en cause
Si le chien n'est pas directement incriminé dans les problèmes de nuisances, la faute incombe à l'attitude des propriétaires de chiens.
88% des Français pensent que les nuisances viennent avant tout de leur manque de civisme. 83% pensent d'ailleurs que les gens éduquent de plus en plus mal leur chien. Ce score est équivalent que l'on possède ou non un chien.
Cependant, 9% seulement des propriétaires considèrent que les chiens sont difficiles à éduquer pour la vie citadine. La nécessité d'éduquer son chien ne constitue un frein potentiel à son acquisition que pour 6% des possesseurs.
L'information et la prévention largement plébiscitées
59% des Français se déclarent insuffisamment à pas du tout informés sur la loi et les réglementations sur les chiens en ville.
Pour 72% d'entre eux, le manque d'information sur les droits et devoirs des propriétaires constitue l'une des causes des nuisances occasionnées.
Les deux actions les plus efficaces sont :
- informer les possesseurs de chiens sur leurs droits et leurs devoirs (77%)
- informer l'ensemble des citoyens sur les lois et réglementations (76%)
(Source SCC/Sopexa)
Le cœur du débat
Jean-Paul Delevoye s'interroge sur les problèmes posés par le chien dans nos sociétés. Il suffit selon lui d'observer qu'il s'agit d'un thème fort de campagne à l'occasion des échéances municipales, et que les questions qui reviennent souvent touchent le domaine du bruit et de la pollution. Et l'on ne peut contester une augmentation importante du nombre d'opposants qui refusent la présence du chien. Plus grave sans doute, le problème des chiens "dangereux". Avec le facteur aggravant que représente la capacité de panique des gens qui ont peur individuellement de la montée de la violence. Selon J-P. Delevoye, il est urgent de mettre en œuvre une réflexion sur les droits et les devoirs du propriétaire, mais peut être également de ceux du vendeur. L'urbanisme doit intégrer la présence du chien dans la ville, et il est faudrait davantage chercher à mettre en œuvre des outils de socialisation et d'éducation.
Mais la question du coût pour la collectivité ne peut être négligée. Faut-il "internaliser les coûts" en imaginant un système de financement intégré par exemple dans le coût des aliments ou même remettre au goût du jour une "taxe sur les chiens" ou au contraire les intégrer dans la fiscalité collective ? Des pistes de travail suggérées par le président de l'Association des Maires de France mais qui n'ont pas encore de réponse aujourd'hui.
Jean-Paul Petitdidier note pour sa part trois points importants : le manque de civisme des propriétaires, trop souvent observé et qui se traduit par des problèmes de respect de l'environnement, la méconnaissance des propriétaires, les difficultés dans les relation maître/chien (avec un anthropomorphisme de plus en plus marqué et des problèmes de hiérarchisation dans la "meute" familiale). Le Président de la Commission Nationale d'Education et d'Agility relate les séances d'éducation organisées à Paris depuis deux ans, mais aussi en province, et qui sont susceptibles d'aider les propriétaires à mieux vivre leur chien au quotidien. Le principe en est simple : la commune met un lieu à disposition, les éducateurs et des représentants de la municipalité vont dispenser un peu de théorie puis tester le comportement des chiens et des maîtres sur le terrain. De telles manifestations permettent de donner quelques conseils et d'aborder un peu les problèmes juridiques.
Les problèmes d'intégration du chien dans la cité passent aussi par l'aménagement, ce que souligne Hervé Guillaume, Urbaniste et chargé de mission à l'AFIRAC (Association Française d'Information et de Recherche sur l'Animal de Compagnie). "Les municipalités ne peuvent ignorer les besoins qu'ont les chiens de lieux de promenades "hygiéniques" et de lieux de détente où ils peuvent gambader. Deux points à prendre en compte dans l'aménagement. "On ne peut faire respecter des interdits que si en face on propose des alternatives", explique-t-il en citant le cas des aménagements réalisés au Parc de Sceaux qui s'avèrent très efficaces. Et il est nécessaire de communiquer, régulièrement, pour que les propriétaires retrouvent un comportement "référent" et se sentent responsables individuellement.
A Lausanne, les chiens font l'objet d'une réglementation précise. Les détenteurs d'animaux sont amenés à prendre toutes les mesures pour éviter de troubler l'ordre public. Mais ils sont également soumis à des taxes et impôts (environ 600 F/an/chien). "Un montant plus symbolique qu'autre chose qui ne couvre pas les frais de nettoyage qu'ils induisent" précise Jean-Jacques Schilt, maire de la ville. Quoi qu'il en soit, c'est sans doute dissuasif puisque la ville ne comptait que 3354 chiens pour 125 000 habitants lors du dernier recensement. La ville met à leur disposition des distributeurs de sachets (300 sont installés en ville, soit un pour dix chiens) et 90 WC canins, qui sont nettoyés deux fois par semaine. Les parcs, ouverts et sans clôtures, comprennent des zones "non chien", des zones "chiens en laisse" et des zones "chiens en liberté". Des prescriptions généralement bien respectées et qui font que le chien n'est globalement pas considéré à-bas comme un problème.
Jean-Michel Michaux, conseiller à la ville de Paris, insiste sur l'importance du rôle joué par l'animal auprès de l'homme. Et souligne même que sa présence est peut être encore plus importante en ville où il souvent une compensation affective précieuse. A opposer aux problèmes de nuisances qui sont de plus en plus mal acceptées par le grand public. Les moyens de répression mis à disposition du Maire sont - selon lui - trop faibles : "il faudrait donner davantage de contraventions mais d'un niveau plus bas, pour que l'effet "peur du gendarme" joue davantage. Les démarches éducatives ne sont pas négligées : outre les animations organisées avec la CNEA (cf supra), des actions menées dans les centres aérés avec l'AFIRAC ou lors des Universités du Troisième âge sont utiles pour améliorer la communication entre l'homme et l'animal, mais il faut également former le personnel municipal.
Intervenant sur les aspects juridiques, Maître Serge Pautot précise que ce ne sont pas moins de 260 textes de lois et arrêtés divers que le maire devrait connaître pour gérer les problèmes de la présence du chien dans la ville. "Beaucoup trop de textes, qui ne sont pas toujours opérationnels". Selon lui, la Loi du 06 janvier a eu le mérite de figer des bases pour un cadre juridique et d'inciter certains propriétaires à se mettre en règle. Mais elle a le défaut majeur d'être une loi discriminatoire ne visant que certaines catégories de chiens, alors que les problèmes liés à la présence du chien dans la ville les concernent tous.
Les intervenants
- M. Jean-Paul Delevoye, président de l'Association des Maires de France
- M. Jean-Jacques Schilt, maire de Lausanne
- M. Hervé Guillaume, Urbaniste
- M. Jean-Michel Michaux, conseiller de Paris
- Me Serge Pautot, avocat
- M. Jean-Paul Petitdidier, Président de la Commission Nationale d'Education et d'Agility