A l’occasion de la sortie de son livre, l’auteure nous fait partager son « virus du Sarpla ». Le jeune chiot ci-contre est la jeune femelle Efoly’s Nada.
Marija Jovanovic, cardiopédiatre de métier, élève la race depuis une vingtaine d’années sous l’affixe Des Montagnes Serbes. Elle vient de publier une monographie consacrée au Sarplaninac (éditions Crépin-Leblond).
C’est une race très ancienne qui, à l’instar du Chien de Montagne des Pyrénées et du Berger des Pyrénées, continue a faire le travail pour lequel il a été sélectionné : protéger et conduire les troupeaux. Cette race vieille d’au moins 2000 ans s’est formée sur des massifs montagneux qui représentent une véritable frontière naturelle entre la Serbie et la Macédoine. Le massif le plus connu est celui de Sar Planina qui a d’ailleurs donné son nom à la race, Sarplaninac signifiant « le montagnard de la montagne Sar ». La race serait un mélange de molosses arrivés d’Asie et de chiens autochtones. Les chiens d’Asie auraient été importés sur la péninsule balkanique lors d’échanges commerciaux. Certains témoignages font également état d’un croisement occasionnel avec le loup local. La race a été préservée pendant des siècles gardant son type primitif grâce à l’isolement géographique de ses montagnes natales, à un climat particulièrement rude, à l’existence d’élevage ovin extensif et à la présence de nombreux prédateurs.
Le premier standard fut publié en 1939 sous le nom du Chien de Berger illyrien et réunissait à la fois deux races, le Sarplaninac et le Berger de Karst. Le premier a gagné son autonomie lorsque son standard a été remanié en 1969, ne conservant qu’une seule appellation, celle de chien de Berger yougoslave dit Sarplaninac. C’est ce dernier qui est toujours en vigueur de nos jours. Depuis le démembrement de l’ancienne Yougoslavie, la race est communément appelée « Sarplaninac », grâce au patronage des fédérations cynologiques yougoslave et macédonienne.
Les débuts de la sélection se firent sous les drapeaux (Ci-contre, le Champion Cal (Baja x Lej) matricule VP6339 de l’élevage militaire de Nis). Ce sont en effet les militaires yougoslaves qui fondèrent en 1934, les premières souches de l’élevage contemporain. Le chenil se trouvait à Nis mais l’élevage fut vite stoppé lors du déclenchement de la deuxième guerre mondiale. L’élevage militaire redémarra après-guerre, grâce à l’apport de reproducteurs originaires de la Montagne. Dans le civil, les deux premiers élevages furent ceux « Ol Miv-A » créé en 1969 en Serbie et la sélection « Od Ljubomira » qui débuta en 1973 en Croatie. Tous les élevages qui allaient se créer ultérieurement sont basés sur les lignées de ces deux pionniers.
Le Sarplaninac s’est ensuite implanté dans d’autres pays d’Europe. La première nichée fut enregistrée en France en 1966. Outre-Rhin, les premiers « Sarplaninci » s’implantèrent dix ans plus tard.
Mais c’est en France que leur nombre a augmenté de façon significative grâce aux naissances enregistrées entre 1987 et 1992. En Belgique, on constate le même pic. En Allemagne c’est entre 1991 et 1996 qu’il y a eu le plus de naissances enregistrées au VDH.
Un autre pays dans lequel cette race connaît une certaine popularité est la Tchéquie. Tout récemment, les Tchèques ont organisé le premier Championnat Européen de Sarplaninci et ils seront probablement, avec les Yougoslaves, les co-fondateurs du futur club européen de cette race. Le Sarpla est également présent en Hongrie, Italie et Finlande et en nombre nettement moins significatif en Suisse, Autriche et Pays Bas.
