L'objectif prioritaire de l'éleveur au cours de cette période est de fournir à la mère une alimentation qualitativement et quantitativement satisfaisante pour qu'elle puisse couvrir les besoins de croissance de sa portée sans s'affaiblir elle-même. Pour ce faire, l'éleveur doit contrôler l'adéquation entre l'offre (la lactation) et la demande (le développement des chiots) en comparant l'état de ses chiens aux normes raciales de référence.
Accroissement pondéral des chiots
Certains clubs de race disposent de courbes de croissance moyennes (voir courbes) qui permettent de vérifier le développement pondéral d'un chiot de sa naissance à l'âge adulte. Suivant la race, le poids d'un chiot peut varier de 70 à 700 grammes à la naissance. Après une perte de poids physiologique qui ne doit pas excéder 10% le premier jour, le poids des chiots s'accroît normalement très rapidement de 5 à 10% par jour au cours des premières semaines. Une pesée quotidienne à heure fixe des chiots aide l'éleveur à surveiller leur croissance.
D'une manière générale, un chiot qui ne prend pas de poids pendant deux jours consécutifs doit être particulièrement surveillé. Tout retard de croissance doit amener l'éleveur à en trouver rapidement l'origine. Il peut en effet être lié à la mère si l'ensemble de la portée en souffre (lait insuffisant ou toxique) ou à des facteurs individuels si seuls quelques chiots accusent ce retard (fente palatine, pas d'accès aux mamelles postérieures ....).
L'écoute des gémissements, l'observation des tétées et du comportement maternel, l'appréciation de la vitalité, de la température rectale et de l'état d'hydratation (voir signe du pli de peau) des chiots représentent également d'autres paramètres utiles à contrôler régulièrement pendant cette période où la morbidité et la mortalité peuvent apparaître très brutalement. La production lactée de la mère dépend à ce stade de la maîtrise des paramètres d'ambiance en maternité (voir ce chapitre) et de l'alimentation maternelle.
Alimentation de la chienne en lactation
Les risques d'obésité étant rares chez la mère durant la période de lactation, celle-ci peut généralement être nourrie à volonté à l'aide d'un aliment destiné à compenser l'exportation massive des nutriments par le lait. Les besoins nutritionnels de la chienne allaitante dépendent évidemment de l'effectif de la portée et dépassent souvent trois à quatre fois ses besoins d'entretien lors du pic de lactation (vers la troisième semaine) (voir courbes de lactation).
A ce stade, toute erreur de rationnement peut être lourde de conséquences pour la mère et sa portée. Le choix d'un aliment "lactation" doit tenir compte des critères suivants :
- l'appétibilité de la ration : dépendant notamment de la qualité et de la quantité des matières grasses d'origine animale,
- sa haute digestibilité qui permet à l'animal une bonne assimilation de sa ration en un volume raisonnable : absence de ballonnements abdominaux après les repas, selles réduites et moulées,
- sa valeur énergétique élevée qui oriente le choix vers une alimentation sèche,
- la qualité et la quantité des protéines indispensables pour le développement squelettique et musculaire des chiots,
- des niveaux de calcium, de magnésium et de vitamine D suffisants pour limiter les risques d'éclampsie, notamment chez les petites chiennes à portée nombreuse.
La mère ne doit pas avoir perdu plus de 10% de son poids d'entretien en fin de lactation ; naturellement, la croissance harmonieuse de sa portée est une source d'information indirecte sur la qualité de la lactation et donc la santé de la mère.
Retenons que c'est essentiellement l'équilibre de la formulation qu'il faudra rechercher car l'adjonction de tout correcteur à une ration pour compenser un éventuel déficit ( le "petit coup de pouce de l'éleveur") risque de perturber simultanément l'absorption des autres constituants. Les carences en Zinc consécutives à une adjonction inconsidérée de Calcium ou les tétanies de lactation liées à des supplémentations calciques anarchiques restent les exemples les plus fréquents dans ce domaine en élevage canin.
Rôles de l'éleveur
Lors de la mise-bas, l'éleveur commence par inspecter la portée en repérant les chiots atteints d'anomalies: fente palatine, ladre, retard de croissance intra-utérin ...). Notons à ce sujet que la couleur de la robe du chiot reste susceptible de varier, certains chiots blancs pouvant se pigmenter par la suite; à titre d'exemple, les taches des dalmatiens n'apparaissent qu'à la troisième semaine.
L'éleveur doit ensuite s'assurer que les chiots tètent rapidement afin qu'ils absorbent suffisamment de colostrum. Ce premier lait, outre ses vertus nutritives, permet de stimuler la première défécation et apporte 95% des anticorps nécessaires à la protection des chiots contre les infections. La mère transmet ainsi passivement sa "mémoire immunitaire" à ses chiots pour une période de 5 à 7 semaines en attendant qu'ils soient à leur tour capables de se défendre activement contre les agressions infectieuses.
Les chiots seront capables d'absorber ces "armes maternelles" pendant une période n'excédant pas 48 heures post partum. Passé ce délai, ces anticorps seraient détruits par l'estomac avant leur absorption et perdraient donc toute leur efficacité. Ces chiots ne seraient alors protégés que par les anticorps ayant traversé la barrière placentaire pendant la gestation (pas plus de 5%).
Pour obtenir une protection optimale des chiots, l'éleveur peut agir à plusieurs niveaux :
- en vaccinant les primipares dans le mois qui précède la saillie. Il apparaît que le choix de cette période favorise une production maximale d'anticorps au cours de la lactation chez ces chiennes sans risquer de perturber leur gestation. Les mutipares, quant à elles, pourraient recevoir leurs injections vaccinales à un stade quelconque de leurs périodes de repos sexuel.Notons toutefois que certaines vaccinations (vaccins à virus vivants atténués, maladie de Carré) sont déconseillés pendant la gestation afin d'éviter tout risque abortif.
- en dirigeant vers les mamelles de leur mère les chiots qui ne le feraient pas spontanément dans les heures suivant leur naissance,
- en conservant du colostrum congelé en cas de déficience d'une mère (primipares notamment) ou de portée trop nombreuse.
Après cette première étape, le rôle de l'éleveur se limite à s'assurer de l'instinct maternel de la lice (notamment toilettage des chiots indispensable à leurs réflexes de défécation et de miction) et à surveiller les tétées en plaçant éventuellement les chiots les moins vigoureux ou les plus dominés aux mamelles postérieures qui fournissent un lait plus riche. A ce stade, il faut parfois surveiller les griffes des chiots qui peuvent traumatiser les mamelles et entraîner un refus d'allaitement.
En cas d'insuffisance maternelle (chiots orphelins, portée trop nombreuse, chiots rejetés par leur mère, lait insuffisant ou toxique à la suite d'une infection maternelle) qui se traduit le plus souvent par des plaintes incessantes de tout ou partie de la portée, l'éleveur aura recours à un allaitement artificiel (palliatif ou complémentaire), ou à l'adoption de certains chiots par une autre mère en lactation.
Quand la production lactée des 3 premières semaines s'avère insuffisante pour assurer les besoins de chaque chiot (fréquent chez les primipares), il est conseillé d'apporter un complément artificiel à l'ensemble de la portée plutôt que de retirer un ou plusieurs individus pour les nourrir exclusivement à l'aide d'un lait artificiel.
Distribution d’un lait maternisé : rationnement d’un chiot de race moyenne
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