Dans un contexte européen peu favorable aux chiens de protection, le Dobermann se porte plutôt bien. Son équilibre caractériel et ses qualités morphologiques sont le fruit du travail spectaculaire opéré par les éleveurs au cours de ces dix dernières années…
Ce qui leur permet d’entrevoir l’avenir de la race avec un brin de sérénité. Ce qui n’a pas toujours été le cas, car l’histoire du Dobermann est plutôt mouvementée…
Tout a commencé à Apolda, bourgade de la province de Thuringe en Allemagne. Nous sommes dans la seconde moitié du XIXe siècle et Frédérick-Louis Dobermann, collecteur des impôts se met en quête d’un chien capable de le protéger au cours de ses tournées. A la fourrière municipale dont il s'occupe, il récupère des sujets ayant un fort tempérament et commence l'élevage. Avec une méthode un peu particulière, basée sur la sélection naturelle ! Les animaux qu'il choisit - essentiellement des chiens de bouchers - doivent s'intégrer et survivre au sein de la meute… ou se trouvent éliminés ! Le caractère l'emporte sur l'homogénéité, du moins dans un premier temps. On suppose que dans les géniteurs utilisés il y a également des Dogues Allemands, des Greyhounds et de solides Terriers. On imagine même que les ancêtres du Beauceron qui accompagnaient les soldats de Napoléon ont contribué à l'élaboration de la race. Les illustrations de l'époque nous enseignent que les chiens de Monsieur Dobermann sont encore bien loin de posséder la plastique actuelle. Moins grands, plus trapus, ils ressemblent davantage aux chiens de bouviers.
C'est avec un ami de F.L. Dobermann, Otto Goeller, que la sélection prendra un tour nouveau. Homme de chevaux, il introduit des méthodes de sélection plus fines et commence à homogénéiser le cheptel. Parallèlement, le Dobermann Pinsher Club d'Apolda est créé en 1889 et rassemble les premiers éleveurs. A la disparition de F.L. Dobermann en 1894, la race n'est pas encore stabilisée. C'est avec un étalon considéré comme "idéal", Graff Belling, que les caractéristiques essentielles du Dobermann vont être fixées : en une dizaine d'années et quatre générations, il devient un chien puissant et cob avec une robe noir et feu. Le premier standard est rédigé en 1900.
Dès lors, il est plus facile de séduire de nouveaux adeptes. L'extension de la race va passer par la Suisse et l'Alsace, encore allemande à l'époque. En 1914, une manifestation à Strasbourg qui rassemble 44 sujets laisse présager à la race un bel avenir. Malheureusement, ces espoirs sont vite contrariés par la guerre. De nombreux sujets sont enrôlés comme chiens militaires et beaucoup vont disparaître. Même si les américains découvrent la race, il faudra longtemps pour redémarrer l'élevage. Ce n’est qu’à la fin de la seconde guerre mondiale que la sélection repartira sur des bases saines. Les sujets disséminés de par le monde sont de types très différents. Un grand travail d'homogénéisation sera nécessaire. Il sera impulsé par le Dobermann Club International fondé en 1956.
Le « Dob » est un chien construit en force tout en restant très élégant. Son crâne est fort, typiquement "lupoïde" : vu de dessus, il a la forme d'un coin tronqué. De profil, le crâne et le museau sont sur un plan parallèle. Le stop est peu prononcé. Sa mâchoire est puissante et large. Les oreilles, attachées haut, sont généralement taillées en pointe, le côté extérieur étant légèrement galbé. Quand elles sont laissées naturelles, elles retombent collées aux joues. Il est évident que le Dobermann y perd de son esthétique, mais de toute façon, le débat est vain : l'otectomie est interdite dans de nombreux pays et la France devra tôt ou tard se plier à cette nouvelle règle.
Le Dobermann est un chien sub-longiligne : son corps peut quasiment s'inscrire dans un carré. La longueur du dos ne devrait pas excéder la hauteur au garrot de 5 % chez le mâle, 10 % pour la femelle. Le mâle est toujours plus grand que la femelle : 68 à 72 cm au garrot contre 63 à 66 cm. Des critères de taille qui ont été revus à la hausse depuis quelques années. Dans les années 50, le Dobermann était en effet plus petit, sans doute mieux adapté au monde du travail, selon un modèle prôné par les Allemands. Un des traits caractéristiques de la race est cette ligne de dos légèrement descendante. L'encolure est puissante et harmonieusement galbée. La poitrine est profonde : elle doit représenter environ 50 % de la hauteur au garrot, allant en se relevant vers l'arrière, sans toutefois être trop levrettée.
