Plus de trente ans après la sortie du livre de Pierre Boule et du film de Franklin J. Schaffner avec Charlton Heston, Tim Burton s'attaque à son tour à la Planète des singes, mais ne parvient pas à la dompter !
Tim Burton a toujours apporté à ses films une touche très personnelle grâce à laquelle on savait vite qu'on était plongé dans son univers. Des mondes dans lesquels la poésie s'allie à l'irréel, à la magie ou au cauchemar - comme dans L'étrange Noël de Monsieur Jack - et où l'humour est toujours présent ; un humour qui bien souvent n'a rien d'Américain, sortant des clichés du cinéma hollywoodien, le parodiant et le critiquant - Mars Attacks!, Beetlejuice. Mais pour sa dernière réalisation, la Planète des singes, tous ces éléments sont tellement absents qu'on se demande presque si c'est Tim Burton qui a réalisé le film !
En l'an 2029, l'astronaute Leo Davidson - joué par Mark Wahlberg ( The Yards, Boogie Nights ) - embarque à bord d'une capsule spatiale pour une habituelle mission de reconnaissance. Mais un vortex lui fait faire un détour, et il atterrit sur une étrange planète où des singes parlants dominent la race humaine. Il est fait prisonnier.Avec l'aide d'une compatissante activiste chimpanzé nommée Ari ( Helena Bonham-Carter, Frankestein, les Ailes de la colombe ) et d'une petite bande d'humains rebelles, Leo s'efforce d'échapper à l'armée de gorilles menée par le Général Thade ( Tim Roth, Pulp Fiction, Reservoir Dogs ). La course commence pour atteindre le temple sacré de Calima dans la zone interdite au cœur de la planète, et y découvrir le secret du passé de l'humanité, et la clé de leur futur.
La première adaptation au cinéma du roman de Pierre Boule en 1968 créa un choc dans les salles de cinéma du monde entier. Franklin J. Schaffner offrit par la même occasion à Charlton Heston un rôle qui contribua à faire de lui un acteur mythique. Dans ce film, les relations entre les singes et les hommes offraient une véritable dimension psychologique dépassant le simple stade de la haine. Une critique du totalitarisme, de l'oppression, du pouvoir manipulateur, du manque de tolérance y était clairement exposée. On se rappelle encore les dernières images lorsque Charlton Heston découvre la Statue de Liberté enfouie sous le sable, ce qui permet de voir le film sous un nouveau jour. Certes Tim Burton n'a jamais prétendu faire un simple remake du film de Schaffner, mais les nouvelles intrigues ne mènent nulle part. La surprise finale qu'on attend n'a rien à voir avec le reste du film, à part qu'il y a des singes dedans !
Le film n'est pas mauvais, loin de là, on peut même dire que du point de vue des giga productions que les USA distribuent tous les étés, il est largement au-dessus du lot. Le générique, d'une beauté et d'une minutie époustouflantes, vous offre d’ailleurs davantage d’ambiance burtonienne que les deux heures qui suivent. La première apparition des singes chassant les hommes procure une sensation forte et dérangeante. Il n'est en effet pas évident de renverser la relation homme/animal et de devenir la proie et le chassé ! Tout ce qui concerne les costumes, les décors, la photographie, la caméra, est absolument fantastique. Les costumes et le maquillage incroyables - Estella Warren reste impeccablement lippue et permanentée après plusieurs jours de captivité et de traversée du désert - sauvent le film du ridicule qu'il frise parfois.
Tim Roth, qu'on arrive difficilement à reconnaître, est extraordinaire dans le rôle du Général Thade, un rôle où l'acteur a dû sortir toute sa méchanceté et son animalité pour incarner ce super-super-vilain. Parmi les bonnes répliques, retenons celle du marchand d'esclaves humains à une famille qui veut une enfant comme animal de compagnie: « Débarrassez-vous-en avant la puberté, vous ne voudriez surtout pas avoir une adolescente humaine chez vous ! ».
Tim Roth et Paul Giamatti sont les seuls acteurs à tirer leur épingle du jeu. Mark Wahlberg, desservi aussi bien par les acteurs humains que par les singes, semble plat et inconsistant. La vraie confrontation avec le Général Thade est trop tardive pour justifier la haine qui existe entre eux. Quand à Estella Warren, une très jolie Daena, ses répliques se limitent à cinq ou six interventions. Il ne lui reste plus qu’à regarder son héros avec de grands yeux ébahis… Les seconds rôles semblent d’autant plus pauvres que le spectateur n'a qu'une vague idée de la raison pour laquelle les singes vouent cette haine aux humains. Tout ce qui concerne les rapports psychologiques et sociaux se résume à une vision manichéenne des hommes et des singes, survolant des thèmes pourtant chers à Tim Burton, tels que l'intolérance ou l'acceptation de la différence.
Quant à la fin abracadabrantesque du film, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle est là uniquement pour ouvrir la porte à la Planète des singes 2, même si le réalisateur s’en défend !