Même si l'appétit d'une chienne a tendance à augmenter à partir de la troisième semaine de gestation, ses exigences nutritionnelles restent relativement stables pendant les cinq premières semaines de gestation, tant au plan qualitatif que quantitatif. En effet, la croissance des foetus est encore faible, la minéralisation de leur squelette n'a pas commencé et leur développement ne comprime pas encore le volume gastrique de la lice.
Vers la cinquième semaine, il n'est pas rare d'observer une baisse transitoire de l'appétit, cette modification étant souvent perçue comme une confirmation de la gestation. À cette date, le développement pondéral et squelettique des foetus commence à prendre une allure exponentielle et conduit à une augmentation progressive des besoins protéiques et énergétiques (et, dans une moindre mesure, minéraux) de la lice, alors même que son appétit et ses capacités gastriques tendent à diminuer.
L'apport énergétique de I'aliment doit donc essentiellement tenir compte de la réduction de la capacité gastrique de la femelle en fin de gestation et permettre la constitution des réserves glycogéniques des chiots sans pour autant favoriser le dépôt graisseux dans la filière pelvienne maternelle. La constitution des réserves glycogéniques au niveau du foie des foetus en fin de gestation nécessite un apport de glucides dans la ration maternelle sous peine d'exposer les chiots à la naissance à des risques d'hypoglycémie. En effet, s'il est théoriquement possible d'alimenter un chien avec des rations dépourvues de glucides (non indispensables chez les carnivores qui peuvent les synthétiser à partir des lipides ou des protéines), de tels régimes imposés à des chiennes en gestation ont conduit expérimentalement à une augmentation de la mortalité chez les chiots par hypoglycémie dans les jours qui suivaient leur naissance.
Les besoins énergétiques totaux de la chienne en gestation cumulent ses propres besoins d'entretien avec les besoins de croissance et d'entretien des foetus. À titre d'exemple, une chienne de taille moyenne, comme une Cocker de 12 kg, portant six chiots verra ses besoins énergétiques augmenter d'environ 40 % en fin de gestation. En fin de gestation, la chienne devra alors être nourrie avec un aliment appétent (pour compenser la perte d'appétit), de haute densité énergétique et de bonne digestibilité qui sera distribué de préférence en plusieurs petits repas répartis au cours de la journée. Une alimentation en libre-service n'est recommandée que chez les chiennes trop maigres.
Ajustement protéique
L'analyse moyenne de la composition des foetus de chiens révèle 82 % d'eau, 13 à 15 % de protéines (soit environ 80 % de protéines par rapport à la matière sèche), 1,5 % de matières grasses et environ 2 % de minéraux.
Compte tenu de la haute teneur protéique des chiots, la gestation nécessite essentiellement un dépôt de protéines et donc une révision à la hausse des apports protéiques maternels (environ 2,8 fois les besoins d'entretien dans l'exemple précédent d'une chienne Cocker).
Notons que si la responsabilité d'un éventuel excès protéique de la ration maternelle dans l'apparition du syndrome du chiot nageur chez les races prédisposées a déjà été suspectée par certains auteurs, cette hypothèse est loin d'être confirmée. En effet, il est courant de n'observer qu'un chiot atteint au sein d'une même portée.
De plus, en pathologie comparée, l'alimentation maternelle n'est plus mise en cause lors de splay-leg-disease chez le porcelet, qui est une affection comparable au syndrome du chiot nageur dans l'espèce canine.
Minéraux et vitamines
Une attention particulière doit être portée au taux de vitamine A de l'alimentation maternelle, cette vitamine diffusant à travers la barrière placentaire et permettant ainsi une bonne protection des épithéliums chez le chiot dès sa naissance.
Pour cette raison, le taux d'incorporation de vitamine A peut avoisiner 10 000 UI/kg (soit le double du taux conseillé pour un aliment d'entretien). Il faut toutefois se méfier des excès (au-delà de quatre fois cette dose) qui sont susceptibles d'induire des fissures palatines, des déformations de la queue, des oreilles et du rachis, des momifications foetales et une mortalité néonatale, la période de susceptibilité maximale se situant entre le 17e et le 22e jour de gestation.
L'excès de vitamine D prédisposerait, quant à lui, à des calcifications des tissus mous, des sténoses des valvules cardiaques et une fermeture prématurée des fontanelles.Quant au calcium, une supplémentation excessive et précoce au cours de la gestation peut prédisposer aux éclampsies pré ou post-partum responsables respectivement de mise bas prématurée et d'écrasement accidentel des chiots.
En résumé, pour nourrir une chienne en gestation, il importe de retenir les éléments suivants :- l'augmentation d'environ 10 % par semaine des besoins alimentaires de la chienne à partir de la cinquième semaine de gestation impose le recours à une alimentation sèche (les rations ménagères ou en boîte renferment plus de 80 % d'eau et deviennent donc deux à trois fois plus "encombrantes" que les aliments secs dans un estomac à capacités réduites) ;- la densité énergétique de cet aliment devra être élevée (énergie métabolisable comprise entre 3 800 et 4 300 kcal/kg d'aliment en fonction de l'état d'embonpoint, de l'activité et du tempérament de la chienne) ainsi que sa digestibilité qui pourra être appréciée facilement par le volume et la consistance des selles obtenues ;- le taux protéique doit être revu à la hausse (entre 25 et 36 % de protéines/kg d'aliment en fonction du nombre de chiots attendus) car la "matière sèche" des chiots à la naissance est composée de 70 à 80 % de protéines ;- la minéralisation du squelette des foetus en fin de gestation nécessite une augmentation des apports en minéraux constitutifs du squelette (calcium et phosphore notamment). L'apport calcique doit être calculé en fonction de la densité énergétique de l'aliment qui détermine la quantité ingérée par la chienne. Il ne doit pas dépasser 4 grammes de calcium pour 1 000 kilocalories afin de limiter les risques de mise au repos des glandes parathyroïdes qui prédispose aux éclampsies (crises de tétanie) à la mise bas ou au cours de la lactation. Le taux de phosphore, quant à lui, est généralement calculé pour que le rapport phosphocalcique (Ca/P) reste compris entre 1,2 et 1,4, soit une proportion physiologique pour les constituants de l'os ;- le poids de la lice en fin de gestation ne doit pas dépasser 120 % de son poids d'entretien (110 % chez les races géantes, 130 % chez les races miniatures) pour diminuer les risques de difficultés à la mise bas par encombrement graisseux de la filière pelvienne.
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