La gestion des populations animales au sein de la capitale est visiblement l’une des priorités de la nouvelle équipe constituée autour d’Yves Contassot. L’un de ses conseillers, Karim Lapp, a accepté de nous parler de la gestion d’un dossier glissant : « Les crottes sur les trottoirs parisiens ». Entretien.
Karim Lapp : J’ai 30 ans et j’occupe le poste de conseiller auprès d’Yves Contassot. Je m’occupe plus particulièrement de la gestion des animaux à Paris. Ingénieur écologue de formation, j’ai travaillé pendant quelques temps pour le Ministère de l’Environnement hongrois. J’étais chargé de veiller à ce que l’intégration des activités touristiques dans un environnement naturel se déroule normalement. J’ai également travaillé avec des collectivités territoriales pour la gestion des espaces verts. Enfin, je tiens à souligner ma très forte implication dans le milieu associatif, plus précisément, pour la protection et la préservation de l’environnement.
K. L.: La volonté de la nouvelle équipe mise en place à l’issue des dernières élections est de démarrer une politique globale de l’animal en ville, au sein de laquelle, le chien va tenir un rôle central, notamment, au sujet de la propreté de nos rues et trottoirs.
Jusqu’alors, la politique de propreté canine se résumait essentiellement au caniveau, et ce depuis une quinzaine d’années à Paris, sans oublier ultérieurement l’installation de quelques « canisettes ».
Aujourd’hui, le volume quotidien de fèces est estimé à 16 tonnes ! De surcroît, les résultats du ramassage sont estimés à 40% de ce volume et représentent un coût annuel de 30 millions de francs pour le parc de motos-crottes mais en fait un coût global de 70 millions de francs.
Rappelons que ce que les chiens laissent sur les trottoirs entraîne près de 650 accidents chaque année, nous ne parlons que de ceux recensés par les différents services (pompiers, SAMU, services d’urgences…).
K. L: Il y a eu un début de formation des maîtres dans certains parcs et jardins parisiens, accompagnée de quelques campagnes de prévention… mais qui n’ont semble-t-il eu aucune incidence sur le volume de déjections ni surtout sur le comportement et le civisme des maîtres.
Nous sommes confrontés à un problème spécifiquement parisien. Regardez les dispositifs mis en place par les équipes municipales à Londres ou à New-York : ce sont des systèmes répressifs donc dissuasifs et leurs trottoirs sont propres parce que les maîtres ont pris l’habitude de ramasser quand besoin est... L’objet de telles mesures est avant tout, non pas de réprimer mais de responsabiliser les maîtres de ces chiens urbains. Information et éducation sont les maîtres mots d’une politique cohérente avec un zeste de répression.
Les français ont un comportement latin qu’il faut gérer.
K. L.: Sachant qu’il s’agit de mettre en place une nouvelle culture, je crois qu’il est inutile d’instaurer un système uniquement répressif. Le ramassage et le comportement des maîtres sont des actes citoyens. Il faut que les Français pensent aux autres et que l’acte de mettre les fèces dans une poubelle devienne un réflexe… naturel. Cependant, avant de mettre en place une politique cohérente, nous allons faire une étude de comportement afin d’identifier les problèmes qui freinent le ramassage donc la propreté de nos trottoirs. Faciliter le ramassage devient une priorité.
K. L: Non, car il s’agit avant toute chose d’éduquer les maîtres. Si l’acte de ramassage devient une règle, la nécessité des motos-crottes disparaît. Au-delà des questions de civisme, les volumes de crottes déposés chaque jour sur les trottoirs parisiens posent évidemment des problèmes de salubrité publique.
K. L: Toute astuce technique pouvant contribuer à diminuer le volume des crottes ne peut être que bénéfique à notre politique. Dans un premier temps nous pourrions faciliter la mise à disposition de ces produits mais à terme ce sera aux maîtres de les financer.
Ce qui sera probablement envisageable à court terme concerne l’installation de distributeurs faciles d’accès pour tous les maîtres.
K. L: Notre objectif est de lancer une grande campagne d’information d’ici le printemps 2002. Exclusivement parisienne au départ, cette campagne inspirera-t-elle peut-être d’autres villes.
K. L: Nous allons mettre en place un programme qui sera piloté en partie par la mairie de Paris. Nous développerons également des partenariats avec les principaux acteurs du secteur, vétérinaires, éleveurs, éducateurs, commerçants impliqués et associations.
Nous envisageons de soutenir et de mettre en place un programme de formation et d’éducation dans les écoles ainsi que des programmes de formation dans les parcs et jardins de la ville de Paris. Un service téléphonique centralisera les demandes des citoyens grâce à des personnes présentes physiquement qui répondront à toutes les questions que se posent les parisiens.
Avez-vous entendu parler des aliments « haute digestibilité » qui diminuent de façon conséquente le volume des fèces ?
K. L: Nous sommes d’ores et déjà en contact avec des industriels mais cela ne modifie pas notre problème majeur qui reste le ramassage. En fonction de la consistance du déchet, imaginez l’ingéniosité dont devront faire preuve les industriels pour nous faciliter le ramassage !
K. L: Les trottoirs de New-York demeurent un modèle de propreté. En moins de deux ans ils ont résolu le problème. Répression et ramassage obligatoire sont à l’origine. Savez-vous que la police de New-York n’hésite pas à verbaliser et à faire payer tout contrevenant sur le champ !
K. L: Je suis contre pour un ensemble de raisons. Et je reste persuadé qu’il s’agit d’un système qui ne résout absolument pas le problème puisqu’il n’apporte pas de solution au problème du ramassage et qu’il est éthiquement contestable.
K. L. : En termes de réglementation, l’acte incivique est sanctionnable mais très peu sanctionné. A titre d’exemple, sur une population canine estimée à 200 000 chiens dans la capitale, seulement 2300 procès verbaux ont été dressés l’an dernier !Premier changement important que nous allons instaurer, le ramassage va devenir obligatoire. Tout contrevenant risque une amende pouvant aller jusqu’à 3000 F (de 1000 à 3000), la moyenne étant de 1200 F. Pour l’instant, c’est la principale évolution par rapport à ce qui existe. Enfin, sur le plan des effectifs, 2200 agents vont veiller à faire respecter les textes et au besoin, verbaliser.
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