Tendez l’oreille ! L’examen de confirmation doit entrer au musée… mais le projet de décret réserve bien d’autres surprises et interrogations…
L’examen de confirmation était une particularité bien française, aucun autre pays n’ayant en effet instauré un tel système de sélection massive. Rappelons qu’il ne concernait que l’espèce canine. L’élevage félin, dont certains responsables voyaient d’un bon œil l’instauration d’un tel examen, n’aura pas eu le temps d’en apprécier les us et coutumes. Voyez à ce sujet notre dossier prémonitoire consacré à l’examen de confirmation.
En résumé, l’examen de confirmation concernait tout chien de race, mâle ou femelle, destiné à être utilisé en élevage en vue de faire inscrire au Livre des origines français sa descendance. Historiquement, cet examen comportait deux volets.
Ce volet permettait à un futur reproducteur de se soumettre à l’examen d’un expert confirmateur. Après une analyse détaillée de ses qualités et défauts basée sur le standard de la race, l’expert avait trois possibilités : confirmer (sujet apte), ajourner (un sujet trop jeune, en mauvaise condition le jour J, etc.) ou refuser de confirmer (sujet inapte) en motivant sa décision. Si le sujet était confirmé, cela signifiait qu’il présentait un ensemble de qualités permettant d’espérer qu’il retransmettrait à sa descendance les caractéristiques de sa race, voire même de l’améliorer. Dans cette optique, avait été créé ultérieurement le niveau Confirmé (e) 1er choix destiné à mettre en valeur, au sein de la population de sujets confirmés, les sujets présentant des qualités au-dessus de la moyenne et susceptibles de les retransmettre à leurs descendants.
Le sujet confirmé, sur demande de son propriétaire, voyait son certificat de naissance provisoire se transformer en pedigree définitif par les services du Livre des origines français. Avec ce « sésame » de l’élevage, le pedigree, le propriétaire pouvait alors utiliser son mâle ou sa femelle et faire inscrire à leur tour leur descendance au LOF.
Au cours de ces 20 premières années, l’examen de confirmation a beaucoup évolué. S’il représentait le premier filtre sélectif dans l’élevage canin en écartant de l’élevage les sujets s’éloignant des caractéristiques décrites dans leur standard, certaines races dépassaient les 30% de sujets inaptes, confirmant l’utilité de cet examen. Mais au fil du temps, le taux de refus a commencé à diminuer pour finir par se réduire à une peau de chagrin. A titre d’exemple, en 2001, les chiffres étaient significatifs et confirmaient ceux de la décennie écoulée : 44944 chiens confirmés dont 44944 au titre de la descendance, 970 à titre initial et 1399 au titre de l’importation, pour 1257 chiens non confirmés. Dans ce groupe, les chiffres concernant les races les plus importantes sur le plan numérique sont éloquents : dans le Groupe I (Chiens de berger) : 2006 Bergers Allemands ont été reconnus aptes à l’examen de confirmation en 2001 contre 31 jugés inaptes.
Les exemples abondent : 429 Colleys aptes contre 5 reconnus inaptes, 962 Bergers de Beauce aptes pour 15 inaptes, des chiffres faisant perdre toute crédibilité à cet examen. De telle sorte que certaines races affichaient un taux de réussite proche de 100%, c’est-à-dire, que sur cent chiens présentés, plus de 95 étaient reconnus aptes. Le but initial de l’examen était d’écarter de la reproduction les sujets présentant des défauts les rendant impropres à l’élevage (de l’absence de dents à l’excès de taille, etc…). Un objectif devenu caduc ces dernières années. D’autre part, l’examen de confirmation était passé par moins de 40% des chiots inscrits provisoirement au LOF. Ce qui n’empêchait pas de nombreux propriétaires de chiens non présentés à l’examen de les faire se reproduire, en parallèle à l’élevage LOF. D’où la production sauvage de dizaines de milliers de chiots d’apparence de race mais « sans papiers officiels », dont certains auraient certainement pu entrer dans le circuit officiel, voire même apporter des qualités recherchées par les éleveurs grâce à la qualité de leur ascendance.
La suppression de l’examen ou, plutôt, la refonte des textes existants est un sujet qui avait été soulevé par le Président de la SCC, Renaud Buche, à l’occasion des Premiers Etats Généraux de la Cynophilie Française : « Il faut que l'on arrive à faire évoluer les choses. Tous les ans, nous perdons 70% des chiens inscrits au LOF pour la reproduction puisque seuls 30% des chiens sont présentés à l'examen de confirmation. Il est tout aussi inadmissible de ne pouvoir revenir en arrière : si un chien confirmé s'avère porteur d'une tare grave, il devrait être possible de lui enlever ce "permis de reproduire" qu'est l'inscription définitive. Le pedigree et la confirmation ne dépendent pas de la SCC mais du ministère de l'Agriculture. J'ai demandé depuis longtemps un rendez-vous au ministère pour faire le point sur le sujet. ».
