Le monde de l’élevage des chiens et des chats est en pleine mutation. Après la fiscalisation de l’élevage amateur et l’obligation du certificat de capacité, voici que fleurissent des projets de ferme d’élevage rassemblant plusieurs centaines de reproductrices.
La loi du 6 janvier 1999 agit à la fois comme un rouleau compresseur et un catalyseur.Rouleau compresseur, car nul n’est censé ignorer la loi et les éleveurs amateurs d’hier sont les éleveurs professionnels d’aujourd’hui. Si la fiscalisation des activités d’élevage, même à une échelle minimale, fait grincer des dents à certains, elle est bénéfique pour les plus sérieux qui obtiennent un statut officiel et cessent d’être des travailleurs clandestins.
Catalyseur, car on parle maintenant ouvertement du marché du chien, et plus marginalement de celui du chat. Les chaînes de grande distribution animalière, qui se sont mises en place ces dernières années, ont besoin de présenter et de vendre des chiots ou des chatons, car ils sont un produit d’appel fort qui entraîne toute une série d’achats. Ces animaleries sont belles, avenantes et rivalisent dans les garanties de qualité apportées à leurs clients. Or, ces grandes surfaces manquent de chiens. Beaucoup d’« anciens éleveurs amateurs » répugnent encore à leurs céder leurs jeunes et les fournisseurs d’animaux d’importation n’offrent pas toujours les garanties nécessaires. Ci-contre, Les chiots dans les animaleries sont des produits d’appel fort.
L’élevage en masse de chiens et de chats est une alternative à la pénurie. Ne doutons pas que les choses seront très bien faites avec d’excellentes garanties sanitaires, d’autant que certains vétérinaires semblent attirés par le challenge et qu’il faut bien occuper les jeunes qui sortent des bac pro « élevage canin ». Une affaire de spécialistes, donc. D’autant plus facile à mettre en valeur que parmi les petits éleveurs, il n’existe pas que des passionnés prêts à tout pour le bien être de leurs protégés et l’amour de la race.
Les projets d’élevage à grande échelle se multiplient. Ils regroupent aussi bien les initiatives propres des enseignes que les appels de certains syndicats agricoles à la diversification des activités d’élevage pour des exploitants en activité. Prenons le cas où des fermes canines et félines sont tenues de la meilleure façon possible. Elles posent tout de même un certain nombre d’interrogations. La distribution en grandes surfaces impose les loi du marché de la grande distribution : disponibilité, réactivité, peu d’immobilisation du stock. Or, la mode est fugace et la production d’animaux n’est pas l’activité la plus immédiate qui soit. A petite échelle, ces variations ne sont pas très graves, surtout lorsque les éleveurs n’attendent pas les revenus de leur production pour vivre décemment. Dans une logique industrielle, il en est autrement. Les études de marché doivent être particulièrement performantes pour éviter la valse des mères dans les boxes de reproduction et les jeunes animaux sont des marchandises à « date limite de consommation » très courte…Autre point et non des moindres, la socialisation.
Les bébés animaux doivent être socialisés dans les conditions réelles de leur future vie.Pour être adaptés à la vie avec l’homme et à leur métier d’animal de compagnie, puisque c’est cela qu’on leur demande, le chiot et le chaton doivent bénéficier de manipulations quotidiennes et de mises en situations multiples avec ce que sera leur vie future. Plus les stimulations sont riches, plus le chiot ou le chaton a de chance d’être bien dans sa peau. Même si l’on se dirige vers une automatisation des tâches dans les fermes canines et félines, les manipulations ne peuvent être faites que par des hommes et des femmes qualifiés, qui prennent leur temps et qui s’investissent dans ce qu’ils font. Or, employer un personnel nombreux et qualifié coûte cher et il serait étonnant que le prix de revient ne soit pas pris en considération dans le plan final. D’où le danger de mauvaise socialisation qui débouchera sur des déceptions, dans le meilleur des cas, et sur accidents dans le pire. Ce qui est vrai pour les chiens, l’est encore plus pour les chats dont le principal intérêt, au delà de leur apparence physique, est leur caractère particulièrement sociable, résultat de générations de chatons dorlotés par l’humain dès leur naissance.
Reste à poser la question essentielle : l’animal de compagnie est-il un produit de grande distribution ? Au moment où l’on commence à remettre en cause fondamentalement l’agriculture productiviste de l’après-guerre, va-t-on déposséder l’éleveur de son rôle et faire de lui un simple producteur ? Va-t-on jouer sur la quantité plutôt que sur la qualité ? Quelles vont être les conséquences des contraintes économiques à la production ?L’achat d’un chiot ou d’un chaton n’est pas un acte anodin et la rencontre entre le producteur/éleveur du jeune animal et son potentiel acquéreur est importante : visite du cadre de vie, possibilité de voir la mère et l’ensemble de la portée, explications personnalisées venant directement de celui qui a fait naître le chiot ou le chaton. L’industrialisation de l’élevage canin et félin coupera le lien qui existe encore entre le producteur et le consommateur, que d’autres filières agricoles essaient péniblement de renouer aujourd’hui.De son côté, l’acheteur, le client ne cède-t-il pas à l’achat d’impulsion ? Il est plus aisé de se rendre dans un magasin spécialisé, surtout quand on n’est pas très bien fixé sur la race , que de faire le tour des éleveurs. L’acquisition d’un chiot ou d’un chaton n’est pas un acte anodin et suppose une implication minimale, de la part de l’acheteur comme du vendeur. Peut-être même que le frein de l’attente est une garantie de trouver le bon animal pour le bon maître ?Quoi qu’il en soit, la direction que va prendre le marché de l’animal de compagnie sera représentatif de l’orientation que prend notre société.
Site et CRM réalisé par ActivSoft Zenengo