A l'occasion de la reprise de la pièce de théâtre Le Tribunal des Animaux, qui place l'Homme au banc des accusés et ses victimes animales dans le rôle du procureur, Paule Noëlle, initiatrice et productrice du projet, a répondu à nos questions.
Telle une opération à cœur ouvert, Le Tribunal des animaux, est une pièce coup de poing qui présente un tableau aussi effrayant que réaliste des relations entre l'homme et l'animal. Mais, peut-on parler de "relation" quand il y a tant de violence, de laideur, de méchanceté, d'exploitation, de cupidité et de bêtise… Car, en cherchant dans les textes littéraires (grands et petits, connus ou oubliés) des deux derniers siècles, Paule Noëlle, initiatrice et productrice du projet, a soulevé quelques-unes de ces chapes dont se recouvre opportunément notre culpabilité.
C'est vrai, il est le résultat de trois ans de travail, trois ans de ma vie. Je l'ai imaginé, je le joue, je le produis, je ne m'étais jamais impliquée à ce point dans un projet. En fait, tout est parti d'un texte de Maupassant, l'histoire vraie d'un homme qui doit tuer son chien, et qui en est littéralement malade. C'est un des textes qui ont été à l'origine de la création de la SPA. J'ai été bouleversée en le lisant et j'ai eu envie d'écrire un texte où les hommes parleraient des animaux, mais aussi où les animaux parleraient des hommes.Pendant trois ans j'ai lu une masse de textes, des classiques comme La Mule du Pape de Daudet, mais aussi des textes contemporains, de Patricia Highsmith, par exemple.C'est là que j'ai eu l'idée du tribunal. J'ai alors demandé à Maria Sylvia Manuel de faire des textes de liaison pour conférer une unité à l'ensemble.
C'est vrai, La Ferme des Animaux d'Orwell est un de mes livres de chevet. Cela fait longtemps que je me disais "si un jour je fais un spectacle, je reprendrai le discours du cochon. C'est ce texte aussi qui a inspiré l'affiche du spectacle.
Je crois que le contenu aurait pu être beaucoup plus "dur", mais il fallait rester dans certaines limites pour que le spectacle existe. Il fallait éviter de tomber dans un écueil, celui du texte démonstratif ou éducatif. Un spectacle doit faire appel à l'imagination et à la sensibilité du spectateur.Il est vrai que l'on m'a reproché, entre autres, certains bruitages, en particulier lorsque le spectacle a tourné, l'été dernier. Il s'agit d'un enregistrement effectué dans un abattoir. On m'a demandé de le couper. J'ai répondu "jamais" ! Il est important de savoir ce qui est réellement fait aux bêtes. Je sais qu'il y a des abattoirs, qu'il y en aura toujours, mais au moins que cela soit fait proprement. Aujourd'hui, tout le monde tourne la tête ou baisse les yeux pour ne rien voir.Enfant, j'avais sept ans, j'ai assisté à l'abattage d'un cochon. A l'époque, cela se faisait au marteau. Le paysan avait dit à mes parents, laissez-la venir, ça la distraira. Ce fut un vrai cauchemar, l'image est restée en moi et me hante toujours.Les transports des animaux sont également faits dans des conditions épouvantables. Des gens comme Brigitte Bardot ont été dans des endroits horribles, et ont lutté depuis des années pour améliorer la situation, mais on a l'impression que cela repart de plus belle. J'admire ceux qui vont sur le terrain, il faut une grande force pour cela.
Militantisme n'est pas le mot qui me vient naturellement, pour moi c'est plutôt une prise de conscience. Nous essayons de nous battre pour qu'il y ait un peu plus "d'humanité" dans nos rapports avec les animaux.Cela fait longtemps que j'avais envie de faire quelque chose dans ce domaine, mais je n'ai pas eu l'occasion, ou je ne l'ai pas provoquée, d'aller sur le terrain. En fait, on pourrait dire que mon terrain à moi, ce sont les planches ! Et je me suis battue pour que ce spectacle existe. J'ai mis six mois à trouver une salle, mais je l'ai trouvée ! Quand j'ai décidé de faire quelque chose et que cela vient de mon cœur, je vais jusqu'au bout : les barrières doivent s'écarter ou tomber ! Je ne lâche jamais.
Oui, il s'agit de l'association Lévriers en Détresse qui œuvre pour le sauvetage des lévriers de course et de chasse qui sont effroyablement maltraités en Espagne. J'avais rencontré Catherine Madry-Wojciechowski, sa présidente, il y a un an, lors du premier passage du Tribunal des animaux au TBB (ndlr : Théâre de Boulogne Billancourt). Elle avait été touchée par le spectacle, en particulier par un texte sur les lévriers de l'auteur britannique Roald Dahl. Puis j'ai vu le reportage diffusé dans l'émission Trente Millions d'Amis, sur TF1, en octobre dernier. Dès la fin du reportage, j'ai téléphoné à Catherine. Jamais je n'aurais imaginé que des chiens puissent être traités de cette manière. En fait, j'ai le sentiment que les gens n'arrivent pas à considérer que ces animaux sont des êtres vivants. Ils ne pensent qu'à la bouffe ou à l'argent !
Non, mais depuis de nombreuses années je ne mange plus de viande rouge, ni de veau. Je mange beaucoup de poisson !
Pas fondamentalement, nous sommes toujours les trois mêmes comédiennes, accompagnées du même pianiste, et notre concepteur lumière est toujours Eric Valentin. Le texte est plus resserré, nous l'avons un peu allégé en faisant quelques petites coupes. Mais le message est resté le même.