L’Allemagne, pays phare de la cynophilie européenne connaît une baisse inquiétante des naissances de chiens de race. Et avec les lois votées dans les Landers en 2000, le phénomène ne peut que s’amplifier...
En Allemagne, le chien de race évoque d’emblée le roi Berger Allemand, le joyeux Boxer, l’élégant Dobermann ou le bel Apollon qu’est le Dogue Allemand… Dans ce pays où le nationalisme cynophile est très fort, avec un top 10 presque exclusivement composé de races allemandes, la situation a évolué. Ainsi, Le VDH, qui regroupe l’ensemble des livres généalogiques des clubs de races, est confronté à une baisse des inscriptions depuis 1996. Changé même, avec des races britanniques qui ont marqué des points dans le cheptel canin d’outre-Rhin.
Premier constat, le nombre des naissances de chiens de race est en chute libre. De 117 893 (dont plus de 30 000 Bergers Allemands) en 1996, elles sont passées à 88 589 en 2000. A ce rythme, il y a de fortes chances qu’elles soient inférieures à 80 000 en 2001 soit un niveau équivalent à la fin des années 70 !Les chiffres du VDH ne sont pas encore arrêtés mais il est peu vraisemblable que l’on assiste à un renversement de tendance. Curieusement, cette baisse ne se répercute pas, pour l’instant, sur les activités cynophiles : les associations de races demeurent très puissantes avec, en moyenne, trois à quatre fois plus d’adhérents que le nombre de naissances, des expositions spéciales qui s’internationalisent et surtout, des championnats nationaux (BS) ou régionaux (Landers) qui ne voient pas le nombre d’exposants chuter. Cette tendance n’est observable que dans quelques rares autres pays. En Belgique – l’origine de la chute des naissances dans ce pays étant étroitement liée à l’instauration de règlements très stricts, fiscaux notamment, et particulièrement dissuasifs pour les candidats éleveurs - la Suisse, où l’interdiction d’essoriller (oreilles) et d’écourter le fouet (queue) explique la chute vertigineuse de plusieurs races. Dans ce pays, où le Dobermann rayonnait, signalons qu’en 2000, les naissances ont avoisiné les 0 inscriptions !Par contre, en Europe, l’augmentation régulière de la population de chiens de races en Espagne et au Portugal, l’année 2000 record en France, un trend soutenu en Italie, sans oublier, la poussée très forte de l’élevage canin en Europe de l’Est mais surtout en Russie, confirment que la situation allemande trouve son origine… en Allemagne !
Deuxième constat, les vedettes d’hier, du Berger Allemand au Teckel en passant par le Rottweiler sont en chute libre. Le Berger Allemand qui occupait la première place des chiens de race depuis le début du 20ème siècle, connaissait une relative stabilité de ses naissances. Depuis 1998, une baisse s’est amorcée atteignant en 2000 un seuil plancher jamais vu depuis 1960 ! Les efforts de communication du SV (Club allemand du Berger Allemand), le succès de Commissar Rex, une série télévisée très populaire outre-Rhin et des manifestations spéciales tournées vers le grand public, n’ont pas, pour l’instant, permis de stopper cette baisse. Du côté des autres races allemandes, le Dogue Allemand et le Braque Allemand sont les seules à tirer leur épingle du jeu, en « amortissant » la chute.
Autre constat surprenant en Allemagne, ce sont les nombreuses races qui n’ont eu aucune naissance ces dernières années. La législation n’explique pas tout, puisqu’elle a été instaurée en 2000. Prenez le Dogo Argentino, qui connaît un boom de la demande dans la plupart des pays d’Europe. En Allemagne, le constat est éloquent : 5 naissances en 1999, 0 en 2000. Pire encore, un chien qui s’est hissé dans le top 20 de plusieurs pays, le Cane Corso, n’a fait l’objet d’aucune inscription en Allemagne au cours de ces cinq dernières années. A notre connaissance, le Cane s’envole un peu partout mais en Allemagne, c’est le calme plat. Les races françaises n’ont pas toujours la côte auprès des cynophiles allemands : nos Braques (Auvergne, Bourbonnais, Français, Dupuy) y sont quasiment inconnus
Les Allemands ne font que rarement comme les autres : dans la sinistrose qui s’est abattue sur le chien de race, on observe dans le top 20 ci-dessous qu’une seule race bénéficie d’une hausse faible mais régulière de ses naissances depuis 1996 : le Parson Jack Russel Terrier ; une race qui, rappelons-le, est nouvellement reconnue par la Fédération Cynologique Internationale. C’est bien le seul point commun des tendances allemandes avec celles observées dans l’Union Européenne. Toujours du côté des races britanniques, si le Cocker et le Westie sont en en chute significative depuis 5 ans, le Labrador et le Golden gardent une cote quasi-équivalente (ils sont dos à dos mais c’est quand même le Golden qui perd le plus de naissances). Enfin, citons également le roi des Terriers, l’Airedale, choyé par les Allemands depuis plus d’un siècle, qui connaît un effritement de sa popularité. Contrairement aux autres terriers, l’Airedale a toujours été considéré comme un chien d’utilité dans tous les sens du terme, travaillant pour la Police, l’Armée mais également, les équipes privées de sécurité. Le chien de race en Allemagne se porte donc mal, et les dernières nouvelles en provenance de ce pays, ne nous portent pas à l’optimisme béat !