Emmanuel Pacitto
Mon premier fait du 0 à 200 en une heure et consomme 100 kilos par jour,Mon deuxième lutte pour la propreté urbaine,Mon troisième a une vitesse de pointe et une accélération incomparables sur les trottoirs parisiens,Mon quatrième dispose d'une adhérence à l'épreuve des terrains les plus glissants,Mon cinquième est l'amie de tous, mais surtout des enfants, des aveugles et des personnes handicapées,Mon tout se fait de plus en plus rare et devrait disparaître sous peu.
C'est en 1982 que les Parisiens ont vu pour la première fois sur les trottoirs de leur ville les moto-crottes. Cette invention de Jean-Claude Decaux a depuis fait le tour du monde : toutes les grandes métropoles, de Londres à Milan en passant par New-York possèdent leur parc de moto-crottes. Moyen rapide, efficace, adapté à l'environnement urbain et à la pointe de la technologie lors de sa sortie, elle a été créé pour combattre l’un des pires fléaux urbains et l’une des préoccupations majeures de l’opinion publique : les déjections canines.
Mais après vingt ans de bons et loyaux services, les moto-crottes affichent un bilan plus que mitigé : en effet, avec près de 200.000 chiens à Paris et de nombreux maîtres dont le respect des autres est souvent la dernière des préoccupations, les crottes font toujours partie du quotidien de tous les habitants de la capitale, petits et grands, jeunes ou âgés…Les 75 moto-crottes en activité dans la capitale n'ont pas réussi à juguler le problème et dont le coût d’exploitation, de surcroît, est estimé à près de 30 millions de francs par an (chiffres officiels de la Mairie de Paris sous M. Tibéri). Preuve des limites de l’efficacité de nos deux roues. Mais il est vrai que les déjections canines se chiffrent en milliers de tonnes par jour pour une ville comme Paris, et que sans le civisme des propriétaires, il est quasiment impossible d'assurer une propreté immaculée de nos rues. Combien de tonnes « disparaissent » sous nos souliers sans qu'une moto-crotte n’ait eu le temps de passer par-là ? Et comment répartir ces engins dans la ville? Personnellement, j'ai longtemps habité l'Est parisien, et je n'y ai jamais vu la moindre moto-crotte, alors que je pouvais en voir régulièrement dans certains quartiers plus chics (Champs-Elysées...). Nous autres, « lésés pour compte » de la propreté urbaine, devons nous contenter de 48 cacadromes, espaces sablés où les chiens peuvent faire leurs besoins.
Et si on ajoute à ce manque de performance un certain obscurantisme dans le renouvellement du contrat avec la société JC Decaux, il était inévitable qu’un changement se produise : lors d'un appel d'offre pour ce marché en 1999, c'est la Lyonnaise des Eaux qui décrocha le contrat pour 160 millions de francs sur cinq ans, contre 235 pour Decaux. S'en suivi une série de procès, de filatures et d'enquêtes avec huissiers à l'appui pour démontrer l'inefficacité de ces trottin'nets, comme elles furent facétieusement renommées par l'ex maire de Paris.
Depuis ces imbroglios vaguement politico-financiers de 1999, j'ai quitté mon Est parisien, et en me promenant sur mon lieu de travail des Champs Elysées, je ne rencontre plus guère de ces nettoyeuses. Maintenant, j'attends avec impatience de voir les maîtres avec leurs petites balayettes et leurs petits sacs ramasser derrière leurs chiens…
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