C’est un beau montagnard qui a bien failli disparaître. Reconnu par le Kennel Club croate, il reste dans l’attente d’une reconnaissance internationale. En cynophiles passionnés, Ljiljana et Cedo Petrina se sont lancés dans sa sélection. Pour Aniwa, en exclusivité, ils nous parlent de leur coup de foudre pour le Tornjak.
« Les Tornjaks sont arrivés dans notre vie de la même manière que se produisent la plupart des événements importants, c’est-à-dire par hasard. Un matin d’octobre, alors que je regardais la télévision, je vis à l’écran un reportage sur une superbe race de chiens, qui ressemblaient à des grosses peluches. Le reportage mentionnait aussi que cette race était d’origine croate, et très ancienne. Pour moi, ce fut le coup de foudre. Je décidai aussitôt d’acquérir mon premier chien. Qui fut suivi par un autre, et encore un autre. Et c’est ainsi que nous eurent notre première portée, et notre deuxième…Qu’est-ce qu’un Tornajk ? De quel genre de chiens s’agit-il ? Cette question, on nous la pose souvent, mais maintenant moins qu’avant ! Et je vais y répondre ! »
« Les Tornjaks sont de magnifiques grands chiens, avec une robe qui peut avoir plusieurs couleurs. Ces chiens possèdent naturellement un instinct de protection, et ils sont exceptionnellement gentils et attentifs avec les enfants. Comme tous les chiens de berger, ils sont très attachés et dévoués à leur famille (leur meute d’humains) et réservés et méfiants envers les inconnus.
Voici comment, en 1732, un chanoine du nom de Peter Lukiae, chargé de gérer les terres de l’évêque de Dakovo, parlait du Tornjak dans ses écrits : « Il s’agit d’un chien de montagne haut de 4 à 5 paumes (60 à 75 cm), avec différentes couleurs, noir, gris, jaune, roux, marron, qui pouvaient toutes être combinées avec du blanc. Certains chiens ont même trois couleurs de robe. Leurs oreilles tombent le long de la tête, et leur queue est recouverte d’un long poil épais. Ce chien est surtout utilisé pour protéger les troupeaux, mais il sert aussi à défendre les gens des bêtes sauvages, en particulier des loups. On trouve surtout ces chiens dans les régions montagneuses de Croatie, ce qui explique pourquoi on les appelle parfois Canis Montanis, c’est-à-dire chien de montagne. » On trouve également des descriptions de cette race en 1067, dans les écrits de l’église catholique bosniaque, et en 1374, dans les archives de Petar, évêque de Dakovo.Ces deux dernières descriptions sont identiques à celle mentionnée plus haut, ce qui peut nous amener à penser que la race n’a pas changé lors du dernier millénaire, et que le « chien de montagne croate » a été élevé en Croatie depuis au moins le 9e siècle. Le nom Tornjak lui fut attribué plus tard, car ces chiens vivaient à proximité des troupeaux de moutons, et c’est ce que tor signifie en Croate. »
« En raison du déclin de l’élevage de moutons dans toute la Croatie, le nombre de Tornjaks diminua très fortement. Au début du siècle, on en trouvait seulement dans certaines régions montagneuses de l’ouest de la Bosnie, les régions de Lika, Sinj et Knin.
Au 20e siècle, plusieurs personnes tentèrent de réhabiliter cette race. Citons les Professeur docteur Stjepan Romiæ, Dr. Ivan Lovrenèiæ, Ratomir Orban, Prof. Šandor Horvat, Stjepan Petar Krasiæ et Prof. Mario Bauer. Et leurs efforts furent couronnés de succès : en effet, il y a seulement 5 ou 6 ans, personne ne connaissait cette race. Il ne restait pas plus de 100 individus en Croatie et en Bosnie. Aujourd’hui, lors des CACIB et CAC croates, les Tornjaks sont la race la plus représentée avec à chaque fois au moins 40 ou 50 chiens. En Croatie, le nombre de Tornjaks a presque atteint les mille individus, ce qui représente une des conditions pour la reconnaissance internationale de la race. »
« Les Tornjaks sont des chiens avec des qualités de travail bien définies, et ce sont également de remarquables compagnons qui s’adaptent très bien à de nouvelles conditions de vie comme de climat. Ils supportent en effet la chaleur aussi bien que le froid. De plus, il faut bien admettre qu’ils sont très beaux, ce qui a entraîné un intérêt croissant des éleveurs à partir des années 70, décennie où l’élevage de Tornjak fut réellement relancé.
D’un point de vue morphologique, les Tornjaks font partie de la cinquantaine de races de chiens de berger qui vivaient à l’origine dans les régions montagneuses du continent eurasien et dans les vallées où l’élevage des moutons était intensif. Le rôle principal des chiens de bergers, y compris du Tornjak, était de préserver des prédateurs les troupeaux et les bergers et leurs biens, donc leur famille. Les fonctions du Tornjak évoluèrent ainsi au fil du temps : chien de berger, il fut aussi utilisé comme chien de garde. Ainsi, lors de la construction de la ligne dans les monts Majevica, il fut chargé de protéger les ouvriers du rail. De nos jours, il garde encore cette fonction, en plus de celle de chien de compagnie, en gardant ses maîtres lors de leur promenades. »