Avec 34 races différentes, le groupe des Terriers est l’un des plus riches. De l'élégant Yorkshire paré de sa somptueuse fourrure à l’imposant Airedale, qui fait office de géant, en passant par le si décrié American Staffordshire, la famille est vaste. Les vedettes actuelles sont des races qui étaient inconnues il y a vingt ans… Aujourd'hui, quelles sont les tendances dans ce groupe qui séduit de plus en plus de Français ?
La cynophilie officielle a établi depuis longtemps une nomenclature des races canines, classant les quelque 350 races aujourd'hui reconnues par groupes. Avec comme dénominateur commun l'origine géographique, la morphologie ou la fonction première. Les Terriers forment le groupe 3 et leur histoire est fort ancienne.
Elle débute bien avant les premiers balbutiements de la cynophilie officielle. Dans la littérature, on trouve mention de ces fameux chasseurs en des temps fort reculés. Mac Candlish, auteur écossais renommé, n'a-t-il pas écrit que l'on trouvait déjà ce type de chien lorsque « Abraham cheminait vers Canahan » ? On trouve également la trace de ces petits chiens chassant sous terre deux siècles avant notre ère, dans les écrits d'Appien, ou quatre siècles plus tard, chez Pline l'Ancien quand il évoque l'arrivée des légions romaines sur le territoire anglais. L'utilisation du mot "Terrier", à propos de races de chiens, semble pouvoir être attribuée à Gage de La Bigne, poète normand qui accompagne Jean Le Bon, en 1359, après la célèbre défaite de Poitiers.
Au XVIe siècle, le médecin personnel de la reine d'Angleterre, John Keys - connu également sous le nom de Johannes Caius - en parle dans sa nomenclature des races canines, De Canibus Britannicis, un ouvrage qui fera référence jusqu'au XIXe siècle. Il explique: « Nous les appelons Terriers parce qu'ils s'insèrent dans le sol en épouvantant, en excitant et en mordant le gibier, jusqu'à ce qu'il le réduisent en morceaux avec leurs dents, au sein même de la terre, ou bien ils le tirent de force des méandres obscurs et humides des tanières et des cavernes fermées; ou encore, ils lui font une telle peur qu'ils le poussent à quitter soudainement le refuge pour en chercher un autre qui ne soit pas attaqué; et l'animal, renard, blaireau ou autre, se trouve finalement pris au piège dans les instruments et les filets disposés à cet effet à côté de l'ouverture du Terrier ».
Les Terriers sont donc très anciens, mais ceci ne nous explique toujours pas pourquoi ils sont aujourd'hui si diversifiés. Une chose est sûre, leurs origines sont typiquement britanniques. Alors que la déterrage tombe rapidement en désuétude en France - même si Gaston Phoebus, Comte de Foix, en parle dans son fameux manuel de vénerie -, la pratique se développe au sein de la gentry anglaise. Les Britanniques, qui s'intéressent rapidement à la cynophilie vont ainsi sélectionner moult races adaptées aux pratiques locales. Tantôt destiné à accompagner les chasseurs à cheval, tantôt déterreur acharné dans les contrées les plus reculés… c'est quasiment chaque région, chaque vallée, qui possède son Terrier local. La tradition va perdurer. La mode atteindra même d'autres pays qui à leur tour vont sélectionner leurs propres races. Les Terriers existent quasiment sur les cinq continents aujourd'hui !
Si l'on demande à l'amateur de chien ordinaire de citer un Terrier, il est fort probable que c'est le Fox qui viendra en premier dans la majorité des cas. Il est vrai qu'il figure parmi les premiers, à tel point que son nom désigne sa fonction (chasseur de renards) plutôt que d'évoquer comme bon nombre de ses cousins sa région d'origine. C'est sans conteste le survivant des vieux Terriers anglais aujourd'hui disparus. Mais il n'est pas le seul ! on connaît depuis longtemps bien d'autres races. Airedale, Clydesdale, Manchester, Yorkshire, Lakeland … pour les principaux anglais, mais aussi Irish Terrier, symbole irlandais, ou Welsh Terrier venu du Pays de Galle, Terriers d'Ecosse, ou même le Border Terrier dont on n'a jamais su s'il était anglais ou écossais et qui a dû se contenter de l'évocation de la "frontière" dans son nom.
Il y a aussi ceux qui sont restés Terriers, mais qui sont nés d'un métissage avec des races fort différentes. Le Terrier de l'île de Skye doit sans doute son pelage soyeux à un accouplement avec des bichons présents sur les navires espagnols de l'invincible Armada. Plus récemment, le croisement avec des molossoïdes (et notamment le vieux Bull Dog) va donner naissance aux "Terriers de type Bull" représentés entre autres par le Bull Terrier, le Stafforsdhire Terrier, et son homologue américain l'American Staffordshire. Sans compter le Pit Bull Terrier, vedette de la presse à sensation, et que l'on voudrait aujourd'hui renier. Il y a aussi les expatriés… le Jagd Terrier Allemand, le Terrier noir de Russie ou plus récemment le Terrier Brésilien…
Plus de deux siècles de cynophilie ont modelé les races en fonction des besoins et des goûts de l'homme. La chasse à la vermine est passée de mode. On a parfois voulu associer la pugnacité des Terriers à la puissance des molosses pour les confronter à des adversaires plus imposants : c'est ainsi que sont nés les Terriers de type Bull que l'on opposait d'abord à des rats, puis à des ours, quand il ne s'agissait pas tout simplement de les faire combattre entre eux. Dans le même temps, d'autres se spécialisent dans la chasse à la loutre (l'Otterhound), chassent les rats dans les mines (Yorkshire) pourchassent les vermines dans les éboulement rocheux d'Ecosse (Cairn Terriers) ou deviennent des chiens de show.
Le Terrier rustique commence à être toiletté, apprêté pour concourir dans les expositions canines. Le Terrier des Hautes Terres d'Ecosse, sélectionné pour sa couleur de robe qui permettait de ne pas le confondre avec son ennemi le renard, devient le West Highland White Terrier, clown blanc immaculé mais si terriblement sympathique. On le voit, les motivations des passionnés de Terriers sont bien variées. Pas étonnant qu'aujourd'hui le groupe 3 compte pas moins de 34 races différentes dont certaine représentants ne pourraient pénétrer à l'intérieur d'un terrier, étant trop gros ou trop sophistiqués ! Terrier de travail ou de compagnie ? La question semble indécente, et pourtant, ne mérite-t-elle pas d'être posée ?
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