Dans son taxi parisien, Antoine Desouse reçoit des passagers un peu particuliers. Ils sont pleins de poils, aboient, miaulent... certains ont même des plumes. Antoine est chauffeur de taxi pour animaux de compagnie. Il a accepté de répondre à nos questions.
Aniwa : Comment vous est venue l’idée d’être taxi pour animaux ?Antoine Desouse : Pendant seize ans et demi, j’ai été artisan taxi pour « humains » et je me suis aperçu des difficultés rencontrées par les propriétaires pour se déplacer. Les taxis refusent souvent de les prendre avec leurs animaux. Moi-même, j’ai un Boxer et un chat et je connais ces problèmes. Un jour, j’ai rencontré une vieille dame à la gare de Lyon. Cela faisait une heure qu’elle attendait sous la pluie avec son Berger Allemand. Personne n’acceptait de les prendre. Elle était presque en pleurs : « Je ne peux plus partir en vacances, ni sortir dans Paris, ou simplement aller chez des amis. Même le métro est interdit aux chiens ». Ce jour-là, j’ai décidé d’arrêter de transporter seulement des hommes et de m’occuper des animaux.
Depuis combien de temps exercez-vous ?Cela fait quatorze ans que je dirige mon entreprise familiale : ma femme tient le standard, mon employé, mon fils et moi-même nous chargeons d’assurer le transport des animaux. Nous avons un monospace et deux breaks.
Quels services proposez-vous exactement ?Nous emmenons les animaux seuls ou accompagnés de leurs maîtres, chez le vétérinaire ou à la gare. Il m’arrive très souvent d’aller en province et même à l’étranger. Dernièrement, je suis allé chercher un chat jusqu’à Francfort pour le ramener à Paris où sa propriétaire venait d’être mutée. Elle était obligée de le faire venir d’Allemagne en voiture car il ne supporte ni le train ni l’avion.Notre plus : nous soignons nos clients. Pas question de les attendre à l’extérieur de la gare et de les laisser nous chercher. Je les attends à leur descente du train et je me charge de leurs bagages. Même la nuit, j’assure un service pour les urgences vétérinaires.
Combien de clients avez-vous et sont-ils fidèles ?En quatorze ans, j’ai eu des milliers de clients. Et comme, grâce à nos petits plus, nous entretenons un rapport différent d’un taxi normal, les gens font appel à nous très fréquemment. Par exemple, quand les gens rentrent de voyage, je leur propose de s’arrêter chez un épicier s’ils ont besoin de faire quelques courses pour dîner le soir.
Vous devez avoir plein d’anecdotes à raconter !Il y a quelques temps, je suis allé chercher à la gare de Lyon une mère et sa fille qui quittaient l’Italie pour venir vivre en France, à Paris, après le décès du père. Un compartiment entier leur était réservé. Une oie, un canard et des oiseaux accompagnaient leur chien. Ça n’a pas été facile de les caser tous dans ma voiture. Mais ce fut un voyage très drôle et finalement un très bon souvenir.
Avez-vous vécu des moments plus durs ?Malheureusement oui ! Il arrive assez fréquemment que je sois appelé pour transporter des chiens ou des chats en urgence alors qu’ils font un malaise ou qu’ils sont très gravement malades. Et parfois, certains meurent dans les bras de leurs maîtres au cours du voyage. C’est toujours très douloureux. J’ai moi-même perdu trois chiens, je sais ce que c’est. J’espère simplement que cela n’arrivera jamais un jour où je transporte l’animal seul, sans son maître.
Vous imaginez-vous retourner à un taxi traditionnel ?Certainement pas ! Je n’ai pas vu le temps passer depuis que je m’occupe du transport des animaux. Je me sens vraiment utile et même indispensable pour certains. C’est très gratifiant. Je suis mon propre patron, je travaille avec ma famille. Bref, je suis heureux.
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