Le Japon, peu de gens le savent, est la nation cynophile numéro 2 dans le monde. En 2001, les petits chiens ont confirmé leur suprématie, Teckels en tête !
Le Japon fait partie de la Fédération cynologique internationale qui, rappelons-le, fédère plus de 80 pays. Au sein de cette organisation, si l’Italie, la France et la Russie se distinguent par leurs effectifs de chiens de races, le Japon demeure, de loin, le plus important derrière les Etats-Unis.
En 2001, le chien de race confirme sa progression avec 475 603 chiots enregistrés par le JKC représentant « seulement » 142 races contre à peine 300 000 en 1992. La race la plus importante et la plus demandée est le Teckel avec plus du quart des inscriptions (122 589 inscrits toutes tailles, coloris et poils réunis). Les plus rares avec une seule inscription en 2001 sont le Terrier Australien, le Briard, le Dogo Argentino, le Drahthaar et le Mâtin Espagnol.
La majorité des cynophiles japonais vivent en ville dans des appartements où l’espace est compté. L’explosion de la demande de chiens de race au cours des vingt dernières années ne pouvait que s’adapter à ces contraintes d’espace. La suprématie des chiens de petite taille n’est donc pas une surprise. Premier, le Teckel, qui occupe une place unique au Japon avec plus de 25% des chiens de race inscrits en 2001. Derrière, le Chihuahua et le Shih Tzu comptent des dizaines de milliers d’amateurs. Autre résultat surprenant, le succès du Welsh-Corgi Pembroke qui, avec plus de 30 000 chiots inscrits en 2001, fait du Japon le premier pays du « Corgi » avec un cheptel estimé à plus 180 000 chiens inscrits !
Les trois races anglaises qui suivent, le Labrador, le Yorkshire et le Golden Retriever, sont le seul point commun des tendances japonaises avec celles observées sur les autres continents. Sur les vingt races ayant enregistré le plus grand nombre de naissances, le Golden Retriever et le Labrador sont les seules races à ne pas faire partie de cette confrérie des minis. Il faut ensuite descendre jusqu’à la 21e place du classement pour rencontrer un autre chien de taille moyenne, le Border Collie, qui, loin de ses troupeaux, est considéré au Japon comme un compagnon et une vedette d’exposition. Chez les gros chiens, c’est un Suisse, le Bouvier Bernois, qui est en tête, devant l’ex-leader des « montagnards », le Montagne des Pyrénées. Qui l’eût cru, le Japon enregistre deux fois plus de naissances de Montagne des Pyrénées que la France !
Les Lévriers sont dominés par le Barzoï (653 inscrits en 2001) et le Petit Lévrier Italien (452), l’Afghan se retrouvant à la troisième place de ce groupe X avec 364 inscrits. Chez ce dernier, ce sont les importations américaines qui dominent la sélection japonaise.
Curieusement, les races typiquement japonaises ne sont pas parmi les races comptant le plus grand nombre d’inscrits au JKC, et pour cause : le JKC ne contrôle pas toute la cynophilie japonaise. Les 10 races japonaises reconnues sur le plan international ont leurs propres associations (Nihonken Hozonkai, Akita Inu Kyokai, Akita Inu Hozon Kai…) qui établissent leurs propres pedigrees et qui ont une organisation autonome par rapport à la fédération nationale. Le seul chien japonais qui ait des effectifs relativement significatifs au JKC est le Shiba Inu avec 14 203 chiots enregistrés, ce qui le place en 12e position en 2001.
Loin derrière, nous trouvons le Spitz Japonais (1451 inscrits et à la 29e place), le Chin ou Epagneul Japonais (650), l’Akita (597), le Kai (198), le Nihon Terrier (178), le Kishu (37), le Shikoku (3). L’Hokaido et le Tosa alignent moins de dix inscrits. Pour ce dernier, pourtant reconnu par la FCI, rappelons qu’il s’agit d’un chien de combat dont la majorité des éleveurs et possesseurs évolue en marge de la cynophilie officielle.
