L'histoire extraordinaire des tout premiers Sphynx et de leur descendance dans le monde entier.
Selon la formule consacrée, la consanguinité est en effet la pire et la meilleure des chose. Le résultat dépend de la qualité des individus de départ, des caractéristiques recherchées et du degré de bon sens des éleveurs. On pourrait imaginer, par exemple, une sélection consanguine basée sur la bonne santé des chats en accouplant entre eux les individus qui, à chaque génération, présentent les meilleures défenses contre les maladies. C’est la responsabilité de l’éleveur de savoir ce qu’il veut et d’agir en conséquence. Et lorsque ce travail est mené à bien, il aboutit à une réussite dont le Sphynx est sans doute un des plus beaux exemples.
L’absence de poil existe depuis toujours chez la plupart des espèces, l’homme y compris. Le gène responsable de cette nudité est le gène r, récessif, c’est-à-dire que les parents doivent tous deux en être porteurs pour qu’il s’exprime chez les jeunes.
Les Sphynx d’aujourd’hui descendent de trois chatons trouvés en Ontario en 1978, qui avaient la particularité d’être nus. Ils suscitèrent l’intérêt des éleveurs et d’entre deux eux furent exportés aux Pays-Bas chez le docteur Hernandez. Celui-ci décida de continuer à les élever, sous l’affixe Calecat, en les mariant avec des Devon Rex.
Photo ci-contre : Gizmo
Les premiers Sphynx enregistrés furent Q-Ramses (reg.01), Q-Paloma (reg.2) et Q-Ra (reg.4), au tout début des années 1980. Très vite, les Sphynx surprirent, choquèrent, enthousiasmèrent mais en aucun cas ne laissèrent indifférents, surtout lorsqu’en 1984 Patrick Challain importa en France une portée complète issue de Q-Ramses et de Q-Paloma : Chnoem, Pepi, Ptah, Nofret et Neberet de Calecat. Doubles pages couleur dans le Figaro Madame, foule à l’entrée des expositions félines, plateaux de télévision. On n’avait jamais vu ça ! Quelques mois plus tard, Aline et Philippe Noël, qui avaient découvert les Sphynx en même temps que Patrick Challain, en importèrent deux de Hollande. La femelle Ajahanda’s Zendila, dite Mogwaï, était une petite fille de Q-Ramses et de Q-Paloma. Quant au mâle, Ajahanda’s Timothy Attila,dit Gizmo, il était leur arrière-petit-fils. Et pour permettre ces avancées de générations, un seul chat : Q-Ra !Photo ci-dessus : Chnoem et Catherine sauvage
Chnoem, Mogwaï et Gizmo sont, à eux trois, à l’origine d’à peu près tous les Sphynx d’aujourd’hui. Après avoir conquis la France, Chnoem partit aux Etats-Unis où il déclencha une émeute lors de l’exposition annuelle au Madison Square Garden. Vickie Markstein l’utilisa abondamment avec des Devon Rex et il fonda une lignée bien établie avec les chats de Carol Richard sous l’affixe Britanya.
De son côté, le couple incestueux Mogwaï /Gizmo mit au monde Amenophis Clone et Amenophis Cocoon. Clone remporta l’exposition du Madison Square Garden devant les meilleurs chats des Etats-Unis, dont Cognac un persan noir, superstar de la CFA . « C’était de la folie, se souvient Aline Noël, les télévisions nous suivaient partout, nous nous déplacions en limousine. Mais surtout, c’était une énorme émotion ». Cocoon fonda lui aussi sa propre lignée aux Etats-Unis où il resta quelque temps pour servir d’étalon. La boucle sera bouclée lorsque des arrière-petites-filles de Chnoem, issues des chats de Lisa Bressler –affixe Rinkurl- comme la Championne Safram Kaleidoscope, revinrent en France, chez Aline et Philippe Noël pour être saillies par Cocoon ! Pendant ce temps, la lignée Q-Ramses /Q-Paloma continuait à s’établir, mais cette fois-ci avec un peu de sang neuf :« Nous avions besoin d’ouvrir un peu la lignée, explique Guy Pantigny. Nous avons marié Bagheera des Champs Rôtis, une Cornish Rex, avec Ptah de Calecat, un frère de Chnoem. Les hybrides étaient poilus et plutôt moches. Mais remariés à Chnoem, ils ont donné des Sphynx extraordinaires. C’est d’ailleurs à partir de ces chats, et des chats d’Aline et Philippe Noël, dont la très belle Clone, que nous avons rédigé, ensemble, le premier standard adopté par la plupart des associations, y compris aux Etats-Unis.»
Aujourd’hui, le Sphynx est bien établi et seules les unions Sphynx/Sphynx sont autorisées, même si des Devon, des Cornish, des Siamois ou des Burmèses ont été utilisés en retrempe de temps à autre. Mais n’oublions pas que la race ne serait pas ce qu’elle est sans Chnoem, Guizmo et Mogwaï et sans l’attention de tous ceux qui les ont aimés.
Nous remercions Aline Noël (Amenophis) et MM Challain et Pantigny (Phalaenopsis) pour l’aide qu’ils nous ont apportée dans la rédaction de cet article.
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