Les membres antérieurs sont solides et bien droits. Les postérieurs sont très musclés et fortement angulés. Quand il est au statique, cela donne une position bien caractéristique : campée sur les antérieurs avec les postérieurs bien en arrière de la croupe. Le poil est court et serré. Il n'y a pas de sous-poil. La robe est noire ou marron, marquée de feux. Ceux-ci ont une belle teinte rouille et sont présents sur le bas des membres, sur le poitrail, à l'intérieur des oreilles. Ils forment un masque autour du museau et deux pastilles sont présentes au-dessus des yeux. La robe bleue a été éliminée du standard depuis une quinzaine d'années.
Pour le néophyte, le Dobermann a souvent l'image d'un féroce chien au mauvais caractère. Quelle hérésie ! En réalité, c'est tout l'inverse. Il est vrai qu'il a laissé de mauvais souvenirs en tant que chien de guerre et qu'il peut impressionner tant par sa puissance que par sa robe sombre. Mais les amateurs de Dobermann se sont très rapidement préoccupés de l'équilibre et de la stabilité de leur race. Certes, c'est un chien puissant qui peut réagir fortement en cas d'événement exceptionnel. Mais dans la vie courante, le Dobermann fait preuve de sang froid et de self-contrôle. C’est au contraire un chien extrêmement fiable, analysant toujours la situation avant de réagir. D'ailleurs, s'il fallait en apporter une preuve, il suffirait d'observer que la loi du 6 janvier 1999, qui détermine deux catégories de chiens dits "dangereux", ne s'est pas intéressée à lui !
Excellent gardien, c'est aussi un chien de famille qui s'intègre facilement à la maison. Il convient cependant de lui apporter une éducation rigoureuse. Le mâle est sans doute un peu plus difficile, surtout pour celui qui n'est pas expert en matière d'éducation canine. Pour un apprentissage tout en douceur, et avoir l’assurance d'obtenir un chien au caractère d'ange gardien, un passage dans un centre d'éducation canine peut s'avérer une aide précieuse.
Le Dobermann est assez sportif et dynamique. S'il sait jouer le rôle de bon chien de famille, s'épanouissant dans toutes les maisons disposant d'un jardin, il a également un grand besoin d'activité. Outre les balades, on pourra pratiquer avec lui diverses activités sportives. On le voit moins souvent qu'autrefois sur les rings pour le travail au mordant sportif, mais il s'y montre tout à fait performant. Il est également doté d'une excellent flair qui lui permet de pratiquer le pistage. Le Dobermann est souvent utilisé par des professionnels : agents cynophiles de sécurité, mais aussi services de police ou armée. Sans poser de problèmes particuliers, le Dobermann a une longévité relativement moyenne : 10 - 12 ans, guère plus. Il peut être atteint de dysplasie coxo-fémorale, une mauvaise insertion du fémur dans la hanche, qui peut occasionner une boiterie plus ou moins douloureuse et intense. On décèle aussi des problèmes de tare oculaire. Ces deux affections héréditaires font l'objet d'un dépistage chez les éleveurs sérieux qui écartent de la reproduction les sujets atteints. On signale enfin des lignées prédisposées aux accidents cardiaques. L'entretien est limité au maximum : son poil court n'exige aucun soin particulier. Un simple brossage de temps en temps permet de le débarrasser de son poil mort. Il faut surveiller les oreilles lorsqu'elles sont laissées naturelles : elles sont davantage sujettes aux infections de type "otite" que pour les sujets aux oreilles coupées, portées droites
Le Dobermann ne supporte pas la médiocrité. C'est typiquement le genre de chien qu'il convient d'acheter auprès d'un spécialiste. L'éleveur sérieux veille à la sociabilisation des chiots qu'il produit. C'est un critère essentiel. Le jeune Dob doit se montrer joyeux, ni timide ni agressif. L'équilibre du chiot est particulièrement important et conditionne son avenir. A deux mois, il est déjà possible de déceler son tempérament. Les chiots à tendance dominante ou non se repèrent très facilement. Les premiers sont à réserver à des maîtres plus connaisseurs et qui ne risquent pas de "rater" son éducation. Il existe des lignées davantage orientées "travail" vers lesquelles se retourneront ceux qui envisagent de pratiquer une activité comme le ring. Mais précisons que travail et beauté ne sont pas incompatibles !
Le Dobermann s'adapte facilement à la plupart des modes de vie. Bien sûr, il préfère des maîtres actifs et sportifs. Mais sous réserve qu'on lui consacre assez de temps pour les balades, il peut s'accommoder de maîtres plus casaniers. Il va de soi que l'appartement ne représente pas pour lui le cadre de vie idéal.
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