Les chiens de défense sont parfois soumis à des atteintes dentaires, plus souvent sous forme de fractures d'un ou plusieurs crocs, qui, de fait, se révèlent très spécifiques de cette activité.
Rappels anatomiques
Les dents du chien sont spécialisées dans des fonctions différentes :
- les incisives (au nombre de 12), pour couper, ronger et effectuer des travaux délicats ;- les canines ou crocs (au nombre de 4), pour attraper, tenir et déchirer ;- les prémolaires (au nombre de 16), pour tenir, couper et déchirer ;- les molaires (au nombre de 10), pour couper et broyer.
Le nombre de dents varie en fonction des races, mais les chiens de types bergers, constituant la majorité des chiens de défense, possèdent 42 dents à l'âge adulte.
Les canines sont des dents très volumineuses et particulières du fait de leur longueur et de leur position très avancée dans la cavité buccale - elles sont prédisposées aux chocs - ainsi que de la longueur importante de la couronne (la partie visible) qui constitue un bras de levier assez grand qui les fragilise.
La dent est constituée de trois parties (de l'intérieur vers l'extérieur) :
- la cavité pulpaire (canal) contient la pulpe ;- la dentine produite de manière continue par la pulpe ;- l'émail (dont la formation est stoppée à l'éruption de la dent).
La formation des crocs évolue vers une diminution de la cavité pulpaire et une augmentation de la dentine. Les crocs sont ainsi de plus en plus solides.
Biomécanique du mordant
Les contraintes que subissent les mâchoires des chiens de travail ont été étudiées lors de tractions exercées par le chien sur jauge de contrainte. Les forces de traction exercées sur les quatre crocs varient ainsi de 1000 à 1120 newtons, suivant les directions de cette traction. Ces études ont été effectuées sur un chien ayant pris en gueule un boudin relié à une jauge de contrainte.
En réalité, dans l'exercice de mordant, le chien est lancé et ne prend pas forcément le costume ou la manchette à pleine gueule. L'ensemble de ces forces peut donc être réparti sur trois, deux, voire un seul, crocs. Dans ces conditions, les dents ne peuvent plus supporter une telle traction et cassent.
Symptomatologie
Une fracture du croc peut se présenter sous plusieurs formes :
-. fracture de l'émail et de la dentine de la couronne ;-. fracture de l'émail, de la dentine et de la cavité pulpaire de la couronne ;-. fracture atteignant la racine.
L'atteinte de la cavité pulpaire entraîne toujours une douleur intense et une hémorragie, provenant de la rupture de la pulpe. Même si les symptômes peuvent parfois être frustres, les complications septiques liées au contact de la pulpe avec l'air ambiant peuvent provoquer la formation d'un abcès, qui ne passe jamais inaperçu.
Conduite à tenir
Aucun soin local n'est possible dans la gueule, qui constitue un milieu hautement septique ; il faut, de ce fait, consulter un vétérinaire dès qu'il y a fracture d'un croc. Dans la plupart des cas, une chirurgie est nécessaire. Elle peut se présenter sous deux formes : la pose d'une prothèse qui remplacera le croc manquant, ou une simple "dévitalisation" de la dent, qui évitera toute infection future.
Pour que la prothèse résiste aux forces de traction, elle est souvent construite autour des principes suivants :
- diminuer le bras de levier en diminuant la taille de la prothèse (aux 2/3 de la hauteur du croc),- augmenter la surface de contact entre la dent et la prothèse, à l'aide d'un pivot radiculaire et en posant la base de la prothèse sous la gencive.
Prévention
Les fractures étant plus fréquentes sur de jeunes crocs, il est possible de diminuer fortement les risques en canalisant les jeunes chiens fougueux au mordant pour éviter qu'ils ne mordent mal la toile : une prise pleine gueule est moins risquée qu'une mauvaise prise.
Les traumatismes répétés fragilisent les dents : il est donc nécessaire de corriger les mauvaises habitudes de mordant d'un chien le plus tôt possible, au risque de voir se déclarer une fracture.
Lors de fracture du croc, la chirurgie est presque toujours nécessaire, mais la prothèse possède une moins bonne résistance que le croc naturel. Il est tout à fait possible de voir une prothèse se casser.