En analysant les différents articles de ce projet de décret sur l’élevage, les réformes proposées sont beaucoup plus profondes :
TITRE I : L’Organisation de la fédération agréée
Article 1 : Le décret mélange indistinctement l’espèce canine et l’espèce féline, alors que les méthodes, l’histoire et les moyens sont dans la pratique bien différents. Il aurait été souhaitable de séparer nettement les deux espèces en tenant compte de leur histoire et de leurs us et coutumes. Article 2 : Contrairement à ce que l’on observe dans la plupart des pays de l’Union européenne où la pluralité des associations de races devient une réalité avec notamment la création d’associations régionales sur le modèle anglais, ou d’associations d’une seule race (Labrador) plutôt que d’un groupe de races similaires (Retrievers), qui demeurent sous tutelle de leur fédération nationale, le projet de décret confirme que chaque race est représentée par une seule association spécialisée.
TITRE II : De la délivrance des Pedigrees
Cap sur l’uniformité entre la gestion du Livre des origines canin (LOF) et le Livre des origines félin (LOOF) avec les mêmes étapes (Registre initial, titre de l’importation …). Toute personne faisant reproduire des chiens inscrits au LOOF ou au LOF selon l’espèce pourra obtenir le pedigree des chatons ou des chiots sans autre requête. Une nouveauté qui doit normalement faire gagner des parts de marché aux chiens inscrits sur le marché très flou du chien d’apparence de race qui représente la majorité des transactions.
La grande nouveauté figure à l’article 9. Elle implique de facto qu’il y a de fortes chances de voir de nombreux chiots « sans affixe » se multiplier au LOF. En effet, ceux titulaires d’un affixe seront obligés, pour que les chiots qu’ils font naître le portent, d’avoir les deux géniteurs justifiant d’une certification de reproducteur, dont les critères sont relativement proches de ceux ayant cours en Allemagne (ZTP). Pourtant, la France figure dans le peloton de tête des pays FCI déposant le plus grand nombre d’affixes.Souhaitons que le mouvement s’amplifie et que l’examen de certification des reproducteurs ne devienne pas le fait d’une petite minorité d’éleveurs, la grande majorité préférant se consacrer à « produire du chiot LOF » sans sélection préalable de leurs reproducteurs. Le rôle incitatif des associations de races sera déterminant pour que les meilleurs éleveurs continuent leur travail de sélection des géniteurs et ne soient pas attirés seulement par une augmentation de leur production LOF…
Est-ce qu’au sein d’un même élevage, nous trouverons des chiots « LOF » sans affixe et les portées issues de géniteurs certifiés qui pourront justifier de l’affixe, et donc une sélection à deux vitesses au sein d’un même élevage ? D’un côté, la vitrine, de l’autre, une production massive avec comme seule critère, l’utilisation d’étalons et de lices dûment inscrits au livre des origines…
I- La fédération nationale, dans le cadre de la valorisation des éleveurs sélectionneurs de chien et de chat de race, fixe les règles techniques de certification des reproducteurs pour l'attribution d'un pedigree d'origine certifiée. Ces règles sont élaborées en collaboration avec les associations spécialisées des races concernées mentionnées à l'article 1er du présent texte et sous le contrôle de la commission scientifique et technique mentionnée à l'article 11 de ce même décret.
II- La certification des reproducteurs comprend au minimum :
Un examen morphologique, le suivi d'un programme d'éradication des tares génétiques héréditaires lorsqu'elles ont été identifiées au sein de la race concernée. Un test de caractère établissant son comportement sociable. En complément, pour l'espèce canine et pour les races aptes au travail, la réussite d'un test d'aptitude naturelle.
III- Les produits issus de ces reproducteurs certifiés pourront porter l'affixe de l'éleveur.
La Sous-direction de la Santé et de la Protection animale, dépendant de la Direction Générale de l’Alimentation au ministère de l’Agriculture et de la Pêche vient de publier un projet de décret. Il a été présenté officiellement à l’occasion de l’assemblée générale de la Société Centrale Canine. Voici l’intégralité de ce décret qui doit être publié au Journal Officiel de la République française afin de devenir applicable.
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