La crise de la vache folle rend les Français méfiants. Louis Harris inaugure son tout nouveau département "Synergie Santé Environnement" en présentant une étude particulièrement conjoncturelle sur les Français et leur santé face aux crises alimentaires et écologiques.
La crise de la vache folle rend les Français méfiants. Louis Harris inaugure son tout nouveau département "Synergie Santé Environnement" en présentant une étude particulièrement conjoncturelle sur les Français et leur santé face aux crises alimentaires et écologiques. Sans surprise, la crise de la vache folle a considérablement ébranlé nos compatriotes qui annoncent pour la moitié d'entre eux avoir renoncé à la consommation de boeuf. Plus surprenant, 40 % d'entre eux ont l'impression que la sécurité alimentaire s'est plutôt dégradée au cours des 20 dernières années (alors que les progrès réalisés dans ce domaine sont spectaculaires !). Enfin, pour obtenir des informations sur la sécurité alimentaire, ils font confiance à toutes les blouses blanches (médecins, pharmaciens, vétérinaires...) mais se méfient des politiques, des médias et surtout des grands groupes agroalimentaires !
Il n'est pas surprenant qu'un nombre important de français ait le sentiment que les conditions de sécurité alimentaire se soient dégradées durant les 20 dernières années... Mais la vérité est cependant et objectivement toute autre! Durant cette période, la France s'est dotée d'un système de contrôles vétérinaires qui se révèle aujourd'hui être le plus performant du monde,
et s'est donné les moyens de cette politique. Rien à craindre de ce côté-là donc ! Les problèmes viennent à mon sens de deux éléments plus ou moins liés.
1. Le scandale du sang contaminé a laissé une forte empreinte dans la classe politique, amenant cette dernière à rendre publiques des décisions parfois trop hâtives, ou disons pas totalement réfléchies au plan scientifique et technique, afin de "montrer au public" qu'elle avait le courage d'aller plus loin que loin ! Mais en procédant de la sorte, et en quelque sorte en interdisant progressivement tout, on ne fait qu'accroître l'inquiétude du public en lui donnant raison de s'inquiéter ! « Puisque les décideurs prennent toutes ces mesures, c'est qu'elles étaient nécessaires... » Avec l’inévitable boomerang pour le politique dans une telle situation... « mais puisqu'ils prennent ces mesures strictes et sans concession maintenant, pourquoi ne l'ont ils pas fait plus tôt ? »
On entre ainsi dans un cercle vicieux qui quotidiennement se développe au détriment de ce que doit être la réalité scientifique et économique. Pourquoi tout interdire sans même discriminer au sein de ce qu'on appelle en bloc "farines animales" par exemple, alors que des examens simples (trop simples peut-être pour présenter encore un intérêt aux yeux d'analystes pour qui seule la sophistication des machines est intéressante) que la micrographie alimentaire permet de connaître avec précision l'origine d'un produit ? Pourquoi exiger des fabricants de petfood des mesures de sécurité de transport de matières premières aussi drastiques que celles concernant les déchets radioactifs... alors même que les farines dangereuses vont quant à elles transiter sur les routes vers leurs lieux de stockage sans que les mêmes obligations soient mises en place? A trop vouloir interdire on ne peut à mon sens qu'accroître la frayeur du public, et sans doute faudrait-il davantage réfléchir, davantag expliquer, être plus modéré dans les propos tenus à la volée…
2. Les médias ont leur part de responsabilité également. C'est là un discours sans doute très répétitif, mais la recherche du sensationnel et de l'effet d'annonce et de manche devient lassante !
Rares sont les supports médiatiques qui ont réalisé des dossiers intelligents et objectifs à ce jour; il n'est que sur quelques sites internet que l'on trouve ceux-ci... et l'on aurait pu espérer qu'ils fussent repris par la presse écrite, ou les médias audiovisuels... Que nenni à ce jour, dommage! Car la presse, la radio, la télévision, ont un rôle pédagogique fondamental en nos sociétés; nous n'avons plus le temps au quotidien de nous instruire en profondeur sur des domaines d'activités ou de compétences qui ne sont pas les nôtres, et il nous faut pouvoir disposer d'une information/formation crédible, objective, digérée, afin de n'en retenir que les points essentiels et pouvoir nous faire une opinion fondée sur tel ou tel sujet. Est-ce encore possible aujourd'hui, ou bien rêvé-je tout éveillé de voir ces messages pédagogiques se faire jour ?
Ne peut-on traiter officiellement de tels dossiers plus en profondeur dans les cours de biologie de nos lycées... ? Quand je vois ma fille passer son année de quatrième à apprendre la biologie du phasme, cet insecte oh combien intéressant... et que personne encore ne lui a expliqué comment une vache produisait du lait ou comment une poule pondait un œuf ? Il ne m'appartient pas de m'ériger en juge de quiconque mais ces lignes sont l'opinion de quelqu'un qui, avant même d'être enseignant chercheur dans une école nationale vétérinaire, dans un domaine d’ailleurs qui touche au sujet en cause de très près, est avant tout un être humain comme un autre, vivant en société avec les mêmes règles que ses concitoyens. Pour conclure, je dis que si dans d'autres domaines les choses sont envisagées avec la même frénésie que pour le sujet de ce présent billet d'humeur... il va devenir très difficile pour moi de me comporter en citoyen intelligent !
Professeur Dominique Grandjean
Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort
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