RCF, trois lettres qui signifient Rottweiler Cercle de France, viennent enrichir le paysage du Rottweiler, confirmant que le malaise qui règne en France chez les amateurs n’est pas près de disparaître. Et ce phénomène n’est pas prêt de s’arrêter…
Depuis près de 30 ans, le monde associatif du Rottweiler a toujours connu des turbulences dans notre pays. Interrogez l’un des pionniers de l’implantation de la race en France, Robert Barrau (Elevage De La Seigneuriale), ancien Président du Club Français du Rottweiler. Il vous confirmera que diriger ou simplement participer à une vie associative ayant pour thèmes la promotion et la sélection Rottweiler nécessite une subtile alchimie entre fermeté et doigté… un peu comme l’éducation d’un Rottweiler !
Un de ses successeurs, juge international renommé, n’a tenu qu’un an. Il avait eu le malheur de proposer au comité de mettre en place un contrôle des hanches des reproducteurs, comme cela se faisait déjà à l’époque dans la plupart des pays impliqués dans la sélection de la race. Les menaces téléphoniques anonymes qui peuplèrent ultérieurement ses nuits le dissuadèrent de continuer à « donner de son temps » à l’association. Sans remonter toute l’histoire du Club Français du Rottweiler – seul club agréé par la Société Centrale Canine pour gérer la race – force est de constater que le pauvre bouvier allemand n’a jamais été chanceux…
Après Rott Info (voir notre dossier à ce sujet), la création de différentes associations (Authentique Association du Rottweiler, etc…) en voici une nouvelle qui fait parler d’elle… le Rottweiler Cercle de France.
Bernard Weber en plein jugement lors du Paris Dog Show
Son président fondateur, Bernard Weber, n’est pas un inconnu dans le monde canin. Depuis quelques années, il est devenu juge de Rottweiler, et avouons-le, la fréquentation de ses rings de jugements est souvent importante et donne une bonne indication quant à sa réputation de juge de la race.
Connaissant l’homme depuis de nombreuses années – 1979 exactement – je savais que Bernard Weber n’allait pas se satisfaire d’un rôle d’observateur dans l’imbroglio relationnel qui secoue le monde du Rottweiler. La liberté d’association étant un droit (La liberté d’association est aujourd’hui une liberté publique, garantie au titre des « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République » garantis par le préambule de la Constitution de 1958. De ce fait, la liberté d’association a une valeur constitutionnelle (Cons. Constit., 16 juill. 1971, déc. N°71-44, J. O. 28 juill.). Elle est également garantie par divers textes internationaux, notamment la Convention européenne des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le législateur ordinaire, et a fortiori le pouvoir réglementaire ne peuvent limiter l’exercice de cette liberté fondamentale, notamment en instituant un contrôle préalable. L’objet du RCF tient en quelques lignes : « réunir les amis de la race ROTTWEILER en des colloques faits par des docteurs vétérinaires spécialisés dans la génétique canine, l’alimentation et par des spécialistes de l’éducation canine. Réhabiliter l’image de notre si belle et noble race en démontrant son caractère stable, sur, équilibré et attaché à ses maîtres et aux enfants de ceux-ci. Promouvoir auprès du grand public l’Idée du Rottweiler de pure race (inscrit au LOF) ».
Cependant, en France, comme dans la grande majorité de la centaine de pays cynophiles, l’équation une race ou un groupe de race = un club reconnu est la règle. Seule exception à cette règle, le Royaume-Uni qui se distingue par la diversité des associations dédiées à une même race (une trentaine pour le Labrador, etc…). Chez nous, lorsque de nouvelles associations voient le jour, elles sont juridiquement parfaitement valables mais se heurtent à cette notion cynophile « d’un seul club reconnu ». Pourtant, nous pouvons constater qu’au cours de ces dix dernières années, la cynophilie française a connu une vague de créations d’associations sans précédent impliquant de nombreuses races canines (Yorkshire, Bouledogue Français, Boxer, Terriers d’Ecosse, Retrievers, Mastiff et Bullmastiff etc…), avec souvent des éleveurs et des juges reconnus par les instances officielles. Pourquoi une telle vague ? Tout simplement parce que pendant des décennies, lorsque le club officiel – celui affilié à la Société Centrale Canine – connaissait des heurts en son sein, les membres essayaient de régler les problèmes en interne. Parfois, une procédure était engagée… mais la plupart du temps, sans lendemain…
Aujourd’hui, ce souhait de pluralisme dans la cynophilie française est exprimé par des milliers d’amateurs, très souvent membres à la fois de l’association reconnue et de celle qui souhaite le devenir. Le Rottweiler Cercle de France est une confirmation supplémentaire de cet état d’esprit. Souhaitons lui bon vent !