Plus question aujourd'hui de se voiler la face. La fièvre aphteuse que l'on avait un peu oubliée depuis vingt ans fait un retour en force, de façon fracassante.
Mais la "cocotte", comme on l'appelle dans les campagnes, n'a pourtant jamais suscité une telle polémique. Régulièrement présente dans les campagnes, la fièvre aphteuse était-elle pour autant considérée comme un mal inéluctable touchant le bétail, impossible à combattre ?
Le problème est en réalité beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.
Même si en Grande Bretagne, le gouvernement se voit reproché d'avoir été trop long à réagir, jamais une épizootie n'avait été combattue avec une politique d'abattage préventif aussi intense.
La fièvre aphteuse ne touche que certaines espèces animales, n'est pas mortelle et ne se transmet pas à l'homme. Et pourtant le sujet semble davantage inquiéter l'opinion publique que le problème de l'Encéphalite Spongiforme Bovine (ESB).
De nouvelles questions se profilent alors, et en premier lieu l'aspect financier de la crise.
La décision de vacciner ou pas se pose dans les pays touchés… et chez leurs voisins.
En Grande Bretagne (673 foyers à ce jour), la décision de recourir à la vaccination serait imminente. L'épizootie n'arrive pas à être maîtrisée et il faut aujourd'hui choisir entre une vaccination qui empêchera le pays d'exporter le bétail et les produits animaux transformés, et la destruction d'une part importante du cheptel et les indemnisations qui en découlent. A ce jour, ce sont 700 000 animaux qui ont été abattus préventivement et près de 300 000 nouveaux ovins, bovins, porcins et caprins devraient rejoindre ce triste tableau. Soit, si l'épizootie ne progresse plus, 1 million de têtes, presque 2 % du cheptel total !Le gouvernement britannique envisage donc un changement de stratégie, quitte à ce qu'il lui soit reproché par la suite d'avoir perdu du temps. Une vaccination "coupe-feu" destinée à empêcher le développement de la maladie dans les zones sensibles est à l'étude. Ce qui n'empêchera pas d'abattre ces animaux un peu plus tard.
Cette décision est également motivée par la colère des agriculteurs et les problèmes techniques occasionnés par de tels abattages. Le NFU, premier syndicat agricole anglais, se réjouit de cette décision. D'autres mesures ont été annoncées en corollaire, comme celle d'interdire les soupes fabriquées à base de déchets alimentaires couramment utilisées pour nourrir les porcs. Une allusion très claire à la suspicion d'importation illégale de viande venue d'extrême orient pour un restaurant et dont les restes auraient été utilisés dans un élevage de porc (mais faut-il rappeler qu'il y a quinze jours, on évoquait la piste de restes de plateaux-repas d'une compagnie d'aviation…)
En France
c'est une décision que l'on espère pouvoir "éviter", selon les termes employés par le ministre de l'agriculture devant les députés ce mardi après-midi. « Nous nous gardons cette possibilité, je voudrais l'éviter aux éleveurs parce que la conséquence de cette vaccination -qui ne serait pas préventive mais une vaccination d'urgence, curative- serait catastrophique pour l'économie de la filière de l'élevage en France ». Et Jean Glavany ajoute que « Les exportations de bétail vivant, de viande transformée et de produits laitiers transformés pèsent environ 43 ou 44 milliards de francs par an » (dont plus de 8,5 milliards de francs pour le bétail vivant).
L'on accorde une telle importance aux productions animales que l'on ne souhaite prendre aucuns risques. Ce sont donc des mesures de vaccination préventives qui ont été décidées, en accord avec l'Union Européenne.
L'inquiétude est grande depuis la découverte de cas suspects. Mais les deux premiers cas se sont finalement révélés négatifs, les résultats ne sont pas encore connus pour le troisième. Ce pays est en effet le premier exportateur mondial de viande de porc et s'inquiète des risques d'introduction du virus à partir d'autres pays européens. Les exportations d'animaux vivants à sabots fendus sont temporairement interdites, pour éviter le déplacement de camions de transport du bétail dans des zones à risque.
Malgré les 73 foyers découverts, on se refuse à procéder à tout abattage d'animaux. La raison en est clairement expliquée : c'est une technique que seuls les pays riches peuvent utiliser. Les animaux abattus doivent être indemnisés et ce serait une charge insupportable pour le pays.
On refuse de reconnaître le moindre cas de F.A. depuis plus de deux ans. Une affirmation sérieusement mise en doute par les experts européens qui soulignent qu'il n'y a pas de raison que la situation se soit arrangée dans le pays depuis 1999 (date des derniers cas officiellement recensés) alors que les pays voisins sont atteints (Corée du Sud, Taiwan, Hong-Kong). Les autorités chinoises ont cependant décidé de contrôler de près une exploitation où des cas suspects ont été décelés et d'interdire les exportations de bétail
L'on déclare « ne pas être assez riche pour se permettre d'être touché par la fièvre aphteuse ». C'est pour cette raison que l'embargo a été décrété sur tous les produits d'origine animale en provenance d'Europe.
Deuxième élément d'inquiétude, le développement des transferts d'animaux, sur un plan international, et les pratiques obscures relatives à la commercialisation de moutons.
C'est ainsi que l'on précise au ministère de l'agriculture que les moutons retrouvés à proximité du second foyer de fièvre aphteuse (en Seine et Marne) venaient d'Irlande après avoir transité par La Baroche-Gondoin (Mayenne) l'espace d'une journée. Une période de quarantaine est pourtant prévue avant que les animaux importés puissent quitter l'élevage. Mais dans le cas de la Mayenne, l'exploitation soupçonnée d'avoir -involontairement - introduit le virus est un centre de transit reconnu, non soumis à ces délais. D'autres sources évoquent la possibilité que les moutons soient en réalité venus de Grande-Bretagne…
A l'Assemblée Nationale, Jean Glavany a répété qu'il existe des ''pratiques frauduleuses'' dans le domaine des transferts d'animaux intracommunautaires. Il évoque le fait que la directive européenne de 1992 qui impose la pose de boucles d'identification sur les animaux est souvent transgressée en ce qui concerne les moutons. La vente "au cul du camion", évoquée par le ministre lors d'une interview, « est une pratique courante sur laquelle on ferme trop souvent les yeux et qui s'avère poser de graves problèmes lorsqu'une telle crise sanitaire apparaît ».
La réflexion intervient au niveau international : on se rend compte aujourd'hui que les animaux incriminés aux Pays-Bas proviennent de la Mayenne. Et plus globalement, lorsque l'on cherche à suivre les mouvements d'animaux, on se rend compte que les échanges d'animaux entre les différents pays de l'Union Européenne sont nombreux et difficiles à tracer.
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