Comportementaliste, Monique Bourdin s’attache à résoudre les troubles qui empêchent chiens, chats et maîtres de vivre en bonne harmonie. A l'École Vétérinaire de Maisons-Alfort, des étudiants assistent à ses consultations.
Polo, un superbe croisé Labrador Husky chocolat, n'est pas propre. Et à deux ans et demi, ça pose problème. Surtout pour sa maîtresse. Avoir constamment la serpillière à la main est épuisant.
C'est là qu'intervient Monique Bourdin. Belle femme d'une cinquantaine d'années aux cheveux poivre et sel, elle détermine par ses questions quelle relation unit exactement Polo à ses maîtres. Ce qui lui permettra de cerner l’origine de ces troubles et comment les résoudre. Polo a déjà consulté un vétérinaire classique. Il est d'ailleurs sous antidépresseurs. Ses maîtres ont reçu quelques conseils : ne pas manifester leur départ, ni leur arrivée, ne pas le laisser dormir dans la chambre. « Vous avez suivi ces conseils ? », s'enquiert Monique Bourdin. « Non », avouent ses maîtres. « Polo pleure toute la nuit si on ne le laisse pas entrer. Pour avoir la paix, on le laisse dormir avec nous. »
Elle se lance alors dans une série de questions pour mieux cerner ce cas : - Mange-t-il avant ou après vous ?- Avant.- Obtient-il à manger à table s'il réclame ?- Oui.- Combien de fois mange-t-il par jour ?- Une fois. - Maintenant, ce sera deux. »Monique tranche. Sa voix est claire et précise. Elle attend des réponses concises. Devant celles de ce couple, les étudiants ricanent. Il faut dire qu'ils n'ont rien fait comme il faut. Monique Bourdin repose les bases : d'abord, les propriétaires sont les dominants, c'est-à-dire ceux qui donnent les ordres. Polo est le dominé, le dernier de la meute. Il faut établir une hiérarchie très stable et fixe. En tant que dominé, Polo doit manger après la famille et non avant. Son repas lui est servi une fois que tout le monde a quitté la cuisine. La famille ne doit pas le regarder manger. Elle ne doit rien lui accorder pendant qu'elle mange sinon c'est comme si Polo donnait des ordres à ses maîtres.
Après le chapitre de l'alimentation, elle enchaîne avec la propreté. Oui, Polo était propre petit. Mais vers un an, il a commencé à lever la patte sur les pieds de table et de lit. Oui, Madame nettoie devant son chien et avec de la Javel en plus ! L'un de ses étudiants demande :« Pourquoi ne doit-on pas utiliser de la Javel ? Parce que la Javel fixe les odeurs et rappelle celle de l'urine. Ainsi, le lieu du pipi se matérialise. Et le chien est incité à recommencer. », répond la spécialiste. Il faut savoir qu'il ne faut corriger un chien que s'il est pris sur le fait. « Pas vu, pas pris ». Il ne faut nettoyer que hors de sa vue. Si Polo voit sa maîtresse nettoyer son pipi, il pensera qu'elle s'intéresse à ses phéromones et recommencera. Et surtout ne pas nettoyer avec de l'eau de Javel mais privilégier le vinaigre blanc ou l'eau gazeuse qui élimine l'odeur.
Monique reprend le fil de son interrogatoire : « Où dort-il ? Est-ce qu'il change de chambre la nuit ? Monte-t-il sur les canapés et les lits ? » ... Polo dort un peu où il veut, il s'endort avec ses propriétaires, sur ou aux pieds du lit, mais va dans les chambres des enfants la nuit. Il a une couche dans la salle mais n'y va que rarement dans la journée. En revanche, il a plusieurs couvertures dans les chambres. Il monte sur le canapé. Il s'installe au beau milieu du couloir. Il faut constamment le pousser pour passer. Or, un maître ne doit pas laisser son chien surveiller les allées et venues de la maison. Désormais Polo devra avoir un seul point de couchage matérialisé par une couverture ou un petit matelas, même s'il va dormir ailleurs dans la nuit. C'est mieux de le placer dans la salle ou dans la cuisine, à un endroit en tout cas où il ne contrôle pas les allées et venues.
Les propriétaires de Polo réalisent au fur et à mesure les erreurs dans leurs comportements qui ont amené leur chien à salir la maison. « Pouvez-vous le brosser, le soigner facilement ? », enchaîne Monique Bourdin. Tout est passé en revue, ses habitudes de jeux, de caresse, sa relation avec les enfants de la maison.
Après une bonne demi-heure, Monique Bourdin se tourne alors vers ses étudiants « Pourquoi Polo fait-il pipi à la maison ? » L'un d'eux avance une première réponse « Il marque son territoire. Il se croit le dominant ». Opinant du chef, elle les incite à prolonger leurs réflexions. « Polo n'est pas bien intégré dans la famille. Il ne sait pas où est sa place ». « Très bien », concède la vétérinaire. « Que fait-on dans un cas pareil ? » Réponse collective : « On hiérarchise strictement le chien ». Se tournant vers les maîtres de Polo, Monique Bourdin leur demande : « Êtes-vous prêts à changer radicalement votre mode de vie, votre façon de vous comporter avec votre chien ? Je pense que le comportement de Polo peut changer en trois semaines sans médicament. Mais ça dépend de vous. » Les maîtres de Polo sont décidés à franchir le pas. Ils avaient d'ailleurs pris quelques cours d'éducation. Mais le résultat était décevant. A la maison, il était le roi, et à l'école, il était un moins que rien. Polo devenait même anxieux. La vétérinaire réitère alors tous les conseils qu'elle leur a donnés au fil de la conversation. Elle leur confie aussi des polycopiés où tout est résumé. Libre à eux désormais de travailler avec leur chien. Il n'en sera que plus heureux car un chien bien équilibré dans sa tête se sent plus à l'aise au sein de la meute familiale !