Les Etats-Unis et le Canada possèdent un cheptel de Sarplaninci avec un club de race et quelques éleveurs. Les premiers spécimens furent importés dans un but très précis : la protection des troupeaux contre les coyotes, ce qui explique que l’élevage outre-Atlantique fut dirigé dès le départ, vers la sélection de gardiens les plus performants. Des croisements entre le Sarplaninci et des Berger de la Maremme et des Abruzzes furent réalisés, par exemple.
Aujourd’hui, c’est en France, nettement en tête des pays européens, que la race est la plus populaire.
De point de vue morphologique et par les traits de son caractère, ce chien est une perfection de la nature, « le roi des canidés » selon M. Muhic, un connaisseur et éleveur. C’est un chien majestueux, doté dans sa construction d’une harmonie exceptionnelle, robuste, rustique, dans une robe touffue à poils longs et le plus souvent d’une couleur grise comme le loup ou crème. Très courageux, très intelligent, bien équilibré, dévoué à son maître, fier, dominant, vigilant en méfiant vis-à-vis de l’étranger, le Sarplaninac est un des meilleurs gardiens de la gent canine. Si dans le temps où il a été croisé avec le Kraski ovcar ce chien était lupoïde, un retour vers les chiens « originaires » lui a donné un look plus molossoïde. En 1996 la FCI a transféré cette race du groupe I ( chiens de bergers) ou groupe II (molossoïdes, section « chiens de montagne »), et depuis les éleveurs yougoslaves tentent de produire des sujets à tête imposante et molossoïse.
Les mensurations citées dans le standard ne correspondent plus à la réalité. Ainsi la taille des mâles se situe actuellement entre 68 et 75 cm, celle des femelles entre 64 et 70 cm. Le poids des mâles varie entre 45 et 65 kg, celui des femelles entre 40 et 55 kg.
Quand il rentre dans une famille, il la considère comme sa meute, ce qui explique sa volonté de protéger son maître, sa famille et ses biens. Pour qu’un Sarplaninac soit bien dans sa peau et puisse devenir un chien bien équilibré, il est indispensable que le maître (« chef de le meute ») soit calme, très juste et très conséquent dans ses agissements envers le chien. La fonction de protecteur est innée chez lui et pour cela il ne demande aucun dressage.
Ci-dessus, le Champion Yougoslave Ari-Blejk, qui présente une tête imposante et bien proportionnée au corps. Outre son travail de protection de troupeau, le Sarplaninac est employé comme gardien des propriétés privées, des bâtiments publics et dans l’armée comme protecteur des casernes, des entrepôts de munitions, des radars et des frontières. Voici une histoire véridique et récente écrite par un témoin, le journaliste Tika Jankovic le 29.11.2000, illustrant de quoi les Sarplaninci sont capables :« Quelques jours avant le raid par US/UCK sur la vallée de Préchevo, les Marines attaquèrent trois villages serbes en cassant les portes, en fracassant les meubles, en hurlant et donnant des coups de pieds aux paysans. Les villageois habitués à être maltraités par des différents oppresseurs au travers de l’histoire se ressaisirent rapidement. Leurs femmes sortirent dans la rue armées de gros bâtons et prirent d’assaut les Marines. Les Marines surpris par leur défense très résolue se retirèrent dans leurs transporteurs, véhicules le plus fortement blindés de l’histoire humaine, pour rechercher des renforts.
L’équipe de secours arriva avec des chiens militaires, rapidement transportée par avion jusqu’aux villages montagnards et lâchée sur les femmes. Les femmes se mirent à combattre ces chiens vicieux avec des bâtons jusqu’à ce que leurs propres chiens de bergers, les fameux Sarplaninci de 70 kg viennent à leur secours. Ces chiens serbes, qui s’attaquent facilement aux meutes des loups et qui peuvent traiter avec n’importe quel ours, prirent d’assauts les substituts américains. En très peu de temps toute la brigade des aboyeurs du Pentagone fut achevée. Pas de survivants ! Et les chiens des villages serbes rentrèrent près de leurs moutons pour reprendre leurs devoirs ancestraux ».
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