Cette méthode qui ignore volontairement toute recherche généalogique, consiste à accoupler deux reproducteurs de qualité dans l'espoir d'obtenir des produits qui leur ressemblent. Or, nous avons vu que le phénotype ne reflète pas toujours le génotype. Cette technique de sélection peut donc parfois conduire à des résultats inattendus.
En effet, si un propriétaire accouple deux chiens noirs à poil court, il serait en droit d'attendre des chiots semblables à leurs parents. Pourtant, si les deux parents sont de génotype Bl/bL, il suffit de se reporter au tableau précédent pour prévoir que plus de 40% des chiots ne seront pas conformes au résultat escompté !
Il est donc possible d'appliquer ce moyen dit de "sélection massale" (ou individuelle) lorsque l'éleveur est encore à la recherche d'un caractère nouveau et exceptionnel qui serait le fruit du hasard. Pour limiter l'aspect aléatoire de cette méthode, il pourra alors utilement s'inspirer des résultats expérimentaux qui ont déjà estimé statistiquement l'héritabilité de certains caractères.
A ce sujet, il est conseillé, si l'on a accès aux statistiques du club de race, de tracer une courbe représentant l'effectif des chiens présentant un caractère quantitatif défini. Par exemple, si l'on répertorie les chiens mâles de cette race en fonction de leur vitesse à la course et que l'on obtient 2 pics bien distincts, on a probablement à faire à deux lignées distinctes, donc à un support génétique de la qualité considérée. Si l'on obtient une courbe "monopic" de type courbe de Gauss, il est préférable de ne pas espérer sélectionner sur ce caractère.
A titre d'exemple, si l'éleveur espère obtenir des chiens de chasse exceptionnels, il pourra noter les candidats à la reproduction sur une moyenne des caractères qu'il aura retenus pondérés en fonction de leur héritabilité (et éventuellement de l'importance qu'il leur accorde).
(NB: La répétabilité concerne la transmission des caractères considérés comme naturels dans la race considérée. L'héritabilité s'applique aux aptitudes individuelles au sein de la race.)
Pour entreprendre une sélection massale, l'éleveur commence par juger le candidat en lui attribuant une note moyenne. Dans l'exemple ci-dessus, le candidat aurait obtenu la note moyenne de (0,07 X 8 + 0,11 X 3 + 0,04 X 2 + 0,02 X 10 + 0,18 X 6 + 0,10 X 7 + 0,09 X 8)
/ (0,07 + 0,11 + 0,04 + 0,02 + 0,18 + 0,10 + 0,09) = 8,34 qui tient compte de l'ensemble des caractères sélectionnés et de leurs "chances de transmission".
Logiquement, en accouplant les candidats ayant obtenu les meilleurs scores, il devrait obtenir des produits performants sachant cependant que les caractères quantitatifs (comme le poids ou la taille qui sont mesurables) sont généralement moins héritables que les caractères qualitatifs (comme la couleur de la robe qui est observable) et que leur jugement reste, par sa subjectivité, toujours entaché d'erreurs. Les éleveurs savent bien qu'il est plus facile et plus rapide de produire un champion de beauté qu'un champion de travail.
La taille mesurée au garrot représente également un autre caractère quantifiable. Il semble évident que si, au sein d'une population canine, l'éleveur accouple les individus les plus grands, il obtiendra, au bout de plusieurs générations, des chiens de plus grande taille. Inversement, s'il écarte de la reproduction les chiens "hypertypés" (les plus grands comme les plus petits), il obtiendra un resserrement des tailles autour de la moyenne (voir graphiques).
Retenons pour finir que cette méthode est applicable dans un élevage qui cherche sa spécificité (comme l'artiste débutant qui cherche encore son style), qu'elle concerne essentiellement la sélection sur des caractères quantitatifs, que les résultats sont aléatoires, progressifs et longs à obtenir.
Ce mode de sélection reste très utilisé chez les chiens de traîneau par exemple, chez qui les performances priment sur la pureté de la race.
Il présente néanmoins l'avantage d'un enrichissement génétique par le brassage de gènes d'origines très différentes et permet également des retours en arrière en cas d'échec.