« Le lutteur » japonais, au même titre que les Sumos fait l’objet d’une vénération de la part des amateurs et des parieurs. Cette pratique ancestrale a cours au Japon, au vu et au su de la société. La tradition des combats de chiens est ancrée dans le district de Tosa (Shikoku). Les vainqueurs sont vêtus d’une robe digne d’un Samouraï dont le prix peut dépasser 5000 euros !
L’implantation à l’étranger des chiens japonais s’est réalisée il y a plus de cinquante ans avec le petit Epagneul Japonais surnommé « Chin ». Il compte des passionnés sur les cinq continents. Les autres races japonaises sont restées dans l’ombre jusqu’aux années 80, époque à laquelle l’Akita Inu a commencé à se faire connaître. Les exportations étaient surveillées et contrôlées mais quelques amateurs européens ont fait le déplacement spécialement au Japon afin de faire l’acquisition de sujets représentatifs. En 1993, c’est en Allemagne que se déroula la 1ère manifestation spéciale "races japonaises", le jury invité étant bien sûr japonais. C’est dans ce pays que se trouve le doyen des clubs de l’Akita à l’étranger, qui vient de fêter cette année ses 25 ans d’existence !
L’Akita a bénéficié d’une demande grandissante et les prix se sont envolés : le prix d’un jeune chien très prometteur avec un contrôle des hanches peut se négocier plusieurs milliers d’euros. De rares cas de chiens dépassant 10 000 euros ont été évoqués… mais les puristes en Europe ont crié à la forfaiture, en affirmant haut et fort que les meilleurs éleveurs d’Akitas au Japon ne se séparaient jamais de leurs meilleurs chiens, même à des prix forts alléchants !Odaté semble être l’un des endroits de prédilection pour les amateurs d’Akitas de renom. Ci-contre, un Akita célèbre en Europe, Seihoh of Juntai Doh, drivé par Richard Hellmann et qui a largement fait connaître la race à travers l’Europe entière. Ce chien né en 1990 a été importé d’Odaté, de l’élevage du Dr Keiichi Ogasawara, considéré comme l’un des « maîtres ès Akita » au Japon. La France s’est rapidement distinguée dans cette race à travers l’Europe grâce à une poignée d’éleveurs qui n’hésitent pas à se rendre régulièrement dans les expositions spéciales au Japon et à entretenir des relations fructueuses avec les principaux éleveurs nippons.
Ne cherchez pas de Bergers Allemands (813 chiots inscrits au JKC en 2001), de Rottweilers ou de Dobermanns dans le livre des origines du Japan Kennel Club… ils se font rares. Et pour cause, le JKC n’est pas la bonne adresse. Pour le BA, par exemple, une association, German Shepherd Dog of Japan, a créé son propre livre des origines et donc délivre des pedigrees, organise des « shows » sur le modèle allemand et fait partie de l’union mondiale des clubs de bergers allemands (WUSV). Ne soyez pas surpris si la majorité des grands gagnants au Japon est directement importée d’Allemagne. Les éleveurs de tête se rendent régulièrement au championnat d’Allemagne afin de choisir un futur crack. Idem pour les Molosses relativement rares au Japon. Le Mâtin de Naples aligne moins de 30 naissances annuelles, le Bullmastiff (53 en 2001) et le Rottweiler (270).
Certaines races françaises ont une situation enviable au Japon. L’Epagneul Papillon aligne plus de 18 000 naissances en 2001, le Caniche plus de 14 000, le Bouledogue Français 3572, le Montagne des Pyrénées 1361 chiots inscrits au JKC, soit presque trois fois plus qu’en France, le Bichon Frisé 483, … Ces races typiquement françaises font l’objet d’une véritable passion dans ce pays.
En revanche, face à la richesse du patrimoine canin français, les Japonais demeurent sélectifs et ignorent la plupart de nos races de chiens d’arrêt (le Breton affiche 30 inscrits en 2001), – et de nos races bergères. Seul le Briard compte quelques amateurs mais n’a enregistré qu’une unique inscription en 2001.